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ជល់មួយ (chôl muŏy)

February 1, 2019

Je bulle quelques jours dans mon petit coin de paradis situé dans les 4000 îles au Laos. L'auberge est située sur les bords du Mékong sur l’île de Don Som, loin de la masse de touristes qui préfèrent souvent l’île de Don Det. Je campe dans le jardin et occupe mes journées et soirées avec quelques voyageurs de passage.

Mais il est temps pour moi de quitter les lieux, mon visa laotien arrivant à expiration. J'atteins le redouté poste frontière entre le Laos et le Cambodge. Ici règne la corruption: chaque demande de visa est majorée d'un petit extra pour l'officier. Cela commence avec le poste laotien qui me réclame deux dollars pour le tampon de sortie. Mon refus est net et l'officier n'insiste pas. Je reprends mon passeport et repars illico. Mais c'est le coté cambodgien le plus compliqué. J'entre et donne l'ensemble de mes papiers à l’officier. Il me stipule qu'il manque un peu d'argent pour l'apposition du tampon (5$). Ma réponse est cinglante; je n'ai pas plus d'argent à lui donner que le prix officiel de mon visa, mais de quoi camper 3 jours au poste frontière et tout le temps nécessaire si besoin est. Bref, c'est à lui de voir comment il veut la jouer. Il jette mon passeport et tape du plat de la main d'un air faussement indigné. Mais cela ne prend pas, je reste imperturbable et indifférent. Finalement je sors quinze minutes plus tard avec mon visa. Là où bien des voyageurs ont passé plusieurs heures dans des négociations parfois houleuses ou bien fini par abdiquer. 

L'entrée au Cambodge me met tout de suite dans le bain. Le principal impact environnemental du pays est la déforestation (une des plus importantes à l'échelle mondiale) et je le constate très rapidement. Le paysage a radicalement changé, offrant des plaines rases à l'allure triste, qui n'ont pas beaucoup été aménagées en culture malgré la proximité du Mékong. 

 

La route est dans un état assez délabré et je mange la poussière. La première ville est à soixante kilomètres. Je décide de l'atteindre avant la fin de la journée. Côté monnaie, le Cambodge utilise beaucoup le dollars américains, je n'ai donc pas besoin de changer d'argent. Arrivé à Stung Treng je me pose sur les bords du Mékong pour boire un coup. J'en profite pour regarder la carte et me rends compte que je n'ai pas vraiment programmé mon séjour au Cambodge. Je ne sais quelle route prendre. Je tergiverse un moment avant de me décider d'opter pour la partie septentrionale du pays. Un temple à la frontière thaïlandaise m'a été vivement conseillé. Je reprends la route et trouve à camper non loin de la route alors que le soleil est devenu une boule rouge dont la luminosité est filtrée par la brume asiatique. 

Le lendemain je suis toujours indécis sur mon itinéraire. Je décide finalement de prendre la route la plus au nord, jusqu'à longer la frontière avec le Laos et la Thaïlande. Une erreur à un croisement me fait même revenir sur les bords du Mékong que je pensais avoir quitté définitivement. Je déjeune sur les bords du fleuve et découvre qu'un bateau effectue des traversées pour l'autre rive. Je suis à quelques kilomètres du poste de frontière que j'ai quitté la veille mais j'ai parcouru plus de cent vingt kilomètres à vélo... Je ressens les premiers effets de mon manque de préparation. Je suis cependant satisfait du panorama que m'offre ce détour. En effet le Mékong se transforme en une multitudes de rapides et cascades qui s'étalent sur plus d'un kilomètres. 

 

Je suis immédiatement abordé par le personnel du seul hôtel sur place. Mais ils comprennent vite que je ne suis pas un client potentiel. Ils acceptent cependant de garder un œil sur ma monture le temps que je pique une tête, et profite des dernières lueurs du soleil pour prendre l'apéro. Je campe dans un petit abris qui sert à ombrager les visiteurs de passage. J'ai la vue directement sur ce paysage féerique, et peux profiter des premières lueurs du jour et de la magie du lieux.

Mon départ est matinal donc. La route va désormais plein ouest, rectiligne sur plusieurs dizaines de kilomètres. Moi qui pensais en avoir fini avec les longues lignes droites... La végétation est devenue plus dense, je traverse une des réserves naturelles (et protégées?) du Cambodge. Pour la première fois depuis longtemps je peux profiter de chants d'oiseaux qui rythment mon avancée.  Les quelques véhicules que je croise soulèvent un nuage dense de poussière qui stagne au dessus de la route.

 

En début d'après midi j’atteins les premières habitations depuis plus de soixante kilomètres. Je profite de l'eau stagnante d'un cours d'eau pour me rafraîchir et me dépoussiérer. Je suis rapidement convié à partager la pitance d'une cuisine commune du village. Un bol de riz et du poisson séché épicé. Je ne cherche pas à rétribuer mes hôtes, peut être à tord. Mais les lieux reculés offrent souvent plus d'interaction avec les locaux où le côté pécuniaire est mis à l'écart. Même si la barrière de la langue peut s'avérer plus compliquée, la relation est plus saine. Je poursuis ma route et campe dans une de ces nombreuses cahutes en bords de rizières sous le regard amusé des quelques villageois qui passent à moto. 

Je retrouve l'asphalte le lendemain après quelques kilomètres et avec lui les paysages dévastés. J'assiste à un concept que l'on ne connait bien souvent que de manière théorique, celui de la déforestation. 

 

J’atteins une bourgade en début d'après midi et décide d'y passer la nuit. Le lendemain je me dirige vers le nord du pays et le fameux temple de Preah Vihear qui borde la frontière thaïlandaise.  Temple khmer surplombant la plaine nord cambodgienne perché sur un plateau. L'accès à vélo n'est pas facile en ce milieu d'après midi et sous le soleil cuisant. La route ne sillonne pas des masses, trace droit dans la pente, atteignant des raideurs faramineuses de plus de 20%.

Le temple a servi de refuge au khmers rouges lors de leur repli. La région fut alors minée et le processus de nettoyage est toujours en cours. C'est édifiant de se sentir si peu en sécurité, et que chaque pas en dehors de la route puisse s'avérer fatal. Au moment de chercher un endroit où camper il me faudra aller dans les cultures piétinées à longueur de journée pour avoir l'esprit tranquille.

Une autre ligne droite d'une centaine de kilomètres me conduit à Siem Reap. En milieu d'après midi je suis stoppé pour déjeuner avec une famille, la maman insistant. Puis quelques kilomètres plus loin c'est un groupe de jeunes qui m'invite à les rejoindre pour boire une bière. J'y passe un bon moment à parfaire mon cambodgien rudimentaire. "Chol moy" est le "santé" local. Il faut faire attention de le prononcer convenablement au risque de lui donner une tout autre signification. Ce qui a le chic de déclencher l'hilarité de mes compères. 

Les rencontres ponctuent et animent mon voyage, c'est indéniable. Mais ces derniers temps je me suis lassé du contact (trop) simplifié (conversation approfondie**) avec les locaux. Depuis la Chine, le contact est souvent difficile. D'une part à cause de la barrière de la langue, mais aussi du caractère globalement réservé des locaux, qui même s'ils me saluent chaleureusement, cherchent rarement l'interaction et le dialogue. Le recours à la langue des signes peut aussi s'avérer laborieux, avec des difficultés d'interprétation et donc de compréhension. Aussi, les asiatiques ont généralement l'habitude de répondre poliment par l'affirmative, même si le message n'est absolument pas saisi. Un jour plus tôt, je m'arrêtais pour déjeuner dans un restaurant servant des "phở", une soupe de nouilles aux herbes aromatiques. Je commande un bol dans la langue local en désignant la marmite. La cuisinière acquiesce, souriante, et je ne me fais pas vraiment de souci puisque de toute façon tout le monde mange un "phở". Mais le plat qui arrive est...du riz avec du poulet. Ce fait divers n'est naturellement pas dramatique, mais il reflète à lui seul les difficultés de communication auxquelles je fais face et qui m'ont fait me renfermer dans ma bulle ces derniers mois, au risque même d'éviter les interactions sociales. 

J'arrive enfin à Siem Reap, l'incontournable du pays. Et pourtant, une fois de plus dans ce pays, je ne m'y sens pas à ma place. Les vieilles pierres m’intéressent uniquement lorsque j'ai les explications du contexte. Or les prix affichés aux temples d'Angkor sont relativement chers et excluent pour moi la visite guidée. Les tarifs ne cessent de grimper ce qui ne retient pas la foule de touristes qui grandit chaque année (5 millions en 2017, 10 millions estimés en 2025, ce qui pose de sérieux problèmes de conservation du patrimoine). J'aime à visiter un temple pour le coté silencieux et de recueillement qu'il me sera probablement difficile d'avoir ici. Et même la proximité que j'ai avec le lieu ne m'incite pas à entamer une visite expresse. J'ai arrêté de faire les choses juste pour dire de les avoir faites et les cocher dans une liste fictive. 

Pour toutes ces raisons j'ai donc décidé de faire l'impasse sur ce lieu historique. Alors pourquoi être venu à Siem Reap me direz-vous? C'est un des mystères de mon manque de préparation dans l'organisation de mon séjour au Cambodge. De plus, les kinés de l’hôpital pédiatrique que j'avais prévu de rencontrer sont trop débordés pour m'accorder un peu de leur temps.

Je passe une journée à visiter les environs à vélo avec d'autres voyageurs de mon auberge. J'ai le plaisir de voir les cultures de riz en début de saison, offrant des plaines verdoyantes à perte de vue. Ayant voyagé plus tôt de la saison jusque là, les paysages étaient globalement arides et désertiques depuis le Cambodge.

1/6

Nous terminerons notre journée près de l'entrée de temple d'Angkor. Ici il est possible de faire une petite ascension en ballon non loin du temple, ce qui, pour un prix tout à fait abordable, permet de donner un bel aperçu du lieu. La vue est en effet imprenable. Sur le chemin du retour, nous arrivons même à rentrer dans l'enceinte du temple. Celui-ci étant sur le point de fermer, les contrôles de tickets sont terminés.