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Sabaidee!

January 3, 2019

 

Le vélo est prêt le jour de mon départ d’Hanoï. Enfin presque... Il s'avère que le porte bagage de mon ancien vélo, que je m'étais fait ramener pour remplacer celui cassé en Chine, n'est pas compatible pas avec mes actuelles sacoches. Je dois donc retourner au magasin pour en changer. Puis il me faut une nouvelle paire d'écouteurs, objet devenu indispensable pour supporter la cacophonie ambiante et les klaxons oppressants. Je quitte la capitale assez tard donc. Mais j'avais repéré un hôte couchsurfing à la sortie de la ville dans le cas d'un départ tardif justement.
Tri m'accueille en toute simplicité. Jeune un peu paumé qui passe son temps sur les jeux vidéos, un véritable fléau. Mais il est heureux comme ça et il parvient à dégager un peu d'argent pour vivoter. Difficile de donner des leçons donc, même si je reste convaincu qu'il aurait beaucoup mieux à faire de son temps libre, à commencer par reprendre ses études. L'avantage du voyage c'est que je suis confronté à tous types de personnes et de tous les milieux. Je pense qu'il est important d'échanger avec des gens radicalement différent de nous afin de favoriser notre développement personnel. Être accueilli chez l'inconnu et pourvoyeur de rencontres de tous horizons, même si certaines s'avèrent moins plaisantes que d'autres.

Départ matinal après que Tri soit revenu de sa nuit (blanche) devant les écrans. Je suis vite plongé dans le bruit, un livre audio pour divertir mon esprit. Je quitte la ville et atteins doucement les montagnes. Ma route se faufile entre les monts calcaires éventrés pour leur roche et les usines qui pullulent, probablement pour la fabrique de ciment.

Après le déjeuner, le soleil perce la chape de nuage protectrice jusqu'alors. La progression devient chaude et difficile. Puis une crevaison survient sur mon pneu avant. La première après seize mois de voyage. Je n'en ai pas eu de tous mes voyages confondus et pour être franc, la réparation n'est pas des plus efficace. Je fini par changer la chambre à air pour réparer plus tard. Et mieux vaut ne pas compter sur la brigade près de laquelle je suis arrêté qui passera tout le temps dans les hamacs. Je reprends la route et le paysage se fait progressivement plus agraire, je retrouve la campagne qui m'est chère. Peu de touristes dans le coin c'est certain. Après avoir passé les derniers temps dans des endroits touristiques je redevient l'étranger de passage qui éveille la curiosité, les regards, les sourires...

Je trouve une auberge chez l'habitant en fin de journée, pour tout juste deux euros. J'en ai pour plus cher de nourriture, bière incluse. Il faut savoir qu'en Asie les fruits et les boissons sont relativement onéreux par rapport à la nourriture.

 

Je reprends la route le long des cascades qui bordent la route. Rapidement je bifurque pour une route secondaire et longe une rivière. La vie bat son plein et je suis salué en grande pompe par les enfants et leurs parents. Les enfants sont généralement dépourvu de gène, les barrières culturelles tombent dans les sourires qu'ils offrent.

 J'arrive aux abords d'un collège en pleine sortie des classes. Les ados me saluent aussi, excités d'une telle rencontre. Mais cela relève plus du challenge entre eux, car souvent suivi de rire étouffés et gênés. Je passe une côte et frise l'hypoglycémie. Après une pause sucre, je redescends et arrive à une bourgade pour un repas digne de ce nom. Méfiance mise de coté depuis bien longtemps dans ce pays, je déchante au moment de payer l'addition. Le prix est facilement le double de celui pratiqué en général dans le pays. Je ne peux discuter, le repas est consommé. Il est d'usage de demander le prix auparavant afin d'éviter ce genre de mauvaise surprise. Mais le pays étant généreux et honnête, j'avais baissé ma garde. Je ne pleure pas pour les malheureux 2 euros de trop mais la confiance est assurément rompue pour un moment.

 

Je poursuis jusqu'à une auberge en ville que j'avais repéré. Le lendemain je pars après une bonne nuit de sommeil. Je longe le cours d'eau dans une lumière matinale. Puis je bifurque pour attaquer une côte ardue. J'entre dans le relief montagneux que je ne quitterai que dix jours plus tard. Une belle descente me permet de faire sécher mon T-shirt trempé par la sueur. Il a beau être tôt, le soleil est déjà chaud.
Je continue des montées et descentes en direction de la frontière. Vers onze heures nouvelle sortie des classes, des ados encore. Plusieurs me saluent poliment mais ce sont rapidement des noms d'oiseaux qui fusent, dont le célèbre et banalisé "f*** you" accompagné du geste qui va avec. Ils sont hilares et je ne sais même pas qu'ils saisissent la portée de leurs mots... Dans le bénéfice du doute je préfère dire que non. Je poursuis donc, déçu par l'image qu'ils donnent de ce pays pourtant si accueillant.

 

 

J'arrive dans une petite ville et en profite pour faire le plein de denrées, manger un bout, et laisser passer la fin des heures chaudes dans un café. J'attaque le dernier morceau avant la frontière, à savoir une vingtaine de kilomètres puis une belle montée, où je compte dormir au sommet, avant de redescendre le lendemain pour changer de pays. Rouler est agréable malgré le dénivelé. Pas d'ado en vue, juste les sourires radieux des enfants et même de leurs parents. Les maisons sont en bois sur pilotis et les toits principalement en feuillage. C'est l'ethnie Thaï qui domine la région et les femmes ont souvent les dents laquées et noires, critère de beauté auparavant. Le soir tombe alors que je suis au milieu de mon ascension. Je trouve un chemin quittant la route pour atteindre trois maisonnées à l'écart. J'avais repéré de loin un abris et espérais le squatter pour la nuit. Au final l'un des propriétaires, me propose l'hospitalité. Il est seul dans une battisse plus que sommaire. Il s'avère que c'est une maison secondaire où il a son bétails.

Nous retrouvons la maison familiale au village pour dîner. Vivent ici ses parents (ou ceux de sa femme) et ses deux enfants, âgés de onze et douze ans. Nous partageons un repas fait de canard, de légumes et de larves, que les enfants avalent à pleines cuillerées. Mon hôte me regarde en souriant, me faisant signe que je ne suis pas obligé de me forcer, mais je fais tout de même honneur au plat. Le tout est accompagné de riz gluant.
A la fin de repas je suis reconduit dans mes appartements après quelques tours de magie aux enfants. Je les laisse devant le match de foot de semi final de la coupe asiatique, Vietnam-Philipines (le Vietnam a gagné la coupe).

Je suis réveillé avant le levé du jour par le coq. Ne croyez pas le volatile chante uniquement le matin. D'ailleurs si j'ai un conseil à donner pour bivouaquer: restez éloignés des coqs! Puis très vite c'est toute la basse-cour qui s'y met en sus des cochons. Je n'ai d'autre choix que de me sortir du lit et pars alors que le soleil n'est pas encore levé.

J'atteins la frontière en milieu de matinée. Je sors du Vietnam en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Au Laos, l'officier me réclame 40$ pour le visa. Un coup de fil rapide au consulat me permet de vérifier le tarif en vigueur (30$) avant de m'engager dans les négociations. Je savais que je pouvais être sujet à ce genre de léger dépassement, et avais préparé la somme exacte. Je m'excuse avec un large sourire, et leur donne le montant officiel. Pas d'histoire, mon visa est de toute façon déjà apposé et tamponné.
Je longe une vallée un moment, sans grand intérêt si ce n'est la végétation dense qui m'entoure. Puis le paysage s'ouvre et devient plus habité et cultivé. Les laotiens construisent très souvent de petites cabanes le long des rizières. Je profite de l'une d'elle pour déjeuner et me reposer pendant les heures chaudes. N'ayant pas de moyen de me procurer de l'argent avant la prochaine ville, j'ai donc les sacoches pleines pour être en totale autonomie. Je repars après avoir effrayé contre mon gré des jeunes filles qui voulaient traverser le champs près duquel je me suis arrêté. J'attaque une longue montée. Je dois pousser mon vélo parfois. Quelques coulées de boue m'obligent à pousser dans la terre meuble que des ouvriers tentent de dégager. Heureusement il ne pleut pas et la terre est suffisamment dure pour relativement me porter. Après être redescendu j'atteins une magnifique vallée qui s’étend à perte de vue. Très cultivée avec des rizières en terrasse. On est en pleine saison sèche et les champs sont déjà très secs. Au moment de la récolte, le charme doit être tout autre.

Les enfants au Laos c'est encore un autre niveau. Ils accourent près de la route, saluent chaleureusement d'un « Hello » ou en laotien, accompagné d'un signe vigoureux de la main. Bienvenue en Sabaïdee* ! La terre des sourires.

*Bonjour en laotien.

 

Je trouve une autre cahute à squatter pour la nuit. J'ai passé une journée sans klaxon! J'avais oublié l'effet que cela faisait. J'avais aussi oublié à quelle point une frontière peut changer les comportements sur la route. Il s'était passé la même chose à mon passage en Grèce après l’Albanie. Les conducteurs sont hautement plus respectueux au Laos, attendant souvent derrière mois la possibilité de dépasser, ce qui relève de l'utopie au Vietnam.

Je reprends la route après avoir laissé passer des ondées matinales. Le temps s'est couvert et je me faufile entre les gouttes toute la journée. Je trouve à dormir au sec le soir à Xam Neua après une courte journée de vélo, mais je commence à ressentir les effets de la reprise après plus d'un mois sans pédaler.

La route enchaîne des montées et descentes pour les 180 prochains kilomètres et je me prépare donc mentalement. Rien de transcendant concernant le paysage, le plafond bas donnant un sentiment d’oppression.

 

La route est peu fréquentée, ce qui est agréable. Toujours autant de sourires et de « Sabaïdee » lancés à la volée. Des enfants sont sur leur trente et un. Il s'avère que c'est le nouvel an hmong, ethnie majoritaire dans la région. Les Hmongs vivent au nord Laos, nord Vietnam et dans le sud de la Chine. Ils associent la fin de la récolte du riz avec le début de l'année suivante. Ainsi le nouvel an varie d'un village à l'autre. Je trouve où camper aux abords d'un village alors que la nuit est déjà tombée.

 

La seconde journée sera sensiblement similaire à la première. Même au moment de trouver où dormir mes tergiversations me font établir un bivouac campement de fortune la nuit venue. Cette fois c'est dans une maison vide sur le bord de la route, qui sert au gens de passage. Cela m'épargne de monter la tente. mais je ne sèche pas pour autant, rapidement enveloppé dans un brouillard froid et humide. L'hiver s'installe dans les montagnes du Laos et à ce moment là je regrette mon duvet chaud que j'ai cru bon de pouvoir délaisser pour un plus léger.

Après quelques kilomètres au matin, je suis rattrapé par deux francophones. Violaine et François sont partis de Belgique en juillet, mais de cette année. Il faut dire qu'ils n'ont pas chaumé mais ont pris aussi quelques trains. Nous avons naturellement quelques connaissances en communs et nous passons la journées à papoter. Nuit en auberge pour tenter de sécher nos affaires. Nous poursuivons notre chemin le lendemain ensemble, aussi en compagnie d'un russe à vélo rencontré à l'auberge. Nous passons la journée sous la pluie, ce qui personnellement attaque légèrement mon mental alors que je ressens la fatigue des journées de vélo qui s'accumulent, ayant accumulé dix mille mètres de dénivelé positif en une semaine. Je suis bien content lorsque nous arrivons à Phonsavan.

 

Je quitte mes compagnons le lendemain. Pas d’arrêt par la plaine des jarres qui semble l'incontournable de la région. Je veux atteindre le sud du pays pour les fêtes de fin d'année et il me reste un sacré bout de chemin à parcourir. Je quitte la ville sous les assauts d'un vent de face, ça faisait bien longtemps. Mais cela reste supportable. Le temps est meilleur et le long de la route les groupes de Hmongs continuent de fêter. Souvent des jeunes jouent à se lancer une balle, ce qui a pour but de favoriser les interactions sociales entre eux... et donc les mariages. Je quitte définitivement les montagnes après une belle descente pour rejoindre la plaine.

 

 

Je trouve un endroit où camper en marge d'une bourgade après m'être restauré. Beau ciel bleu au matin. La route est goudronnée mais pas énormément fréquentée. L'ambiance est totalement différente avec le retour du soleil, le paysage prend une ampleur moins austère. Au contraire les couleurs sont complètement ravivées. Une belle journée de vélo qui se termine par un campement près de la rivière. Il est généralement pas toujours aisé de trouver où camper dans cette végétation dense. Je fini près d'arbres fruitiers dont les fruits pourris macèrent au pied des arbres dans une odeur de fermentation.

1/5

J'arrive près de Paksan le lendemain en début d'après midi. Khamvone est la cousine de proches en France, Tata Êt du Jasmin pour les Briançonnais. Je l'avais déjà rencontré lors de mon précédent passage au Laos. C'est donc très sympathique de se retrouver trois ans après. Elle m'accueille une nuit avant que je ne parte en bus pour Vientiane pour tenter de rencontrer quelques kinésithérapeutes pour mon projet.

Comme souvent, la planification des entretiens a été assez laborieuse avec beaucoup de temps et d’énergie pour les premiers contacts. Comme on me pose souvent la question, j'utilise principalement internet pour entrer en contact: centre de rééducation, cabinet privé. C'est la première fois que je dois utiliser le téléphone mais heureusement mes interlocuteurs sont très compréhensifs et j'obtiens les numéros direct des différents protagonistes que je cherche à joindre.

Je rencontre notamment Suresh, kinésithérapeute Indien et directeur du service de kinésithérapie du « COPE », le centre de rééducation principal de Vientiane. Outre la rééducation d'ordre générale : orthopédique, neurologique et pédiatrique, le centre prend en charge les personnes ayant perdu un membre suite à l'explosion d'un engin explosif. Un petit musée très intéressant a été érigé au sein du centre et se visite librement. Les chiffres sont juste édifiants :

- Le Laos est le pays ayant été le plus bombardé au monde si l'on compare au nombre d'habitants.

- 580 000 missions de bombardement représentant, mises bout à bout, un bombardement toutes les 8 minutes, 24h/24h pendant 9 ans.

- 30% des mini bombes contenues dans les bombes à fragmentations n'ont pas explosé, soit environ 80 millions à la fin de la guerre.

- 25% des villages au Laos sont toujours contaminés

- Plus de 20 000 personnes ont été tué ou blessé à cause de ces engins explosifs non désamorcés entre la fin de la guerre (1974) et 2011

- 13 500 ont perdu un membre

- 40 % sont des enfants

- 100 nouveaux cas sont recensés chaque années de nos jours

Et à titre informatif: 24% proviennent de la manipulation des engins explosifs, 22% de l'agriculture, 14% du travail en forêt, 12% de feu de camp (on cuisine en général sur un feu improvisé) ou autre activité domestique, 11% de personnes qui jouent avec.

Suresh me fait faire un tour du centre, des différents services et m'accorde de son temps pour m'expliquer le fonctionnement de la kinésithérapie au Laos. Je poursuis avec la rencontre de Maxim Chevalier, kiné hollandais qui travaille pour la clinique française. Passionné par son métier il a parcouru le monde via de diverses missions humanitaires. C'est une véritable source d'inspiration. Ses compétences et connaissances dépassent le cadre de la kinésithérapie avec de l’acupuncture et autres pratiques de médecines traditionnelles de divers pays. Enfin Benoît Couturier, directeur de la branche Laos de Handicap International, m’accueille pour m'expliquer leurs actions dans le pays.
(Toutes les photos ont été prises avec un accord explicite)