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Pахмeт

August 3, 2018

A Friends Guest house, le voyage est comme en suspend. Je prends le temps de ne rien faire. Il n'est pas toujours évident d'être en mouvement, monter et démonter le campement tous les jours. Pédaler de longues heures et communiquer de façon archaïque avec les locaux. Nous rentrons peu à peu dans la saison touristique et les voyageurs se font plus nombreux. Les baroudeurs de diverses nationalités se retrouvent dans le jardin, sur les banquettes, pour jouir du calme et de la quiétude de l'établissement pourtant situé en plein centre ville. On discute, on échange, autours d'un verre ou d'un repas souvent bien copieux. Je ne vais pas cacher que la nationalité française domine allègrement dans cette ambiance multiculturelle animée, surtout en ces temps de coupe du monde.

La sortie de Bichkek est longue et éprouvante. Les conducteurs kirghizes ayant plus volontiers le sens de la gruge que de l'anticipation. Mais j'arrive à me frayer un chemin pour m'extraire de la ville. Je retrouve les températures chaudes que j'avais en Ouzbékistan. L'été avance à grands pas et les champs aux alentours de la ville ont déjà bien jauni. Après quelques dizaines de kilomètres sur la route principale je bifurque sur une route secondaire. J'ai pour projet l’ascension d'une passe afin de me rendre dans la vallée parallèle. Le col du Kegeti ne semble pas une mince affaire mais j'ai décidé de relever le défi afin d’agrémenter mon périple d'un peu plus d'aventure. A peine ai-je bifurqué que le vent me fouette latéralement. Je réalise que je l'avais dans le dos depuis le début sans me rendre bien compte que sa force me poussait. Ce bougre se fait plus discret que lorsqu'il me brave.

Je profite de l'ombre d'un feuillu pour me restaurer. Après ma collation mon regard se porte vers mon objectif. La vallée dans laquelle je dois m'insérer est littéralement fermée par le mur d'eau qu'un orage d'été apporte. Il est fréquent de voir des averses en début ou milieu d'après midi en ce moment. Mais au fur et à mesure de mon avancée le vent pousse latéralement ce rideau de pluie sur sa tringle nuageuse.

Je procède dans un premier temps à une montée régulière pour atteindre l’entrée de la vallée. Je m’arrête refaire le plein d'eau chez un apiculteur. Pas moins de 500 ruches à son actif. Je me rends compte avoir bu près de 5 litres d'eau à cause de la chaleur et le besoin de refaire le plein de minéraux se fait sentir. Mais comme s'il avait lu dans mes pensées il se met à saler copieusement la salade qu'il m'offre avant de repartir. La dose de cristaux blancs pourrait mettre à mal un tensiomètre. Il me propose naturellement de planter ma tente près de sa cabane après m'avoir énuméré les animaux qui peuplent la région: ours, loups, léopards... Je décline son invitation et préfère prendre le risque du campement sauvage. Me voilà reparti pour les derniers kilomètres de la journée qui commence à se faire longue. Je plante la tente au crépuscule, éreinté. Un coup d’œil rapide au GPS me renseigne qu'il me reste près de 25km et 2000m de dénivelé pour franchir le col. Les hostilités n'ont donc fait que commencer.

 

Je me couche sous la chape sombre de la nuit kirghize. La lune, dans sa phase décroissante, n'est pas encore levée. Les étoiles scintillent de leur rythme régulier. Les nuages éparses sont de couleur bleu nacré, comme des cotons trempés dans de l'encre claire. Une nuit pourtant peu reposante du fait de la tumulte du torrent auprès duquel je campe. A mon réveil il semblerait que j'ai eu de la visite ce matin. Le passager n'a pas oublié d'emporter avec lui mon thermos. Je m'en suis passé pendant près de six mois et il est devenu désormais un outils indispensable à mon voyage. Je relativise sachant que mon vélo juste à coté n'était pas attaché.

La route se transforme rapidement en piste, en prenant un peu plus d'inclinaison. L'ascension s'annonce longue et fastidieuse. Quelques yourtes peuplent le long de cette vallée encaissée mais encore verdoyante. Je remonte le court d'eau dans ce décors idyllique. Puis la vallée s'ouvre et la végétation se fait plus rare. Je quitte les sapins pour retrouver l'herbe rase qui caractérise bien ces régions. La route se fait de plus en plus difficile. Elle traverse des langues de sédiments laissés par des coulées lors de crues. Alors le vélo cahote et il me faut mettre pied à terre. A un moment une averse rend la progression encore plus compliquée car les cailloux deviennent glissants. Je croise un nomade et son fils, tous deux à cheval. Ils me regardent incrédules batailler dans cette patinoire de roc acérés. Comment leur expliquer que j'ai choisi cette situation et même que j'en retire un certain plaisir. 

Mais après ce passage délicat la route se fait de nouveau plus clémente et je reprends un rythme régulier. La journée avance et les orages de l'après midi laissent place à un beau ciel bleu. Je profite d'une source pour refaire le plein d'eau et termine ma journée au pied du col, me réservant les derniers kilomètres pour le début de journée suivante. La journée touche de toute façon à sa fin. Pas le temps d'attendre les étoiles cette fois ci, Morphée m'emporte avec elle alors qu'il fait encore jour. Mais comme souvent dans ces cas-là, je me réveille en pleine nuit avec beaucoup de difficultés à me rendormir. Je profite donc un moment du calme de la nuit. Pas de torrent au bruit assourdissant, juste un immense cirque montagneux qui m'entoure. Je suis à près de 3500 mètres d'altitude déjà. L'environnement montagneux est comme figé, un havre de paix nappé dans la lumière de la lune.

 

Le premier kilomètre reste aisé jusqu'à atteindre quelques névés qui subsistent sur la route. Il me faut alors commencer à pousser le vélo. Je décide de rester sur la route plutôt que d'essayer de couper les virages, ce qui pourrait s'avérer plus compliqué. A chaque virage je dois démonter les besaces qui parent ma bicyclette et faire des aller retours avec les pièces séparées. Je fais donc le trajet trois fois à chaque amoncellement de neige pour pouvoir franchir l'obstacle.

Puis la route est dans un état tel que je ne peux remonter sur ma monture. Je continue donc de pousser alors que le souffle commence à me manquer du fait de l'altitude. J'arrive finalement au dernier virage. Celui ci est complètement enneigé et je dois faire de nouveau des allers retours. La neige me porte fort heureusement et je ne m'enfonce pas ou peu. Mais ramollie par les rayons du soleil je glisse à chaque enjambée ainsi que sur la terre mouillée et friable. Il y a tout juste une trentaine de mètres de dénivelé mais il me faudra près d'une heure pour hisser l'ensemble de mon matériel jusqu'au sommet. Je savoure un moment ma petite victoire.

 

La descente n'est malheureusement pas de tout repos. La route est dans un état pire qu'à la montée et je dois continuer de pousser mon vélo parfois dans une route chaotique. Après cinq kilomètres de labeur je peux enfin enfourcher ma monture et poursuivre jusque la vallée. Arrivé à un croisement en contrebas, j’aperçois au loin quelques silhouettes de cyclo nomades. Leur morphologie ne me trompent point : j'ai retrouvé la famille Delahaye que j'avais rencontré à l'auberge de Bichkek. Nous nous étions donné rendez vous dans la vallée, mais loin d'imaginer que nos chemin se croiseraient à la minute près. Épuisé par ma matinée, je reprends quelques forces en leur compagnie autours d'un pique nique et décide de poursuivre un brin de chemin avec eux. 

La famille respire le bonheur et la joie de vivre. Les enfants, âgés de onze et quatorze ans, n'ont pas sombré dans l'indolence de l'adolescence. Ils arborent au contraire un enthousiasme sans fin pour ce mode de voyage à deux roues. Il faut dire qu'ils ont été rodés par une année de tour du monde en famille quelques temps plus tôt. La fièvre du voyage les a touchés et le bonheur d'une vie plus simple mais loin d'être ascétique a pris le dessus sur des vacances plus confortables. Nous parcourons quelques kilomètres dans la vallée en direction d'un nouveau col, le karakul suu que nous ne passerons pas ce jour, préférant apprécier un peu plus la vallée presque sauvage dans laquelle nous sommes. J'apprécie de mon coté de retrouver des compagnons de route et des moments de proximité et d'émotion que le voyage nous amène à partager.  

Reprise des hostilités au petit matin. Contre toute attente de ma part, le col que nous nous apprêtons à franchir culmine à 3485 mètres d'altitude. Après un début d'ascension régulier, nous constatons qu'il faut dénuder nos montures pour franchir deux névés juste avant le col. La progression devient une parade d'aller et venue avec nos bicyclettes en kit. Même schéma qu'au Kegeti, le dernier kilomètre et si raide que nous devons pousser nos vélo. A plusieurs le labeur devient plus facile. 

Arrivés au sommet, nous ne perdons pas beaucoup de temps. Le vent souffle de manière soutenue et les ventres commencent à gargouiller. Nous entamons la descente jusque trouver un endroit abrité pour satisfaire notre satiété. Après avoir repu nos panses nous profitons de la quiétude de l'environnement dans lequel nous nous sommes arrêtés. Nous sommes encore à environ 3200m et point de civilisation à l'horizon. Seuls quelques chevaux et bétails paissent paisiblement. Le temps est comme suspendu.

Nous poursuivons notre route de l'autre coté du col. Ce versant est tout aussi somptueux. La vallée s'ouvre à nous comme une terre prometteuse. Nous découvrons petit à petit la magie de ces lieux reculés si particuliers au Kirghizistan. Ici ou là fleurissent quelques champignons locaux communément appelés les yourtus kirghizis, auprès desquels nous rencontrons quelques nomades venus ici pour l'été faire paître leur bétails. Nous suivons le cours d'eau qui sillonne le fond de la vallée. Pas une rivière informe et sans charme. La Karakul dessine son chemin fait de méandres aux milieux de prairies verdoyantes. Parfois il nous faut passer quelques gués plus ou moins profonds. La progression se fait au rythme de la petite famille que j'ai décidé de m'imposer afin de voyager différemment. On prend le temps, on s'attend, on partage.

Nous continuons de descendre la vallée tout en essuyant par moment quelques ondées passagères. La population se fait de plus en plus présente et il nous faut jouer de stratégies pour décliner les propositions de nous offrir du Kimiz. Boisson nationale au Kirghizistan, le Kimiz est préparé à base de lait de jument laissé fermenté dans un récipient fumé (souvent en peau d'animal) qui lui donne un peu le même goût en plus du coté pétillant et légèrement alcoolisé. Vous l'avez compris, mieux vaut être préparé à l'expérience tant au niveau physiologique que psychologique.
Dernier bivouac avant de rejoindre la route principale. Nous campons près d'une ferme dont les occupants ont transhumé pour l'été.

 

 

 

 

La route principale reste une piste, mais nous descendons avec le vent dans le dos ce qui nous permet d'avaler facilement les kilomètres.