Salam, khubi?

De retour de Sarpol-e zahab je reviens au café culturel où je retrouve la plupart des voyageurs que j'avais quitté. Chacun est parti visiter une partie de l'Iran de son coté, mais tout le monde a décidé de revenir en ce lieu central pour célébrer Noël. Augustin et Théa, qui sont pour leur part restés principalement au café, ont préparé quelques décorations. C'est agréable de revoir des personnes que je connais désormais, pour cette période si spéciale, comme une petite famille d’exilés qui se retrouve. Si j'étais prêt à rester au Kurdistan iranien en cas de besoin, je suis cependant satisfait de revoir ce beau monde pour cette période de célébration et de retrouvaille. Le 24 au soir nous préparons quelques chants dans diverses langues pour animer le café.



C'est le premier Noël pour la plupart des iraniens, qui même s'ils savent plus où moins ce que c'est, n'ont jamais eu l'occasion de le fêter. On poursuivra les festivités (et les chants) le 25, car suivant le pays d'origine de chacun, le moment le plus propice pour célébrer Noël diffère.


Le lendemain tout le monde se sépare de nouveau. Je reste pour ma part quelques jours supplémentaires au café où me rejoindront Kazuki un étudiant japonais et Mickaël, un français venu en stop dans l'espoir d'apprendre à travailler la laine à la manière perse.

Je prends la route pour Ispahan peu avant la nouvelle année. Toujours pourvu de mon unique sac à dos, je laisse le vélo se reposer un peu ! J'ai prévu d'être pour la saint Sylvestre à Shiraz. Mais avant, il me faut régler quelques questions administratives. J'ai déjà eu l'occasion de prolonger un visa, notamment au Sri Lanka et sais que cela peut vite s'avérer un petit parcours. Mais en Iran c'est encore d'un autre niveau. Il faudra tout d'abord justifier de mes motivations pour rester sur le territoire. Si la plupart des pays voient le visa comme une formalité, en Iran certains officiers ne comprennent pas pourquoi on souhaiterait prolonger le séjour simplement pour le plaisir. Il faut donc s'armer d'arguments pourquoi nous ne sommes pas en mesure de quitter le pays en temps et en heures. Une première étape finalement facilitée par mon passage au Kurdistan iranien et la venue en aide aux victimes, je gagne la sympathie de l'officier en charge. Mais par la suite il me faudra faire des allées et venues dans une demi douzaine de bureaux. Chacun ayant besoin de l’approbation d'un autre avant de valider une étape. Vous vous rappelez de la fameuse scène dans Astérix sur la bureaucratie? Je suis en plein dedans! Il me faudra quelques heures pour avoir le coup de tampon final.

Je passe le reste de la journée à visiter Ispahan et ses quelques lieux culturels. Je me rends compte que je me retrouve seul pour la première fois depuis la Cappadoce, c'est à dire un mois et demi plus tôt! Entre la rigueur de l'hiver et l'accueil généreux des gens, je n'ai campé qu'une fois lorsque j'étais avec Dennis aux abords de la frontière Iranienne. On ne peut enlever ça aux Iraniens, ils sont un peuple plus qu'accueillant. D'ailleurs seul est un bien grand mot car je suis tout de même âprement sollicité durant mes visites, par des locaux avides de pratiquer leur anglais et de montrer le meilleur aspect de l'hospitalité iranienne. Ils peuvent se montrer même parfois insistants, du jamais vu dans nos pays Européens!

Le lendemain je prend le bus pour Shiraz. À mon arrivée je retrouve Sylvio et Lena, couple de cyclistes allemands que je savais sur place, et Priscilla une voyageuse « sac à dos » venue d'Hollande. On est accueilli par Peyman, guide touristique local.



Il nous proposera de passer la nouvelle année en compagnie de sa famille qui nous recevra pour l'occasion. Pour eux la symbolique n'est pas très forte, le calendrier perse étant différent. Le changement d'année se fait au printemps avec l'équinoxe. Pour info on est en l'an 1396 en Iran, sans aucun sous entendu moyenâgeux.






Shiraz est pour moi une belle découverte. La plupart des guides voient Ispahan comme un incontournable, mais malheureusement à part le square principale et quelques sites touristes j'ai été déçu par l'ensemble de la ville, trop contemporaine. Shiraz possède un petit centre ville aux ruelles étroites et piétonnes qui permettent de s'y perdre et de découvrir le traditionnel style de vie iranien. Peyman nous proposera la visite de la cité ancienne de Persepolis. Vieille de près de 2500 ans, il n'en reste malheureusement plus grand chose. Cependant Peyman a une exacte connaissance de l'architecture de l'ancien temps, des rites et des traditions. Une visite comme s'y on y était.

Lena et Sylvio reprennent la route pour le sud du pays. J'attends de mon coté un autre couple de cyclistes, les hollandais Valérie et Stijn que j'avais rencontré à Marrand au début de mon séjour en Iran. Ils ne sont d'ailleurs pas en couple mais voyagent ensemble. Ils ne se connaissaient que très peu avant le départ, mais leur passion commune du voyage à vélo les a incité à prendre la route ensemble. Il n'est pas toujours évident de voyager avec d'autres personnes car il faut avoir les même envie, le même rythme, les même objectifs. En discutant avec les divers voyageurs que je rencontre je me rends compte que nous avons nos propres priorités. Si j'apprécie la compagnie sur le court termes, et malgré un très bonne entente, rares sont ceux avec qui j'aurais envisagé un voyage au long court. Mais avec Valérie et Stijn c'est différent, leur bonne humeur, leur simplicité m'ont particulièrement touché et je sais que nous pourrions parcourir des kilomètres sans problème. Un peu juste sur leur délais, ils ont pour projet de prendre un bus pour le sud du pays pour rejoindre les îles, d'où l'idée de les attendre. Avant notre départ nous mangeons en ville, pas moins de 12 cyclotouristes à se retrouver, se connaissant de près ou de loin, ayant parcouru quelques kilomètres ensemble, jusqu'à la moitié de l’Iran. Dennis est à Shiraz d'ailleurs mais ne se joindra pas aux festivités.

Après une nuit de bus, où le sommeil nous gagnera sans que nous nous y attendions. Nous sommes réveillés avec insistance par le chauffeur nous stipulant que nous sommes arrivés. Nous ne sommes pas au terminal mais en pleine rue, le bus est déjà vide et a peine sommes nous descendus que la porte se ferme et le bus redémarre. Nous sommes juste ébahi par la rapidité avec laquelle nous avons été expédié du bus, encore somnolents et endoloris de la nuit dans le bus. Nos affaires, dont les vélos démontés, sont étalés sur le trottoir, il est 6h30 du matin, le jour perse. Bienvenu à Bandar Abbas !

Les vélos remontés, nous prenons un frugal petit déjeuner avec le soleil qui se montre à l'horizon, la brume nous permet de contempler cette boule rouge émerger doucement.

Après quelques formalité en ville, nous voilà dans un bateau pour l’île d'Hormuz. A notre arrivée je pars en éclaireur à moto, transporté par un habitant, pour trouver une plage reculée. Je laisse un mot et un plan approximatif à mon chauffeur, qu'il transmettra à mes compères qui suivent à vélo. Nous établissement notre campement aux bords d'une plage isolée, peu visité par les touristes. Je ne me suis pas trompé sur Valérie et Stjin. Pas de complications, chacun est volontaire pour aider, et la répartition des tâches se fait de façon tacite. On trouve un juste équilibre sans même avoir besoin de nous parler. Nous sommes ensemble, et pourtant chacun semble se retrouver dans ce lieu reculé, chacun passe l'après midi de son coté pendant cette première journée, content de retrouver un peu de calme et de sérénité. Le lendemain sera similaire, Stijn part en exploration autours de l’île à vélo, Valérie de retour à bandar abbas pour valider leur billets d'avion. J'attends sur la plage que Priscilla, rencontrée à Shiraz, trouve notre campement. Peu après son arrivée je pars à mon tour pour explorer les environs à pied, quelques criques, et îlots alentours.



L’île possède un charme indéniable. Un « léger » problème émane cependant dans le fait qu'elle est ultra polluée par des déchets en plastique accumulés au fil des marées. C'est un problème récurrent dont j'ai déjà fait part dans un post précédent, mais l'éducation de la population me semble un défi de taille. Et malheureusement plus je voyage plus je suis pessimiste par rapport à l'actuel impact que nous avons sur notre planète. Le naufrage d'un récent pétrolier iranien en mer de Chine a déclenché une marée noire de la surface de Paris. Et les conclusions furent que l'impact ne serait probablement pas si inquiétant au vues de l'actuelle pollution de la mer à cet endroit...


A mon retour le campement a changé, non seulement tout le monde est de retour, mais un autre petit groupe de voyageurs nous on rejoint. Brent est Belge, il voyage en stop et sac à dos, JB et Stéphane sont français ils sont venus eux aussi à vélo jusqu'en iran et parcours le pays sac au dos. Sur leur chemin ils ont récupérer Ben un Allemand de 20 ans qui lui a laissé son vélo en Georgie, et Alina une létonienne, jeune aussi, 19 ans, qui voyage en stop et qui a rejoins ce petit groupe en route. J'ai quitté le campement presque vide, à mon retour nous sommes maintenant pas moins de 9. Une belle soirée en perspective !!



Un bon feu nous réuni pendant que nous partageons ce que chacun a rapporté. Vous connaissez probablement le concept de la pomme de terre cuite dans les braises? Et bien sachez que l'on peut faire pareil avec des bananes, sur lesquelles on rajoute un peu de cacao en poudre après cuisson... dure la vie de nomade !


Au moment de la vaisselle dans la mer, des lueurs nous interpellent. Pas celles des bateaux de pèche au loin qui utilisent d'énorme projecteurs pour attirer les poissons dans leurs filets. Mais juste devant nous, dans les vagues. Un peu plus loin, sur un banc de sable, c'est toute une vague en plein déferlement qui s'illumine sur plusieurs dizaine de mètres. La mer est remplie de phytoplancton bioluminescent. Pour ceux qui n'ont jamais eu l'occasion d'en voir, il s'agit de micro organismes qui s'illuminent lorsque qu'ils subissent une action mécanique. Ni une ni deux nous voilà tous à l'eau, à remuer le maximum d'eau qui s'illumine à notre passage. C'est un vrai festival de lumière en pleine nuit!

Valérie et Stijn nous quittent, ils ont un bateau pour Dubaï afin de poursuivre leur route à Oman, et s'envoler pour le Népal où ils prévoient de construire un dortoir dans une école pour permettre aux enfants de rester en cas de longues distance ou d’intempérie.

Avec le reste de la troupe nous partons explorer l’île, jusqu'à nous retrouver sur une plage reculée. Cette plage est le point de rendez vous de nombreux iraniens, souvent un peu en marge des lois qui régissent le pays, qui viennent s'isoler ici pour trouver un peu de liberté. Beaucoup amènent leur instrument de musique et restent jusqu'à plusieurs semaines, quelques rares navettes en bateau leur permettant de s'approvisionner aux villages, autrement c'est près d'une heure de marche à travers un chemin chaotique.

Le lendemain direction l'île de Qeshm. Mabanoo ne peut nous accueillir tous, mais elle nous trouve un coquet appartement que nous louerons pour 12euros... A sept! Nous voilà reparti dans de nouvelles explorations, en auto-stop cette fois-ci, les autres membres du groupe étant particulièrement adeptes de la méthode. Je serai surpris de voir à quelle point ce procédé inconnu à la plupart des iraniens est efficace. Il ne nous faudra pas longtemps pour nous retrouver à notre première étape : une mangrove. Nous y retrouvons Théa et Augustin, avec qui j'étais au café culturel, pour une visite en bateau à travers les méandres. Nous enchaînerons sur le canyon Chahkooh.

Le retour sera un peu moins facile. Nous avions réussi a trouver à nous entasser dans à 7 dans un 4x4 de luxe (gratos), partis pied au plancher dans une ambiance électrique. Mais une panne (plus d'huile!) nous contraint d'attendre en pleine nuit qu'un autre véhicule nous tracte sur les 110km qui nous séparent de la ville. Notre chauffeur, qui ne se cesse de se confondre en excuse, n'a malheureusement plus qu'à changer une partie du moteur...

Le jour suivant notre choix se porte sur l’île d'Hengam. Toujours en groupe, toujours en stop. C'est un autre groupe que l'on trouvera sur l’île, une équipe de tournage de Téhéran réalise un documentaire sur l’île. Il nous proposeront une virée en bateau au couché de soleil en contre partie que nous jouions les figurants, comme des touristes. Le soir ils nous invitent à partager leur dîner et nous louerons une chambre où nous dormirons tous les sept... proximité garantie. Notez qu'en Iran il n'y a généralement pas de lit et on dort à même le sol. Nous profitons de l’île le lendemain, mais malheureusement le charme ayant un peu diminué à cause des hordes de touristes venues voir les dauphins en bateau, l'attraction principale. C'est vendredi et jour de repos pour les iraniens, comme notre dimanche.

Le soir c'est l'heure des séparations. Chacun prend une route différente, j'opte pour ma part pour un bus de nuit pour retourner à Shiraz. Je prévois de m'installer quelques jours dans un village environnant. Ramin c'est le hipster iranien. Cheveux long, barbe longue, il gère un café avec financement participatif. Le concept est de venir jouer de la musique, en solo ou en bande, et ce à longueur de journée. Mais le soir je me retrouve seul avec Ramin ou quelques amis de passage.


Après plus d'une semaine à vivre entre 7 à 9 personnes, il est plaisant de se retrouver avec du temps pour soit. Vous aurez remarqué que rares ont été les jours à voyager seul depuis mon arrivée en Iran. Le voyage solitaire permet de se mettre en contact facilement avec d'autres nomades. J'apprécie la rencontre de nouvelles personnes mais la compagnie peut s'avérer parfois pesante. Il est intéressant d'observer comment les changements en nombre peuvent être bénéfiques ou non. Les délais d'attentes pour prendre chaque décision sont décuplés à cause de l'inertie et nous avons tendance à faire moins que si j'avais été seul. Au contraire le groupe ouvre l'opportunité de réaliser certaines activés plus aisément, souvent par le coté pécuniaire. Mais j'ai parfois le sentiment de passer à coté d'une partie de mon voyage. La communauté permet moins l'accès à la population locale, à mon sens. Elle apporte en même temps son lot d'autres visions du monde au travers de différents regards.

Une occasion de remettre en question sa propre conception du voyage.



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