Pахмeт

A Friends Guest house, le voyage est comme en suspend. Je prends le temps de ne rien faire. Il n'est pas toujours évident d'être en mouvement, monter et démonter le campement tous les jours. Pédaler de longues heures et communiquer de façon archaïque avec les locaux. Nous rentrons peu à peu dans la saison touristique et les voyageurs se font plus nombreux. Les baroudeurs de diverses nationalités se retrouvent dans le jardin, sur les banquettes, pour jouir du calme et de la quiétude de l'établissement pourtant situé en plein centre ville. On discute, on échange, autours d'un verre ou d'un repas souvent bien copieux. Je ne vais pas cacher que la nationalité française domine allègrement dans cette ambiance multiculturelle animée, surtout en ces temps de coupe du monde.

La sortie de Bichkek est longue et éprouvante. Les conducteurs kirghizes ayant plus volontiers le sens de la gruge que de l'anticipation. Mais j'arrive à me frayer un chemin pour m'extraire de la ville. Je retrouve les températures chaudes que j'avais en Ouzbékistan. L'été avance à grands pas et les champs aux alentours de la ville ont déjà bien jauni. Après quelques dizaines de kilomètres sur la route principale je bifurque sur une route secondaire. J'ai pour projet l’ascension d'une passe afin de me rendre dans la vallée parallèle. Le col du Kegeti ne semble pas une mince affaire mais j'ai décidé de relever le défi afin d’agrémenter mon périple d'un peu plus d'aventure. A peine ai-je bifurqué que le vent me fouette latéralement. Je réalise que je l'avais dans le dos depuis le début sans me rendre bien compte que sa force me poussait. Ce bougre se fait plus discret que lorsqu'il me brave.

Je profite de l'ombre d'un feuillu pour me restaurer. Après ma collation mon regard se porte vers mon objectif. La vallée dans laquelle je dois m'insérer est littéralement fermée par le mur d'eau qu'un orage d'été apporte. Il est fréquent de voir des averses en début ou milieu d'après midi en ce moment. Mais au fur et à mesure de mon avancée le vent pousse latéralement ce rideau de pluie sur sa tringle nuageuse.

Je procède dans un premier temps à une montée régulière pour atteindre l’entrée de la vallée. Je m’arrête refaire le plein d'eau chez un apiculteur. Pas moins de 500 ruches à son actif. Je me rends compte avoir bu près de 5 litres d'eau à cause de la chaleur et le besoin de refaire le plein de minéraux se fait sentir. Mais comme s'il avait lu dans mes pensées il se met à saler copieusement la salade qu'il m'offre avant de repartir. La dose de cristaux blancs pourrait mettre à mal un tensiomètre. Il me propose naturellement de planter ma tente près de sa cabane après m'avoir énuméré les animaux qui peuplent la région: ours, loups, léopards... Je décline son invitation et préfère prendre le risque du campement sauvage. Me voilà reparti pour les derniers kilomètres de la journée qui commence à se faire longue. Je plante la tente au crépuscule, éreinté. Un coup d’œil rapide au GPS me renseigne qu'il me reste près de 25km et 2000m de dénivelé pour franchir le col. Les hostilités n'ont donc fait que commencer.

Je me couche sous la chape sombre de la nuit kirghize. La lune, dans sa phase décroissante, n'est pas encore levée. Les étoiles scintillent de leur rythme régulier. Les nuages éparses sont de couleur bleu nacré, comme des cotons trempés dans de l'encre claire. Une nuit pourtant peu reposante du fait de la tumulte du torrent auprès duquel je campe. A mon réveil il semblerait que j'ai eu de la visite ce matin. Le passager n'a pas oublié d'emporter avec lui mon thermos. Je m'en suis passé pendant près de six mois et il est devenu désormais un outils indispensable à mon voyage. Je relativise sachant que mon vélo juste à coté n'était pas attaché.

La route se transforme rapidement en piste, en prenant un peu plus d'inclinaison. L'ascension s'annonce longue et fastidieuse. Quelques yourtes peuplent le long de cette vallée encaissée mais encore verdoyante. Je remonte le court d'eau dans ce décors idyllique. Puis la vallée s'ouvre et la végétation se fait plus rare. Je quitte les sapins pour retrouver l'herbe rase qui caractérise bien ces régions. La route se fait de plus en plus difficile. Elle traverse des langues de sédiments laissés par des coulées lors de crues. Alors le vélo cahote et il me faut mettre pied à terre. A un moment une averse rend la progression encore plus compliquée car les cailloux deviennent glissants. Je croise un nomade et son fils, tous deux à cheval. Ils me regardent incrédules batailler dans cette patinoire de roc acérés. Comment leur expliquer que j'ai choisi cette situation et même que j'en retire un certain plaisir.

Mais après ce passage délicat la route se fait de nouveau plus clémente et je reprends un rythme régulier. La journée avance et les orages de l'après midi laissent place à un beau ciel bleu. Je profite d'une source pour refaire le plein d'eau et termine ma journée au pied du col, me réservant les derniers kilomètres pour le début de journée suivante. La journée touche de toute façon à sa fin. Pas le temps d'attendre les étoiles cette fois ci, Morphée m'emporte avec elle alors qu'il fait encore jour. Mais comme souvent dans ces cas-là, je me réveille en pleine nuit avec beaucoup de difficultés à me rendormir. Je profite donc un moment du calme de la nuit. Pas de torrent au bruit assourdissant, juste un immense cirque montagneux qui m'entoure. Je suis à près de 3500 mètres d'altitude déjà. L'environnement montagneux est comme figé, un havre de paix nappé dans la lumière de la lune.

Le premier kilomètre reste aisé jusqu'à atteindre quelques névés qui subsistent sur la route. Il me faut alors commencer à pousser le vélo. Je décide de rester sur la route plutôt que d'essayer de couper les virages, ce qui pourrait s'avérer plus compliqué. A chaque virage je dois démonter les besaces qui parent ma bicyclette et faire des aller retours avec les pièces séparées. Je fais donc le trajet trois fois à chaque amoncellement de neige pour pouvoir franchir l'obstacle.

Puis la route est dans un état tel que je ne peux remonter sur ma monture. Je continue donc de pousser alors que le souffle commence à me manquer du fait de l'altitude. J'arrive finalement au dernier virage. Celui ci est complètement enneigé et je dois faire de nouveau des allers retours. La neige me porte fort heureusement et je ne m'enfonce pas ou peu. Mais ramollie par les rayons du soleil je glisse à chaque enjambée ainsi que sur la terre mouillée et friable. Il y a tout juste une trentaine de mètres de dénivelé mais il me faudra près d'une heure pour hisser l'ensemble de mon matériel jusqu'au sommet. Je savoure un moment ma petite victoire.

La descente n'est malheureusement pas de tout repos. La route est dans un état pire qu'à la montée et je dois continuer de pousser mon vélo parfois dans une route chaotique. Après cinq kilomètres de labeur je peux enfin enfourcher ma monture et poursuivre jusque la vallée. Arrivé à un croisement en contrebas, j’aperçois au loin quelques silhouettes de cyclo nomades. Leur morphologie ne me trompent point : j'ai retrouvé la famille Delahaye que j'avais rencontré à l'auberge de Bichkek. Nous nous étions donné rendez vous dans la vallée, mais loin d'imaginer que nos chemin se croiseraient à la minute près. Épuisé par ma matinée, je reprends quelques forces en leur compagnie autours d'un pique nique et décide de poursuivre un brin de chemin avec eux.

La famille respire le bonheur et la joie de vivre. Les enfants, âgés de onze et quatorze ans, n'ont pas sombré dans l'indolence de l'adolescence. Ils arborent au contraire un enthousiasme sans fin pour ce mode de voyage à deux roues. Il faut dire qu'ils ont été rodés par une année de tour du monde en famille quelques temps plus tôt. La fièvre du voyage les a touchés et le bonheur d'une vie plus simple mais loin d'être ascétique a pris le dessus sur des vacances plus confortables. Nous parcourons quelques kilomètres dans la vallée en direction d'un nouveau col, le karakul suu que nous ne passerons pas ce jour, préférant apprécier un peu plus la vallée presque sauvage dans laquelle nous sommes. J'apprécie de mon coté de retrouver des compagnons de route et des moments de proximité et d'émotion que le voyage nous amène à partager.

Reprise des hostilités au petit matin. Contre toute attente de ma part, le col que nous nous apprêtons à franchir culmine à 3485 mètres d'altitude. Après un début d'ascension régulier, nous constatons qu'il faut dénuder nos montures pour franchir deux névés juste avant le col. La progression devient une parade d'aller et venue avec nos bicyclettes en kit. Même schéma qu'au Kegeti, le dernier kilomètre et si raide que nous devons pousser nos vélo. A plusieurs le labeur devient plus facile.

Arrivés au sommet, nous ne perdons pas beaucoup de temps. Le vent souffle de manière soutenue et les ventres commencent à gargouiller. Nous entamons la descente jusque trouver un endroit abrité pour satisfaire notre satiété. Après avoir repu nos panses nous profitons de la quiétude de l'environnement dans lequel nous nous sommes arrêtés. Nous sommes encore à environ 3200m et point de civilisation à l'horizon. Seuls quelques chevaux et bétails paissent paisiblement. Le temps est comme suspendu.

Nous poursuivons notre route de l'autre coté du col. Ce versant est tout aussi somptueux. La vallée s'ouvre à nous comme une terre prometteuse. Nous découvrons petit à petit la magie de ces lieux reculés si particuliers au Kirghizistan. Ici ou là fleurissent quelques champignons locaux communément appelés les yourtus kirghizis, auprès desquels nous rencontrons quelques nomades venus ici pour l'été faire paître leur bétails. Nous suivons le cours d'eau qui sillonne le fond de la vallée. Pas une rivière informe et sans charme. La Karakul dessine son chemin fait de méandres aux milieux de prairies verdoyantes. Parfois il nous faut passer quelques gués plus ou moins profonds. La progression se fait au rythme de la petite famille que j'ai décidé de m'imposer afin de voyager différemment. On prend le temps, on s'attend, on partage.

Nous continuons de descendre la vallée tout en essuyant par moment quelques ondées passagères. La population se fait de plus en plus présente et il nous faut jouer de stratégies pour décliner les propositions de nous offrir du Kimiz. Boisson nationale au Kirghizistan, le Kimiz est préparé à base de lait de jument laissé fermenté dans un récipient fumé (souvent en peau d'animal) qui lui donne un peu le même goût en plus du coté pétillant et légèrement alcoolisé. Vous l'avez compris, mieux vaut être préparé à l'expérience tant au niveau physiologique que psychologique. Dernier bivouac avant de rejoindre la route principale. Nous campons près d'une ferme dont les occupants ont transhumé pour l'été.





La route principale reste une piste, mais nous descendons avec le vent dans le dos ce qui nous permet d'avaler facilement les kilomètres.

La journée se termine avec plus de cinquante kilomètres au compteur, un beau score pour les adolescents avec qui je chemine. Nous faisons étape dans une guest-house afin de recharger les batteries, au sens propre et au sens figuré.


Il est temps pour moi de faire mes adieux... jusqu'à la prochaine fois! J'ai apprécié la compagnie de la famille, leur façon de voyager dans la simplicité et la bonne humeur. Les distances journalières parcourues qu'ils m'ont "imposé" m'ont permis de voyager à un autre rythme quelques jours. Je poursuis seul. Cette fois j'avale les kilomètres. Près d'une centaine dans la journée pour me retrouver au pied du col qui mène au lac de Song Kul. Avant de bifurquer, quelques kirghizes me hèlent au loin. Ils sont occupés à faucher un champs et m'invitent à venir les aider en rigolant. J'aurais volontiers accepter, voyant dans cette proposition la promesse d'un joyeux moment partagé et d'un gîte avec couvert (et bouteille de vodka) pour la nuitée. Mais je préfère décliner poliment pour camper dans un endroit tranquille et me retrouver avec moi-même. Je réfléchis cependant deux fois à la question à la vue d'un orage qui gronde. Sombre et lumineux à la fois, les éclairs s'accompagnent d'un tonnerre tonitruant qui manque à perturber le repos des défunts qui reposent en bordure de la ville. L'averse ne traversera cependant pas la vallée me laissant au sec pour ce soir.

Je passe la journée suivante dans l'ascension du col qui me permettra d'accéder au lac de Song kul. Les premiers kilomètres sont agréables et bucoliques. Les derniers cependant ne sont pas du même acabit. La route est extrêmement raide et de petites pierres la recouvrent. Je peine à pousser mon vélo chargé car à chaque pas je glisse un peu vers le bas. Les cinq derniers kilomètres sont donc globalement laborieux. Mais l'arrivée au col se solde par une vue imprenable sur l'étendue lacustre et ses environs. Le lac de Song Kul est un incontournable du Kirghizistan, et pour cause !!

Pendant ma descente pour le lac je ne croise personne et tout au long du lac je ne verrai presque aucun touriste. Cette destination inévitable me semblait prisée et pourtant... Le calme règne dans cee lieu de pâture estival pour le bétail kirghize. Certes quelques camps de yourtes proposent une nuit typique sans vraiment l'être, mais il suffit de les éviter... ou pas. Je rencontre un couple de cyclistes allemands aux abords de l'un d'eux. Version "bikepacking" moderne, VTT haute gamme et sacoches discrètes sur le cadre, la selle et le guidon. Ils sont au Kirghizistan pour trois semaines dans le but d'écumer les cols de haute altitude. Nous échangeons le temps d'une bière qu'ils m'offrent généreusement. Ils comptent se rendre au Kegeti... Je ne peux que les encourager dans ce sens! Le soleil décline déjà et je quitte mes amis germaniques pour me trouver un endroit où camper. Les abords du lac sont fait de steppes et la lumière du soir décuple l'immensité de ce lieu magique. C'est une des choses que je suis indubitablement venu chercher dans ces contrées lointaines. Le calme qui y règne est profond et apaisant. Je ne peux me lancer ici dans des descriptifs stériles au tout du moins peu représentatif et préfère laisser parler les images.

Je décide de reprendre la route tôt. L'ironie du sort fait que je commence à manquer d'eau. Les affluents du lac, de petits ruisseaux qui coulent le long des plaines, sont assaillis de yourtes et de campements. L'approvisionnement en eau potable n'est pas toujours facile. C'est la première fois que j'utilise des purificateurs d'eau. Je rencontre deux cyclos suisses dont l'antipathie ne m'incite pas à prolonger notre chemin ensemble. Je poursuis une belle et longue descente avant de reprendre un petit col. J'évolue dans une jolie vallée qui ressemble en de nombreux points aux vallées alpines.

J’atteins la route principale et retrouve avec elle l'asphalte que j'ai quitté plus d'une semaine auparavant. De plus la route descend gentiment et la perspective d'arriver me redonne un peu d’énergie malgré la chaleur qui accompagne ma perte progressive d'altitude. J'arrive à Naryn en fin d'après midi après plus d'une centaine de kilomètres parcourus.

Je laisse mon fidèle compagnon dans une auberge pour quelques temps. Je reprends la route pour Bichkek en marchroutka, ces minibus au tarif dérisoire. Je retrouve ici Maëlle, une amie du lycée venue me rejoindre sur mon périple. Maëlle, c'est la bonne humeur assurée, toujours partante, toujours motivée. Œnologue de profession, elle n'a pas oublié de rapporter un échantillon de sa production accompagné de fromage... le seul truc qui manque à un français en voyage. L'occasion pour moi de laisser le vélo de coté et découvrir le Kirghizistan autrement. Nous avons loué une voiture pour une dizaine de jour. Nous partons pour Song Kul. Le temps est clément à notre arrivée mais se dégrade rapidement dès le lendemain matin.

Cependant nous aurons la chance de pourvoir profiter d'une démonstration de jeux nomades. Amis des animaux vous êtes prévenus, mieux vaut passer au paragraphe suivant. En dehors de jeux "classiques" comme le tir à la corde, la plupart se passent à cheval. Le premier consiste à ramasser des billets posés au sol alors que le cheval est lancé dans sa course. Le second consiste en une course entre une femme et un homme. Si l'homme rattrape la femme et arrive à l'embrasser il gagne le duel. C'est ainsi que la guide qui nous a conviés à la démonstration a finalement succombé au charme de son actuel mari, après avoir perdu plusieurs duels. Mais si c'est la femme qui est plus rapide alors elle aura le droit d'asséner un coup de cravache pour rendre au jeune effronté la menue monnaie de son insolence. Enfin il y a le célèbre Kok Bërü, sorte de polo qui se joue... avec une chèvre morte. Le concept est de se disputer la carcasse par équipe et à cheval pour la déposer dans un pneu de tracteur. Celle ci servira bien entendu de repas partagé entre les deux équipes après la partie endiablée. Mais plus impressionnant encore est de voir ces enfants qui se prennent au jeu et qui sont déjà très habiles sur leur monture malgré parfois leur jeune age.

Nous poursuivons notre route au sud du lac en direction de Baetov. Nous quittons les steppes verdoyantes pour trouver un climat plus aride. Nous profitons d'une petite randonnée et nous dirigeons ensuite vers Djalalabab. Nous rencontrons sur notre route Arnaud qui est en chemin pour le Tadjikistan, après avoir fait plusieurs voyages à vélo. Nous campons près d'un restaurant situé en pleine vallée à plusieurs dizaines de kilomètres de la ville. Nous ne manquerons pas de nous faire inviter à goûter quelques morceaux de moutons bien gras comme aiment à le déguster les kirghizes. Le tout agrémenté de bonnes rasades de vodka. Les hostilités bibitives reprennent pour nos hôtes dès le réveil à 7h du matin. On ne joue pas encore dans la même cours. Nous arrivons en ville en début d'après midi alors qu'a lieu un festival culinaire kirghize. Supporté par une hollandaise qui a décidé de passer ses vacances à contribuer au développement du tourisme au Kirghizistan en cherchant à favoriser les échanges entre touristes et locaux. Nous avons le plaisir de voir à l'oeuvre les petites mains habiles qui confectionnent les célèbres mantis. Nous profitons du lieu paisible et calme sous les vignes de la cours centrale.

Puis nous prenons la route le long de la rivière Naryn. Le cours d'eau est d'un bleu éclatant. Nous nous dirigeons vers Sary Chelek. Un autre incontournable du Kirghizistan. Mais le lieu est très prisé par les locaux. Les touristes kirghizes viennent se prendre en photo avant de redescendre dans la vallée. Il faudra attendre la fin de la journée pour trouver la quiétude et la magie du lieu. Nous campons près du lac. Le lendemain nous faisons une randonnée dans les alentours pour découvrir les autres lacs que peu de gens connaissent... puisqu'il faut s'y rendre à pied. Les paysages redeviennent très alpins. De retour au lac principal nous profitons de la douceur de l'eau pour nous rafraîchir. Les jeunes kirghizes batifolent bruyamment dans l'eau, mais certains d'entres eux ont récupéré un énorme tronc sur lequel ils posent fièrement et je ne tarderai pas à les rejoindre. Nous établissons notre campement un peu en dessous du lac, mais un garde nous demande de quitter les lieux et de nous installer près de sa cabane. Après avoir traversé la rivière dans la pénombre avec de l'eau jusqu'en haut des cuisses et remonté à travers champs, nous nous rendons compte que nous avons oublié les arceaux de la tente. Peu enclins à refaire le trajet nous passons la nuit à la belle étoile et nous nous réveillons bien trempés à cause de l'humidité du lac.



On roule vers Kara-suu. Un autre lac un peu en retrait. La route est chaotique et certains passages semblent trop dangereux pour les franchir en véhicule. Nous préférons bivouaquer près de la rivière et finir les derniers kilomètres à pied le lendemain.

En arrivant au lac nous découvrons qu'un groupe de locaux n'a pas hésité à franchir les passages qui nous ont fait douter en voiture. Ils sont ici pour pécher et apprêtent leur embarcation . Ils nous invitent près de leur campement, nous sortent la théière et des poissons de leur pêche. Nous les regardons s'éloigner sur leur petite embarcation gonflable qui supporte tout juste le poids de leur quatre gabarits. Ils nous restent plus qu'à déguster le repas qu'ils nous ont laissé généreusement. Nous leur laisserons un mot de remerciement.


Nous retrouvons la route principale en fin de journée et profitons de la réserve d'eau de Tokmul pour une baignade et un dernier bivouac. Nous terminons notre route pour Bishkek le lendemain. Après avoir quitté le lac nous remontons une vallée qui sera celle qui ressemblera le plus aux vallées alpines. Puis nous retrouvons les steppes kirghizes près de Susamyr, route par laquelle je suis déjà passé à vélo. Le tunnel est naturellement plus facile à passer en voiture.

Après une bonne douche et une nuit à Bishkek nous reprenons la route pour le village de Kyzart en minibus. Nous prévoyons une randonnée à cheval sur trois jour autour du lac de Song Kul. Aman, notre guide est jeune étudiant en vétérinaire à Bishkek. Il nous accompagne sur le dos de nos étalons, les juments étant rarement montées car réservées pour la traite. Il nous faut une première journée pour atteindre le lac. Le temps est au beau fixe par rapport à notre dernière venue. Nous sommes accueillis par une famille kirghize dont la femme est ici pour l'été avec ses trois fils alors que son mari est resté en ville pour le travail. Les enfants sont avenants et accueillants, les joues rosies par le mordant du vent des steppes. Nous enchaînons les parties de cartes après s'être baignés dans le lac, plus frais puisque culminant à près de 3000 mètres d'altitude. Après le repas c'est une partie de foot qui s'improvise et nous finissons essoufflés par l'altitude. Durant la seconde journée nous parcourons les bords du lac jusque arriver à un autre camp, plus touristique cette fois. L'accueil est différent. Mais nous rencontrons un groupe de françaises en trip cheval-yoga et je profite d'une petite séance en collectif.

Retour sur Kyzart le dernier jour. Un col nous permet de lancer un dernier regard à ce lieu unique. Puis on passe à la vitesse supérieure avec trot et galop jusqu'au village. Pas de marchroutka prévue pour Bishkek. Nous décidons de tenter l’auto-stop. La famille qui nous prend à son bord se dirige à Issyk-Kul, le grand lac du Kirghizistan. Ayant deux jours devant nous avant le retour de Maëlle nous décidons donc de nous diriger vers le lac pour une journée de far niente. Il est temps pour Maëlle de retrouver ses vignes et pour moi de poursuivre ma route.

J'arrive bientôt aux termes des deux mois légaux de mon visa pour le Kirghizistan. Je dois donc ressortir du pays pour le renouveler si je veux avoir le temps de sortir du pays à vélo. Je décide donc de me rendre à Almaty. N'étant pas sur mon parcours, c'est l'occasion pour moi de découvrir la ville la plus grande du Kazakhstan. Le passage de frontière se fait aisément. L'officier ne manque pas de me stipuler qu'il collectionne les devises étrangères. Je lui laisse donc un billet sous le regard médusé des badauds qui n'ont pas saisi un mot de notre échange, alors que les postes de frontières sont généralement pourvus d'affiches dénonçant et condamnant la corruption...

Arrivé dans la métropole je me dirige vers le métro. Peu enclin à suivre les autres voyageurs qui se partagent un taxi. J'ai pris goût à voyager à la locale. Le métro est d'ailleurs d'une propreté et d'une élégance remarquable.

(photo prise sur internet)




Piémontaise de la chaîne enneigées de Tian Shan, Almaty a tout de la métropole occidentale. Ses devantures affichent fièrement des noms d'enseignes occidentales. Les nouveaux bâtiments en verre cherchent à rivaliser d'architecture avec les vestiges de l'union soviétique dont la ville garde encore beaucoup d'empreinte. La population est d'ailleurs principalement russophone.

J'ai rendez-vous dans le cadre de mon projet avec une amie d'Adibakhon, la kinésithérapeute que j'avais rencontré à Tachkent. Gulnara est docteur et spécialisée notamment dans la médecine du sport. Elle est le genre de femme dont l'autorité dépasse le cadre professionnel. Elle a déjà organisé sans me prévenir les deux prochains jours avec visites de différentes cliniques et services de kinésithérapie supervisés par l'une de ses consœurs. Il faut savoir que la kinésithérapie est une spécialisation de la médecine dans ces pays d’Asie centrale et le diplôme requiert donc neuf ans d'études. Cependant les soins prodigués se limitent principalement à l'application de physiothérapie, utilisation d'appareils électriques ou assimilés. Souvent la kinésithérapie jouxtent avec la cure thermale qui est toujours considérée comme partie intégrante d'un traitement et/ou d'une rééducation. La vision de la kinésithérapie est donc plus proche de la pratique que nous avions en France il y a quelques décennies, alors qu'à mon sentiment, nous évoluons désormais plus dans une pratique au sens étymologique du terme: kinesis, le mouvement, et thérapie, le soin.

Je profite de mon séjour à la durée inattendue et joue même les prolongations au gré des rencontres qui se succèdent: je retrouve notamment Charlotte et Carlos que j'avais rencontré plus tôt en Azerbaïdjan.


Il est temps pour moi désormais de rentrer. Je quitte Almaty et ses particularités: ce havre d'occidentalisme mêlé à la culture soviétique, ses rues verdoyantes qui découpent la ville, ses bars et ses restaurants en tout genre, ses trottinettes électriques qui sillonnent la ville, ses trottoirs en rénovations, ses chauffeurs de taxi qui, faute d’accord sur la destination, repartent silencieux et indifférent en quête de nouveaux clients...

La chaleur du bus qui me ramène à Bichkek est à peine soutenable. Je suis pressé contre la vitre par l'imposante carrure d'une autochtone. En arrivant en ville je me sens comme étranger. Et pourtant, je commence à avoir ici mes habitudes et à connaitre un certain nombre de personnes. Je retrouve pas moins d'une demi douzaine de voyageurs que je connais déjà à l'auberge. Même la boulangerie française dans laquelle j'aime à prendre un traditionnel pain au chocolat accompagné d'un cappuccino me laisse indifférent. Je sens que doucement la page de l'Asie centrale commence à se tourner. J'ai besoin de voir autre chose. Et pourtant, la motivation n'est pas à son apogée pour reprendre la route après cette trêve de près d'un mois, mais elle devrait revenir peu à peu en reprenant à mon rythme. Parallèlement j'ai le sentiment de devoir reprendre en hommage aux victimes de l'attaque perpétuée récemment au Tadjikistan. Lauren et Jay que j'avais rencontrés un peu plus tôt au Kirghizistan faisaient partis des victimes. Ils étaient l'optimisme incarné et semblaient s'émerveiller de toutes ces petites choses qui nous paraissent parfois dérisoire: notamment le premier rayon de soleil qui vient après la pluie. Nous devions nous retrouver en Asie du Sud-Est à l'automne. J'espère qu'ils sont aussi libres là où ils sont qu'ils l'ont été sur leur bicyclette cette dernière année à travers le monde (http://www.simplycycling.org):

Ride In Paradise


Le ronde des visas est un peu atténuée ces temps-ci pour moi. En effet j'ai profité de mon séjour au Kirghizistan pour renvoyer mon passeport en France (par le biais de Jean Mi dans un sens et Maëlle dans l'autre) et me procurer ainsi le visa chinois, impossible à obtenir en Asie centrale. J'ai aussi mon visa mongol et suis donc tranquille pour un moment. Il ne me reste plus qu'à enfourcher le vélo.

Les contrées que je m’apprête à traverser semblent tout autant prometteuses et devraient apporter leurs lot de nouveaux horizons et de nouvelles expériences.



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