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No T'aarof !!

March 4, 2018

Le Tarof est une pratique bien typique de l'Iran, qui consiste à proposer ou refuser quelque chose par politesse (plus ou moins forcée). Il est donc d'usage d'insister, jusqu'à trois fois afin d’être convaincu des intentions de son interlocuteur. Ainsi un commerçant peut refuser un paiement par courtoisie et il n'est pas toujours évident de comprendre aux premiers abords si c'est de la gentillesse... ou du Tarof. C'est valable aussi dans les transports où chacun se prie de passer en premier ou chez les hôtes qui proposent tout surtout par politesse. C'est un coup prendre et parfois cela mène à des situations complexes où on ne sait plus trop que penser.

 

 

Me voilà dans la ville de Yazd avec ma cheville en vrac. Je ne désespère pas encore. D'autant que je retrouve une flopée de voyageurs croisés précédemment en Iran: Alex et Dana, deux roumaines rencontrées à Ispahan. Peter, un danois rencontré à Varzaneh, Hervé un français expatrié en Asie du sud-est depuis quelques années et sur le chemin du retour vers la France, Ivo un hollandais qui voyage sac au dos. Nous passons la soirée aux retrouvailles et à la narration de nos dernières aventures. Je remporte le prix de l'exploit haut la main.

Le lendemain c'est direction la police d’immigration. Je dois reconduire mon visa pour un nouveau mois. Yazd est relativement proche de l’Afghanistan et le département est bondé de réfugiés. Je bénéficie contre mon gré d'un traitement de faveur avec l'autorisation d'attendre assis dans un bureau. Contrairement à Ispahan, l'officier ne ma posera aucune question sur mes motivations, très enclin à me laisser séjourner un peu plus en Iran. Tous ces arguments et ces mensonges que j'avais préparé pour rien! Il me faudra attendre quelques jours que mon visa soit prêt car ils débordent de travail. Ma cheville ne me permettant pas de circuler je ne joue pas le forcing, déjà gêné d'avoir grugé la moitié de la queue. De plus l'auberge où je loge est confortable, thé à volonté et partenaires de jeux de société... c'est assez rare quand la plupart du temps les voyageurs restent sur leur écran pendant leur temps libre (moi inclus... mais c'est pour vous!)

Je visite la ville qui est pour moi une des plus charmantes que j'ai pu trouver en Iran. Sa taille relativement petite lui donne moins cette aspect de grande agglomération comme Ispahan ou Shiraz. Son centre ville est fait de petites ruelles en torchis dans lesquelles il fait bon se perdre. Une des particularités de Yazd est sa multitude de "Badgir", sortes de tour destinées à générer une ventilation et rafraîchir les maisons. Aussi, la ville bénéficie d'un système d’irrigation sous terrain en provenance des montagnes voisines. Des tunnels de plus de quarante kilomètres et creusés à la main permettent d'acheminer l'eau potable. 

 

Nous aurons l'occasion de visiter une maison traditionnelle transformée en restaurant. Pas de touristes ici, la carte est uniquement en perse et les plats sont tous traditionnels. L'occasion de revoir un peu les classiques:               

 

La gastronomie Iranienne n'est pas celle qui m'aura le plus transcendé, mais elle a quelques incontournables: le Ghormeh-sabzi ragoût de viande (possibilité de demander sans viande très souvent) sauté dans des légumes verts, haricots rouges et autres herbes, Fesenjan, poulet à la sauce aux noix et à la grenade (le fruit), Dizi, purée de pomme de terre avec poids chiche et viande d'agneau et enfin de loin mon préféré: le kashke bademjan, purée épicées d'aubergines et de kashke, petit lait fermenté.

 

Une autre particularité est son empreinte culturelles du zoroastrisme. Qui se veut être comme la première religion monothéiste. Son temple du feu abrite une flamme qui se n'est éteinte depuis plus de 1500 ans, et ses deux tours de silences utilisées pour exposé les défunts afin de les rendre à la nature. En d'autres mots on les laisse se faire picorer par les oiseaux jusqu'à ce qu'il ne reste que les os que l'on entasse dans un trou au milieu.

 La cheville ne me permettant pas encore de rouler je décide de changer de programme pour aller au sud, à Kerman. Je rejoins Casper un anglais qui étudie le farsi en Iran. Je pourrai profiter de son intérêt et sa culture pour ce pays qui le fascine. Pas d'excursion dans le désert de Kalout, budget oblige... Mais nous irons nous rendre dans la citadelle de Bam qui fut ravagée en 2003 par un des séismes les plus meurtriers d’Iran. L'ensemble de la cité ancienne n'est presque plus que ruines qui ravivent les souvenirs de mon passage à Sarpol-e zahab un mois plus tôt.

 

Casper continu sa route pour Shiraz alors que je retourne sur Yazd. La cheville n'étant pas au top et la météo pas très engageante, je décide carrément de revenir sur mes pas pour me réinstaller à Ispahan. Je prolonge mon arrêt a Yazd cependant en rencontrant Matteo, un suisse à vélo, qui prend la route vers le sud du pays pour gagner l'Oman et certainement l'Inde. Je croiserai aussi Rocio, une espagnole aussi à vélo et sur la route depuis plus de 4 ans. Une rencontre inspirante quant à la notion du temps et du voyage. Bloquée à la frontière fermée alors qu'elle tentait de sortir du Pakistan, Rocio a prolongé son séjour jusqu'à que la frontière ouvre... 9 mois plus tard. Pas question de prendre l'avion. Elle est sans aucun moyen de communication, pas de réseaux sociaux... en résumé : « laissez moi vivre mon voyage ». Si c'est une forme de coupure envers le monde extérieur et son entourage il n'en reste pas moins une façon de se détacher et de se rendre présent au moment vécu. Respect!

Retour à Ispahan et au café culturel. J'en profite pour parfaire ma connaissance de la ville. Mais étant LA ville touristique de référence en Iran, les visites tournent souvent à la sollicitation incessante de locaux. Si en général cela ne me dérange pas, la redondance donne un sentiments de bête de foire, d'autant que je me sens associé à la horde de touristes occidentaux à laquelle je ne m'identifie que très peu. 

Petite aparté qui vaut le détour. J'écris ces précédentes lignes alors que je suis sur la route pour l’Arménie. Un contre temps avec la personne qui doit m'accueillir le soir m'incite à faire une pause sur la route et profiter du soleil. Une voiture pile pour s’arrêter à ma hauteur. Je me ferme un petit peu à ces étrangers peu disposé à être dérangé pendant ma rédaction. Mais ils s'installent non loin pour pique niquer, et c'est le plus naturellement du monde que leur jeune fils vient me tendre une assiette remplie d'une plat cuisiné. Je met donc en pause mon écriture pour partager avec eux un moment simple et convivial. L'Iran est plein de surprise et l'accueil de ses habitants est indiscutable. Cependant il arrive que ce soit "trop" pour moi. A Ispahan à coup de: «Hello, where are you from? » trente fois par jour. Si cela ne me dérange pas d'entamer une discussion avec un inconnu, il ne s'agit bien souvent que d'apostrophe qui se soldent uniquement par une demande de photo selfie...

Mais je profite aussi de la compagnie des voyageurs de tous pays qui sont là pour venir en aide à Hajar au café. Je retrouve Vincent le grand débonnaire qui voyage en stop en direction de l'Inde. Lee un jeune chinois, qui a grandi en Espagne, étudie en Grèce et parle pas moins de 5 langues, la pétillante Alba d'Espagne... Mais surtout Pierre Alexandre. Français, il est parti il y a plus de 4 ans, sur un coup de tête probablement,  en stop et sac au dos. Quand je disais que la notion du temps pour certains prend une autre dimension. Mais le plus intéressant est son cheminement tant géographique qu'intérieur. Il a rencontré et intégré des communautés qui vivent ensemble, partage, aime... Au travers de ces belles rencontres il a gagné un certain optimise quant aux solutions que peuvent s'offrir à la planète. Pour ma part, j'en suis encore au stade où il me semble que l'on va droit dans le mur. Et peut être par égoïsme j'ai décidé de profiter du monde avant qu'il n'en reste plus grand chose. Mais les yeux d'Alex pétillent lorsqu'il évoque les promesses d'un monde meilleur.

 

Il est temps de retrouver Téhéran. Je n'y vais pas de bonté de cœur. Dans le cadre de mon projet j'ai réussi à négocier une conférence sur la méthode Mckenzie pour l'université de kinésithérapie de Téhéran. Quelque chose qui ne se refuse pas! Je profite de mes quelques jours pour me préparer et visiter quelques sites près de chez mon hôte. J'ai laissé mon vélo dans le sud de la ville afin de ne pas avoir à circuler en ville avec, ayant déjà fait l’expérience que je ne suis pas prêt renouveler.

Un jour je rejoins un groupe de locaux qui part pour Dizin, une des plus proches stations de ski de la capitale. Malheureusement le temps n'est pas au beau fixe, car depuis le haut de la station on peut (potentiellement) admirer le mont Damavand, plus haut sommet d'Iran avec ses 5610 mètre d'altitude. Mais au pied d'une remontée le look typique du skieur de randonnée d'un groupe de jeunes m'interpelle. Je tends l'oreille, ça parle français. Ils sont cinq et sont venus profiter des joies de la glisse en Iran. De la région Rhône alpes, il ne nous faudra pas longtemps pour nous trouver un ami commun. 

 

Départ de Téhéran en train. Le train est pour moi une façon intéressante de voyage et de immiscer dans un pays et sa culture. Je trouve le bus trop impersonnel. Avec le train on peut se faire une image plus général, je sais pas, il y a un truc qui me fascine. Bien entendu il ne me faudra pas longtemps pour être la vedette du wagon. De part mon enthousiasme et mon excitation, je vais et je viens, suscitant la curiosité et le dialogue même en dehors de mon compartiment. Pour information, il est possible de se rendre jusqu'au Vietnam en train, depuis le Portugal. Certes avec un peu plus de délais qu'en avion, mais comme je l'ai évoqué précédemment... tout dépend de son rapport au temps.

 

On arrive à Tabriz au petit matin. Plus précisément à 4h du matin, si on se passe des euphémismes. Le temps de refaire mes sacoches et ce qu'elles contiennent. Il a fallu piocher un peu dans chacune pour faire mon sac de voyage et me voilà à tout déballer et tout remballer en pleine gare, heureusement on est encore loin de l'heure de pointe. Départ au levé du jour, que dis-je, c'est la reprise! Si j'étais un tantinet excité par ces retrouvailles je déchante assez vite. J'ai mal dormi et la route que je dois suivre est une voie rapide. Pour couronné le tout, le ciel me crache sa pluie fine au visage. Un panneau indique l’Arménie à la sortie de la ville. Mais la route concorde pour l'instant avec la Turquie et... l’Europe. Oui oui c'est fléché! 1800Km si vous en avez le courage. Perso j'ai fait ma part. Mais de revoir ce panneau... où vais-je ? Un sentiment que je reviens sur mes pas.

Le bruit incessant des moteurs à plein régime me monte à la tête. J'avance, tête dans le guidon, j'avance. Et on est loin de la performance! A 10h j'en peux déjà plus. Je m’arrête manger une omelette, à l'iranienne, avec des tomates ! D'autant meilleure qu'offerte par la maison (et no Tarof!). Eh oui, je ne suis plus le touriste des grands monuments, je suis le voyageurs atypique dont on se demande ce qu'il fout là et pourquoi diable il se fait tant de mal. Alors on l'aide, on lui sourit. On ne l'interpelle pas, on le le salut. Chacun à manière, et pour la plupart des automobilistes c'est à coup de klaxon. Si cela part sans aucun doute d'une bonne intention, le coté répétitif (1 minute maximum, on est en Iran!) incite cependant à se couvrir les oreilles. Tiens! Tchaïkovski, ça faisait longtemps, content de te retrouver mon pote, merci pour ton aide.

J'arrive à Marrand sur les coups de midi. C'est ici que j'avais arrêté le vélo c'est ici qu'officiellement je reprends. Je retrouve Yashar qui m'avait accueilli presque trois mois plus tôt. Ce jeune pas encore majeur qui rêve de voyages et de liberté. Il a eu des problèmes avec la police des mœurs, la fameuse Sepah, qui terrorise et/ou persécute les citoyens s'ils pètent de travers. Il m'accueillera cependant dans sa famille, mais en toute discrétion. Je suis fourbu, je m'effondre et enchaîne 4h de sommeil sans ciller.
Le lendemain c'est le départ, le vrai cette fois, l'officiel, pour moi en tout cas. Un beau ciel bleu, une belle route et un asphalte lisse. Un léger plat descendant, pour attaquer la journée ce n'est jamais de refus. Aujourd'hui je reprends mes marques et mon enthousiasme. L’Iran m'offre ses derniers paysages pour mon départ.

Jolfa est une ville industrielle en bordure de la frontière. J'ai accepté la proposition d'un hébergement même si j'étais bien tenté de camper, la température étant douce ce jour. Milad m’accueille dans sa collocation. Tous sont ici pour le travail et viennent de différente ville d’Iran. Ils me cuisineront un plat traditionnel accompagné d'une bière, une vraie! la proximité avec l’Arménie ayant ses petits avantages.  Après 3 mois en Iran, je l'apprécie!

 

Je quitte Jolfa en longeant l'Araxe qui fait office de frontière avec l’Azerbaïdjan. Je continue de doucement descendre avec la rivière. De part et d'autre des guérites d'observation. Les reliefs de part et d'autre de la rivière offre un paysage majestueux. Au fur et à mesure de ma progression les parois se rapprochent et se font plus abruptes jusqu'à m'enfoncer dans un gorge étroite.