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Dans le désert Iranien

February 17, 2018

J'ai récupéré ma bicyclette, me voilà prêt à reprendre la route. J'ai repéré une petite traversée qui s'annonce intéressante. Pas de folie, quelques 300km. Mais à travers le désert, sans eau ni réseau. Je n'avais pas spécialement de velléité à rouler en Iran, mais l'opportunité de pouvoir sortir facilement des sentiers battus commence à manquer. Et je dois reprendre le rythme avant la reprise! La sortie d’Ispahan n'est pas chose facile. Je retrouve les joies de la circulation à la mode persane, c'est à dire un peu tout et n'importe quoi... et surtout n'importe quoi. J'ai déjà eu l'occasion de rouler dans des conditions particulières en Asie du sud-est mais l'avantage c'est qu'ils restent prévenants. On peut s'insérer aisément dans le trafic sans problème de priorités. En Iran c'est différent, le concept est de gruger au maximum. Chacun y va de son grès, ce qui se solde souvent par une situation inextricable, accident ou blocage de la circulation. Il n'est pas rare de me voir doubler par un taxi qui s’arrête déposer des clients quelques dizaines de mètres plus loin. Il me faut alors le contourner à nouveau dans une circulation dense tout en faisant attention à ce qui arrive, étant globalement considéré comme un utilisateur de la voirie de seconde zone. Aussi, parler de distance de sécurité relève de l'utopie. 

C'est cependant plaisant de reprendre la route. Retrouver la maniabilité du vélo alourdi des quelques quarante kilos de bagages. Ceci impliquant une certaine inertie au démarrage comme au freinage. J’enchaîne donc les kilomètres. D'autant que je n'ai pas lésiné sur la première étape, pas moins de 120km au programme, pour une reprise c'est pas l'idéal ! Aux alentours de 13h, une pause s'impose. Mon corps n'est plus habitué à ces contraintes et je dois retrouver le rythme. Mais alors que je me rassasie, un camion s’arrête. Il me propose de charger mon vélo dans la benne et ni une ni deux, me voilà reparti, assis dans la cabine. Difficile de décliner! 

J'arrive à Varzaneh plus tôt que prévu. Mon hôte gère une auberge dans cette ville aux portes du désert. En contrepartie d'un coup ce pouce dans la communication de son établissement je peux profiter gratuitement du gîte et du couvert. Il a neigé quelques jours auparavant, et quelques plaques de neige résistent à la fonte, formant un mariage antinomique avec les dunes de sable. 

Je profite de l'auberge typique et traditionnelle, calme et reposante, en développant la publicité et les contacts de Mohamed qui gère l'établissement. Je suis parallèlement convié à rejoindre des groupes de touristes iraniens pour visiter les environs. 

 

 

Quelques jours plus tard me voilà reparti pour la ville Yazd où je dois prolonger mon visa une nouvelle fois. Il me reste trois jours avant que mon visa expire et j'ai 3 jours de vélo, pas de temps à perdre. Je quitte la ville pour me retrouver sur la route abandonnée qui traverse le désert. Je longe les dunes de sables sous un soleil chaud malgré le fond d'air frais. 

Mais très vite je suis confronté à une première difficulté. Un vent de face commence à se faire de plus en plus insistant. Si j'avoisinais les 20km/h à la sortie de la ville, je tourne désormais plutôt autours des 10-12km/h. Je pourrais me mettre à courir que j'arriverais en même temps. Un pick-up me double, une des seules voitures que je verrai. Il me propose de m'avancer et j'accepte sans concession. Il me dépose quelques kilomètres plus loin. Le vent a encore forci. Les rafales me surprennent au risque de me faire poser le pied au sol. Cette fois j'avance entre 6 et 7 km/h, soit une marche soutenue. Je poursuis difficilement ma progression au rythme du vent qui souffle sur la région. 

Le ciel est maintenant couvert et j'aperçois derrière moi que des précipitations sévissent sur les dunes. Devant moi les nuages s'assombrissent. Le vent est tel que je commence à douter de finir mon étape dans la journée. J'ai pour but un caravansérail abandonné et il me reste une vingtaine de kilomètres, mais à ce rythme je ne suis pas sûr d'atteindre ma destination avant la nuit. Malheureusement rien à l'horizon ne peut me servir d'abris et le sol sablonneux me dissuade d'essayer de monter la tente. Je roule tête dans le guidon, concentré à maintenir ma progression, et mon vélo debout! 

 

 Je redresse la tête, les alentours ont complètement changés. Des précipitations m'entourent et quelques minutes plus tard il se met à neiger. Me voilà pris dans la tourmente. Avec le vent il neige à l'horizontal... littéralement. Les flocons balayent le sol et me fouettent le visage au passage. Mes joues sont endolories par le froid, mais pas suffisamment pour ne pas sentir ces cristaux qui me piquent comme des aiguilles à chaque rafale de vent. Au loin un autre voiture approche, ses deux passagers me dévisagent en me croisant, quelque peu ahuris de me voir batailler avec mon vélo dans ces conditions. Je les saluent sans m’arrêter, pas de temps à perdre. Mais ils font demi tour et me proposent eux aussi de me conduire sur les quelques kilomètres finaux. Alléluia !! D'autant que l'asphalte a disparu et que ma progression s'annonçait encore plus difficile. Nous chargeons le vélo dans la benne du pick-up et nous serrons à l'avant, la voiture étant conçue pour deux personnes. Il s'agit de la police en charge de surveiller la route abandonnée. Je le devine en raison de L'AK-47 sur lequel mes pieds reposent. J'essaie de trouver une position confortable qui me permet de minimiser le poids que mes pieds exercent sur l'arme qui pointe sur moi. 

Nous arrivons au caravansérail. Il me déposent et m'indiquent une partie moins détruite. Le caravansérail est très ancien, plus de quatre cents ans. Il se délabre, ce qui avec la pénombre lui donne une allure austère. L'unique bruit provient du vent qui siffle dans ses petites ouvertures d’où émane une faible lumière. Ambiance ! Je réalise que si dormir en plein désert ne me dérange pas, je suis dans un endroit où tout à chacun peut venir chercher refuge, et pas forcément de la bonne graine. Ce n'est pas pour rien que la police patrouille. Mais avec la nuit tombante je doute que je trouverai quelconque compagnie.

 

Au réveil la neige a recouvert d'une fine couche la terre brune. Le ciel est toujours chargé même si le vent et les précipitations ont cessés. 

 

Pas de temps à perdre, je me met en route. Je réalise rapidement qu'il m'est impossible de pédaler. La route est en léger contrebas du sol, et le vent fort a permis à la neige de s'accumuler sous forme de congère, parfois jusque 20cm. Je suis contraint de pousser le vélo, et si je pensais à tort que ça irait en s'améliorant, plus j'avance plus la couche neige est importante. J'aurais pu rester une journée de plus au caravansérail en termes de provision. Mais avec mon visa qui arrive à expiration, je ne peux perdre un jour. Je perd du temps mais je sais que je peux compter sur un automobiliste pour m'avancer en cas de besoin, les pick-up sont nombreux en Iran. 

 

 

Le ciel se découvre rapidement. Je suis seul dans cette immensité. Je profite donc du paysage sans trop d’inquiétude malgré la difficulté de la progression. Après 10km et plus de deux heures, le niveau de neige diminue, me permet de remonter par moment sur ma monture et d'avancer un peu... jusque la prochaine congère. Le sol est toujours meuble, parfois sablonneux ce qui rend l'avancée encore plus compliquée. Quelques variations de dénivelés à l'approche des montagnes m'achèveront définitivement. Je me sens démuni, presque puni. Mes pensées ressassent sur certaines paroles ou actions récentes et regrettées. J'aspire mes fautes, comme une confession face à la nature et à ses éléments. 

Mais bientôt des bruits me signalent que la civilisation approche. J'arrive près d'une carrière et retrouve avec elle le revêtement lisse de l'asphalte. Je m'agenouillerais presque pour l'embrasser, mais malgré le temps passé en Iran je n'ai pas encore passé le cap de la conversion. Je me contenterai d'une tape amicale que l'on réserve aux retrouvailles d'un bon copain. 

 

Je suis parti 5h plus tôt, j'ai parcouru 20km... Après un frugal déjeuner je me remet en route. Il me faut rattraper un peu le retard, il est 13h et il me reste quelques heures de soleil. J'ai retrouvé l'asphalte mais pas la circulation avec quelques 120 kilomètres à parcourir pour atteindre Yazd. Je progresse maintenant sur une route peu pratiquée, mais toujours au milieu de paysages lunaires. 

 

Après avoir retrouvé la route principale, une voiture s’arrête, encore une fois spontanément. Les deux jeunes se disputent et je comprend qu'ils se chamaillent pour savoir qui parlera, comme des ados timides qui n'osent aborder l'inconnu(e). Ils ne parlent pas anglais, d’où leur ridicule querelle. Mon farsi limité me permet de comprendre qu'il me proposent de m'avancer. Après une réflexion de l'ordre du millième de seconde, j'accepte. Quelques quinze kilomètres faciles qui ne se seront pas de refus. Je prend la route pour Yazd alors qu'ils poursuivent jusque leur village natal. 

Je trouve à camper sur les bords d'un cours d'eau asséché. La dépression a laissé sur son sillage un climat froid et sec. Les températures avoisinent les moins dix degrés, la nuit ne sera pas de tout repos avec le froid qui gagne mes pieds malgré mon duvet. Je reprends la route pas trop tôt cette fois, profitant du soleil matinal pour me réchauffer. 

 

Je rejoins la route principale. Cette fois ce sont soixante kilomètres qu'il me faudra parcourir le long d'une ligne à très haute tension. Plus de sable, plus de montagnes, plus de neige, juste une route a perte de vue au milieu d'un sol aride. Beaucoup moins passionnant. J’arrête vite de compter les pylônes électriques, manquant de m'endormir sur mon guidon. Une dernière pause avant d'arriver. J'en profite pour terminer mes dernières dattes. Les dattes, ou Khormâ en perse, sont répandues en Iran. Il en existe de plusieurs sortes, mais toutes sont aussi délicieuses les unes que les autres. La chaire est si molle qu'il est presque inutile de les mâcher. Celles-ci à la peau claires baignent dans un sirop caramélisé, idéales pour fournir les dernières ressources dont j'ai besoin, ou bien régler le compte d'un diabétique en deux bouchées.