Hoş geldin!

Hos gedeldiniz est une expression courante pour souhaiter la bienvenue en Turquie à laquelle la coutume veut de répondre « hos bulduk» en signe de remerciement et de reconnaissance. La Turquie est un pays où l'hospitalité n'a d'égale que la générosité des hommes. Voici maintenant 15 jours que je parcours le pays, au rythme du thé qui régi mes journées, et bien loin des visions et des stéréotypes des médias Européens.

Après une journée d'attente sur l’Île de Samos j'embarque sur le ferry pour la Turquie. Une traversé d'une bonne heure pour arriver à Kusadaci. Contrôle passeport oblige à la sortie de l'UE, mais une fois de plus je serai exempté de défaire mes sacoches pour les passer au scanner à la douane. Si vous voulez vous lancer dans le trafic, investissez dans un vélo!


Mon premier contact en Turquie est Rahman. Il m'accueille chez lui pour une bonne nuit de repos après ma traversée en bateau de nuit. Rahman est atteint d'une maladie génétique dégénérative qui atrophie muscles et ligaments. Retraité, il est désormais polyhandicapé, mais il essaie de conserver un maximum d'autonomie chez lui. Nous discutons de l'aménagement de son logement ainsi que les effets de la kinésithérapie. Son seul contact avec cet art (car oui la kiné est encore considérée comme un art) était dans un centre médical ou le kiné devait suivre à la lettre l’ordonnance du médecin, sans pouvoir prendre de liberté sur le traitement prodigué. C'est un problème récurent que je constate durant mon voyage. La majeure partie des kinés indépendants exercent comme bon leur semble et souvent sans ordonnance (donc non remboursé). Mais dans le milieu public où les patients ne payent pas les soins, le médecin est seul décideur du traitement et toute liberté engage la responsabilité du thérapeute.

Depuis Kusadasi je rejoins le site historique d’Éphèse. Si le lieu a gardé son charme, il est un peu brisé par la cohue de touristes asiatiques qui malheureusement passent plus de temps à se prendre eux même en photo que d'essayer de découvrir le site.


Je roule ensuite jusque Aydin par la seule et unique route, une voie rapide. A ma surprise Aydin est beaucoup plus grande que je ne le pensais. La Turquie est plus peuplée que les précédant pays que j'ai traversé et je me retrouve dans une agglomération de près d'un demi million d'habitant. Fatih m'y accueille avec sa copine Aysel. Ils gèrent une petite échoppe en centre ville et sont cyclo-voyageurs à l'occasion. Je passerai la soirée avec eux et Omer, un étudiant qui les aide. Nous faisons connaissance en mangeant, derrière le comptoir, jusqu'à ce que la fatigue de la journée l'emporte, bien avant la fermeture tardive de leur magasin. Je dors dans le salon, fenêtre ouverte. Aux premières lueurs du jour l'appel à la prière quotidienne me tire des bras de Morphée. Cette mélodie criarde et atypique du « Müezzin » me fais prendre conscience du changement radical de culture depuis mon arrivée en Turquie.


Je sors de Aydin par une petite route qui se transforme vite en chemin. Je poursuis sur une route secondaire à flanc de montagne. Je traverse plusieurs villages, toujours pourvus d'un café. S'ils ne sont pas à la tâche dans cette région agricole, les turcs sont au café à jouer et à siroter du thé à longueur de journée. Le « çay » donne le tempo en Turquie. Même en retard, il y aura toujours un moment pour un thé. D'ailleurs le retard ne semble pas exister, c'est une construction occidentale qui ne semble pas atteindre la Turquie. On ne fixe pas d'heure, comme ça on est pas en retard. « On se voit à l'heure du thé » et tout est dit.

A la fin de la journée je me mets à la recherche d'un endroit pour la nuit. Je profite d'une brise soutenue pour aérer un peu mon parapente qui commence à sérieusement s'impatienter, non non ! moi pas du tout !



Mais lorsque la nuit est tombée et alors que je suis déjà couché, j'ai la surprise de voir venir dans mon coin isolé la lueur des phares d'une voiture. J'ai à peine le temps de sortir de ma tente que je suis entouré de 3 gendarmes accompagnés de 2 soldats bien armé. Je me retrouve en caleçon fasse à la surprise et l'incompréhension des fonctionnaires de me trouver là. S'en suit moment de tension où ceux-ci estiment être tombé sur une bonne prise (probablement dû à ma barbe qui me fait passer pour un islamique radical). Le temps de contrôler mon identité, mes affaires et les alentours je suis toujours debout en caleçon dans ce champs d'oliviers. Mais lorsqu'ils commencent à réaliser que je ne suis qu'un pauvre hère perdu dans des contrées lointaines, certains commencent à pouffer du burlesque de la situation, malgré le regard soutenu de l'officier. Je fini par leur fournir le numéro de Fatih qui confirmera que je n'ai rien de dangereux. Je serai autorisé à rester pour la nuit, mais prié de quitter les lieux au petit matin.


Le temps devient pluvieux, mais je suis désormais au sec avec une nouvelle veste envoyée

gracieusement à Athènes par le SAV. J'arrive près d'une plaine d’où émanent tuyaux et cheminées de tous bords. Le bruit et les vapeurs qui s'en échappent et donnent l'impression d'une industrie pétrochimique. Mais l'odeur d’œuf pourri trahira cette exploitation géothermale. Ceci sera confirmé par la présence d'un complexe hôtelier et de cure un peu plus loin à l'écart du bruit.





J'arrive donc à Pamukkale après 4 heures sous la pluie et bien heureux de retrouver Thomas, un français que j'avais rencontré sur le site des météores en Grèce. On avait gardé contact sachant que notre programme en Turquie pouvait concorder. Le lendemain c'est avec un couple de chamoniard que je trouverai compagnie pour la visite du site. Il s'avère que nous avons plusieurs connaissances en commun, étant donné que l'on fréquente le même milieu du sport de montagne.


Toujours sous la pluie, je pars ensuite à Denzili car il me faut trouver un atelier de réparation de vélo. Une vis qui maintien mon porte bagage au cadre a cédé son le poids de mes affaires. Et ce ne sera pas une mince affaire pour extraire la partie cassée restée à l'intérieur du pas de vis.

Ici c'est Ali qui m'accueille. Ali c'est l’hôte idéal, il est générosité et dévotion incarnées que traduisent son visage franc et avenant. Il contribuera à rendre ce séjour en Turquie hors du commun, me transmettant un carnet d'adresse bien fourni. Nous passerons la soirée dans un bar avec ses amis, autours de quelques bonnes bières. Rangez vos préjugés, ici ça picole malgré le contexte islamique et le prix de l'alcool qui croule sous les taxes.

Je me mets en route au petit matin, une longue journée m'attend. Je passe d'abord un col assez raide

avant d'arriver sur des hauts plateaux où je quitte la route principale. Je profite d'un bar à un carrefour pour une pause (thé naturellement). Si les températures commencent à être assez fraîches le soleil reste chaud en journée. Je profite donc de la terrasse animée par les automobilistes de passage et les habitants locaux. La musique traditionnelle turque diffusée donne une atmosphère atypique à ce lieu. C'est pour ça que j'aime le voyage à vélo. Cette possibilité qu'il offre de se rendre dans des lieux reculés où peu de touristes accèdent. Tout le monde lorgne naturellement ma monture et nous arrivons à échanger quelques formalités grâce à un petit dictionnaire de poche offert par Rahman à mon arrivée. Il me reste quelques kilomètres que je parcours avec le soleil descendant avant d'arriver au lac « Salda Gölü », aussi connu sous le nom des Maldives Turques. L'eau turquoise est bordés de plages de sable blanc, que j'aurai le plaisir de survoler le lendemain avec l'aide de quelques contacts sur place (merci Ali).


Mesut est un parapentiste local. Professeur de musique dans une école, il m'invite à le rejoindre après mon vol à l'école où il travaille pour présenter mon voyage aux enfants. Autant dire que je fais vite sensation. Les enfants n'ont pas encore atteints leur première décennie mais leur curiosité est sans précédent. C'est un moment de pur partage rendu possible par la traduction des professeurs qui ont parfois du mal à suivre le rythme effréné des questions qui fusent.

Je poursuis ma journée jusque Burdur. Les montagnes sur ma route sont découpées, émiettées. Ici fleurissent de partout des carrières de marbre. On exploite cette roche pour l'exporter, la chine est un des principal client, et le gouvernement turc n'hésite pas à céder l'exploitation à des compagnies chinoises qui importent leur propre main d’œuvre.

A Burdur m'attend un autre parapentiste, Habib, prêt à m’accueillir dans sa famille (merci Ali). Le lendemain, samedi, c'est leur jour de parapente et je suis convié à rejoindre le groupe pour voler. Mais la météo est capricieuse et le seul site volable est... Pamukkale. Me voilà donc à parcourir en 2h de temps, les kilomètres qu'il m'a fallu près 3 jours à parcourir à vélo. Mais je ne pouvais résister à survoler ce site unique. Je retrouve donc sur place Ali, Mesut ainsi que d'autres parapentistes que j'avais rencontré.


La pluie sévi sur Burbur à notre retour (tardif) et je décide donc de rester un jour de plus. C'est la fête nationale en Turquie et Habip a une cérémonie avec le lycée où il est professeur. J'en profite pour avancer dans mon blog et mon carnet. Le fait d'honorer de ma présence l'hospitalité des Turcs ne me laisse finalement que peu de temps pour moi. A son retour nous nous lançons dans une tournée des proches. Des amis profs avec qui on prend (un second) petit déjeuner. Puis nous allons dans un café où sont attablés des hommes, jouant aux cartes ou aux dominos. Il ne m'en faudra pas beaucoup pour réveiller en moi la passion des jeux de cartes. Un peu d'aide avec internet pour apprendre les couleurs et à compter et je commence à cerner les règles de ce jeu populaire en Turquie : Batak.


J'ai un rendez vous original à Isparta. Adam s'est lancé dans le voyage à vélo il y a bientôt 2 ans. Une chose est sûre c'est qu'il aime prendre son temps. C'est sa façon à lui de voyager, sans but précis et surtout sans programme. Pas de précipitation, quand il se sent bien dans un pays il y reste. C'est ainsi qu'il a passé près d'un an en France, son tracé GPS dessinant presque un 8 sur l'hexagone. Je l'avais hébergé à Briançon via le réseau Couchsurfing avant qu'il ne quitte le territoire pour des contrées plus orientale. J'étais proche du départ et nous savions d'ors et déjà que nos destins allaient se retrouver par nos projets de voyage relativement similaire. Lui aussi est tombé amoureux de la Turquie et compte bien exploiter pleinement le visa de 90 jours qu'il s'est vu octroyé. Depuis la Cappadoce il retourne finalement vers l'ouest pour parcourir la côte sud et ouest du pays avant de remonter sur Istanbul. C'est un réel plaisir que de le retrouver quelques mois après notre première rencontre et de pouvoir partager nos expériences respectives. Nous nous retrouvons chez Eda, géologue et dans les dernières années de son doctorat en paléontologie. Son sourire et ses paumettes arrondies donne à son visage un coté enfantin. Elle nous accueille dans sa famille, où nous serons reçu comme des rois. Toute sa famille montrera un intérêt particulier pour ces deux énergumènes venus d'une autre dimension.

Je quitte cette fabuleuse famille et Adam avec pour promesses de nous retrouver un peu loin. S'il a décider de rester en Europe pour l'hiver prochain, il prendra la route pour l’Asie au printemps prochain. Il y a de fortes chances que nous ayons quelques kilomètres à parcourir ensemble.


Je fais route pour Egirdir. Erkan est kinésithérapeute à l’hôpital de chirurgie orthopédique. Il a aussi son


cabinet à Isparta nous nous avons pu avoir un premier contact dans le cadre de mon projet. Il me fait visiter les locaux et les conditions dans lesquelles il travaille ici. Nous abordons aussi le sujet de la pratique de la kinésithérapie en Turquie. Il confirmera les dires de Rahman. Impossible ici de se dissocier du médecin, et même un cabinet privé doit être contrôlé par un généraliste prescripteur. Comme Erkan, la plupart des kinésithérapeutes indépendants ouvrent des centres de fitness et de remise en forme dans lesquels ils promulguent leurs soins en toute illégalité. Comprenez bien encore que le problème ne réside pas en la nécessité de consulter un médecin avant un traitement kiné, chose qui est courante dans la plupart des pays. Mais que c'est le médecin qui décide de la façon dont traiter ainsi que la méthode, rendant le métier de kinésithérapeute à technicien.





Egirdir est sur les bords du 5ème plus grands lacs de Turquie. Ici aussi la couleur de l'eau est particulièrement atypique. Et les poissons qui l'habitent assez savoureux, que j'aurai l'occasion de déguster avec Rifat, mon hôte de ce soir.


Je longe les bords du lac en direction de la Cappadoce. Je fais halte au pied d'un col. Pas de turcs accueillants pour ce soir, je reprends plaisir à sortir la tente pour camper au grand air. Au couché du soleil je surplombe la ville et ses minarets, qui se dressent tels des missiles vers le ciel coloré du crépuscule. Dernier « Müezzin » de la journée et je peux sombrer dans un sommeil lourd.


Au matin je me lance dans l'ascension de 8km qui m'attend. Une gargote est installée en haut du col. Alors que je m’arrête boire un thé pour me réchauffer (finalement plutôt 3) arrive un jeune lycéen sur un vélo de course et pas du premier prix. Berkay est lycéen à Aksehir de l'autre coté du col. Sa tignasse rebelle masque en partie son visage juvénile. Nous discutons un peu de sa passion de la montagne. Il m'invite donc à venir visiter sa ville, qui fut un tournant décisif dans la guerre (méconnue) d'indépendance, entrepris par l'illustre et non moins original Mustafa Kemal en 1919.

J'ai peine à refuser malgré le peu de kilomètres parcourus qu'implique cet arrêt. Mais comme pour sceller notre entente, Berkay se met en proie à régler ma note, hospitalité turque oblige...

Après la visite des musées et des mosquées de la ville, nous nous dirigeons donc chez sa mère, qui élève seule Berkay et sa sœur Berra, en plus de son métier de dentiste. Si cela peu paraître commun dans nos société, cela reste un cas peu courant en Turquie. Berkay me cède sa chambre pour dormir dans le salon ce soir. Il n'a rien des adolescents de sa génération plongée dans la culture occidentale de la mode et des réseaux sociaux. Sur ses étagères s'alignent des livres de littérature et des disques de musique classique. Le soir nous nous rendons chez des amis qui organisent un repas pour les membres de leur club de sport de montagne local. La réception a lieu dans la fabrique d'huiles essentielles que détient un des membres. (possibilités de livrer en France pour les intéressés, et promis je ne touche pas de commissions).


Si la viande n'est généralement plus dans mes menus, je ne peux refuser de partager ce repas gargantuesque où un agneaux a mijoté tout l'après midi. Comme souvent, on mange à la turque, agenouillés autours d'une table basse pour picorer autours d'un plat central, avec les mains naturellement, les couverts c'est pour la haute!

Je pars d'Aksehir sous un ciel nacré et une brume typique de l'Asie. Tchaikovsky dans les oreilles, le concerto pour violon on ré mineur que j'ai vivement conseillé à Berkay alors que nous échangions sur nos écoutes respectives.


Pas facile d'avancer dans ce pays où la générosité des gens dépasse l'entendement. Je ne dépense que très peu depuis mon arrivée en Turquie, la coutume étant d'inviter l'étranger. Mais l'hiver approche et les températures commencent sérieusement à décroître. A l'est où je me rends les températures actuelles tournent entre +12°C le jour et jusque -5°C la nuit... Et ce ne devrait pas aller en s'améliorant au courant du prochain mois... J'ai donc décidé de faire l'impasse sur la Géorgie et l'Arménie qui était au programme. Plutôt que de précipiter mon passage dans le but de voir un maximum de lieux, mes précédentes expériences du voyage m'ont appris à prendre le temps de m'imprégner des régions traversées, au risque d'en voir un peu moins.


Après Aksehir, j'ai roulé près d'une centaine de kilomètres pour me retrouver dans un petite ville reculée. Sous le regard amusé de jeunes boulangers j'ai décidé de m’arrêter devant leur échoppe malgré que je sois déjà pourvu un pain. J'ai eu du flair car ils s'empressent de me trouver un lieu pour mettre ma tente...enfin il me proposent carrément de camper dans le parc à coté de leur boulangerie en plein centre ville, mais avec la bénédiction de la police locale.

J'ai donc accès au wi-fi de la boulangerie et du thé à volonté pour cette journée pluvieuse parfaite pour finir le récit de cette première partie de la Turquie.

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