ฝรั่ง (Farang)

27 janvier 2019, j’atterris à Genève à la surprise générale. Enfin pas tout à fait, il a quand même fallu mettre quelques personnes dans la confidence, notamment Manu et Pauline chez qui je vais passer les quinze premiers jours de mon excursion française, à Chamonix où ils habitent. La réadaptation à la vie confortable de la France est rapide. Je redécouvre la facilité et le confort occidental : l'eau potable au robinet et le plaisir de tourner le mélangeur pour avoir de l'eau chaude pour se laver! Pas le temps de lésiner je suis directement mis dans le bain avec une sortie en vallée blanche (à ski) dès le lendemain de mon arrivée. J'ai quitté Bangkok la veille après plusieurs mois dans une atmosphère tropicale, l'effet est saisissant lorsque la porte de la benne de l'aiguille du midi s'ouvre à 3800m d'altitude dans un froid mordant...

Un peu de ski, du repos, du fromage, du vin, du chocolat... la vie est simple et douce dans nos contrées, ou pour la plupart d'entre nous. Certainement moins pour ceux qui continuent de se réunir sur les ronds points vêtus de leur gilet jaune. Je fais un crochet par Grenoble pour une formation kiné Mckenzie (eh oui à chacun ses priorités...) où je suis hébergé par mes mentors dans ce voyage, Olivier et Nadège (www.enrouteavecaile.com). Je passe par Aix les bains afin de faire la surprise à mon frère et ma belle sœur. Ils attendent leur premier enfant, qui devrait arriver incessamment sous peu, raison première de mon retour. Puis direction Briançon pour un arrêt express avant de me diriger vers Montpellier où a lieu un congrès national de la kinésithérapie. Je suis convié à présenter mon projet « physio on hand ».

Puis il est l'heure de me « poser » un peu dans mes alpes natales, profiter de la joie du ski et attendre que l'heureux événement de la famille arrive. Du repos encore, du ski encore, du vin encore, et du fromage encore... il en faut peu pour être heureux !

Après la naissance de mon petit neveu Noah et la célébration de mon anniversaire, le 26 ème je crois (oui il paraît que le voyage fait rajeunir, c'est comme ça, soyez pas jaloux !) il est temps de me diriger vers Genève déjà...

La pause dans ce voyage n'était pas indispensable, mais il fut bon de revoir mes proches, ma famille, mes amis et mes racines en général. Elle m'a été bénéfique... enfin je crois.

Je fais un léger détour par Ho Chi Minh où j'avais pris rendez vous lors de mon dernier passage. La kinésithérapie est en plein essor au Vietnam, avec la création de l'association nationale qui permet une certaine reconnaissance en attendant d'ouvrir les portes de l'international. Je réalise une conférence sur la méthode Mckenzie pour un groupe d'étudiant de l'université pendant que deux autres kinés français fraîchement installés pour un club de foot la capitale (Hanoï) interviennent sur la kinésithérapie dans le sport. S'en suit un rassemblement de plus de 400 étudiants, mais les interventions qui s'enchaînent étant en vietnamien, j'écourte ma présence.

Je prends un autre avion pour Bangkok, où je suis vite remis dans le bain. L'aéroport est blindé d'une masse de touristes de tous bords. En première ligne... les français, facilement reconnaissables généralement. Les uns sont refoulés à la douane par manque de formulaire et errent hagard dans le hall, perdus dans la paperasse d'une destination (probablement la première) qu'ils ont choisi pour sa soit-distante facilité. Un autre peste contre l'officier qui lui demande de compléter son formulaire, le tout en français et en criant ce qui est définitivement à éviter en Asie où la diplomatie souriante est de rigueur pour débloquer la situation. Un proverbe dit : lorsque le sourire s'efface, le couteau n'est pas loin. Qu'on ne s'y méprenne pas, je ne leur porte aucun jugement, j'ai moi aussi déchanté lors de mon premier voyage en Amérique du sud devant les douanes, la police... ce qui nous paraît désormais abstrait dans notre espace Schengen élargi. Et quand on connait la politique du Chili, ce ne sont pas les plus tendres. Un exemple banal: interdiction de faire rentrer toute substance végétale et animale, mort ou vivant. Un opinel pourrait se voir détruit...

Je joue de ma connaissance des lieux pour prendre un train (hautement plus économique) en direction du centre ville. J'arrive au spinning bear hostel où j'avais laissé ma monture quelques semaines plus tôt. Mon vélo n'a pas bougé et semble ravi de me voir (mais si!). Moi je ne sais pas trop encore, le retour n'est pas évident quelque part. J'ai le vague sentiment d'avoir un peu perdu les pédales, un comble ! La pause française me semble déjà loin et en même temps je ne me sens plus dans la dynamique de mon voyage. Il va falloir que je me remettre dans le bain, en espérant que ce ne sera pas la douche froide. Peu probable ceci-dit, vue la chaleur extérieure.

Mais il est temps pour moi de reprendre la route, pas le temps de tergiverser, j'ai rendez vous de l'autre coté de Bangkok. Juste le temps de refaire une beauté à ma Cattin (c'est la marque de mon vélo!) et surtout quelques réparations de routines.

Au jour du départ la chaleur est étouffante, j'ai à peine fini d'équiper ma monture que je sue déjà à grosse gouttes et nécessite une pause avant de prendre la route. Je prévois de contourner la ville par le sud afin d'éviter un maximum le trafic de la capitale. Mais je n'y coupe pas à outre mesure et c'est peu de le dire. Le trafic est dense en plus d'être désordonné. J'en suis presque à regretter la circulation incroyable des scooters du Vietnam. Au moins la vitesse réduite me permet de me faire une place dans le trafic. De plus la majorité des véhicules en Thaïlande sont des voitures, avec à bord uniquement le conducteur naturellement. La question de l'évolution de la situation se pose inexorablement, tout comme je me la suis posé durant mon retour en France. Il semblerait que peu de personnes ait encore vraiment conscience de la facilité de mobilité que nous procure notre parc automobile. L'avenir incertain de l'utilisation des ressource fossile doit nous amener à repenser notre mode de fonctionnement dans son intégralité afin de minimiser nos déplacements à venir. De même pour l’électricité, il semble désormais impossible de faire marche arrière sur la consommation. En chauffage chez nous, en ventilation et climatisation ici... que je recherche inlassablement à la moindre pause pour me rafraîchir...

J'atteins le sud de la ville et embarque sur un ferry pour traverser le fleuve Chao Phraya qui traverse la capitale. Je poursuis à travers des marais peuplés d'une multitude d'oiseaux, comme je n'ai rarement eu l'occasion de voir durant mon voyage. J'arrive en fin de journée chez mes hôtes. It et Fawn sont... kinésithérapeutes !! It travaille dans un hôpital et Fawn dans leur cabinet tout neuf qu'ils viennent de construire. It fait aussi des consultations le soir en rentrant de sa journée. Je retrouve l'accueil bienveillant des gens qui ont peuplé mon voyage. A la chose près que le sujet de conversation porte plus sur notre profession, que sur mon voyage ou la culture locale comme d'habitude.

Le lendemain je me dirige à l'université de Mahidol où j'étais déjà passé avant de revenir en France. J'enregistre l'interview dans le cadre de mon projet et déjeune avec l'équipe.

Puis il est temps de dire au revoir à mes hôtes et de me diriger vers le sud. Il me reste encore une bonne portion avant de quitter la route principale qui mène au sud du pays. La circulation est dense, couplée à la chaleur, les kilomètres sont pénibles et je décide d'écourter ma journée. Je ressens le besoin de reprendre progressivement et rien ne me presse.

Du coup je dors dans une ville à la sortie de Bangkok après une soixantaine de kilomètres compliqués. La reprise ne se fait pas dans les meilleures conditions. D'autant que je peine toujours à me remettre dans le rythme de mon voyage.

Mais je sais (ou au moins je l'espère) au fond de moi que cela n'est que transitoire. Les moments de doute sont fréquents, et ceux-ci me paraissent logique dans le sens qu'ils peuvent intervenir à tous moments pour tout le monde. Je profite de mon après midi de libre pour visiter les environs avec notamment un curieux marché qui s’étend le long de la voie ferrée, toujours exploitée!

Je repars le lendemain matin. Il me reste dix kilomètres à parcourir sur la route principale avant de pouvoir enfin bifurquer sur une route secondaire qui longe la côte. Je longe et traverse des fleuves, des bras de mer, je retrouve des paysages plus aquatiques dans les effluves des poissons qui sèchent sur le bord de la route.

Rapidement je ne suis plus l'anonyme que je fus sur la route depuis Bangkok, celui qui gène la circulation. Le farang en thaï comme le titre du post. L'étranger, l'homme blanc, celui dont on sait qu'il ne provient pas de la région. La vie va bon train sur les bords de la route et mon passage attire de nouveaux l'attention des locaux. Mais plus encore, il provoque leurs salutations mais surtout leurs sourires. Il y a pas mal de check-point avec la présence de la police et une sorte de sécurité civile. Jusque là ignoré à leur passage, je suis désormais souvent salué voire convié à remplir mes bidons d'eau fraîche. La garantie de la réussite d'un voyage se joue pour moi hors des chemins battus inéluctablement. Au moment de repartir, je jette un coup d’œil à la carte sur mon téléphone. Un des officiers pensant à une photo souvenir s'empresse d’aligner ses confrères en rang d'oignons, je n'ai plus d'autres choix que d'immortaliser ce moment.

Je poursuis sur la route qui traverse les marais salants de la région. Chaque étendue a sa propre évolution, certaines proches de la récolte ont une eau rougeoyante. Dans les parcelles asséchées c'est le branle bas de combat, avec une petites fourmilière de travailleurs qui ramasse le sel.

Je m'installe à une terrasse qui bénéfice de la brise, désormais soutenue, pour manger un bout. Je retrouve la « joie » de commander à quelqu'un qui ne parle pas un mot d'anglais, à base de signes et de traductions souvent aléatoires du téléphone. Jusqu'au moment du verdict quand l'assiette arrive... mais je ne me suis pas trop mal débrouillé pour cette fois. Je laisse passer les heures chaudes et me remets en route en fin d'après midi. Le vent est désormais plutôt fort et ralenti ma progression. Il permet néanmoins de relativement me rafraîchir un peu. Je trouve un endroit où camper une vingtaine de kilomètres plus loin. J'observe des traces d'un vélo seul sur le sable d'une plage isolée. Un voyageur à vélo est passé par là, probablement la veille. Ce spot pour camper m'a quelque peu sauté aux yeux lorsque j'étudiais la carte. Je ne suis qu'à moitié surpris de voir qu'un cyclo-voyageur en a profité aussi. En Ouzbékistan, alors que je voyageais avec Charles, il nous était arrivé la même chose : des traces de passages antérieurs en plein au milieu du désert. Mais réflexion faite, c'était aussi un des rares endroits propices pour camper à des kilomètres à la ronde. Je dors à la belle étoile sur le sable, avec le vélo recouvert d'une bâche qui me sert de paravent. Dans la nuit je suis réveillé par les moustiques qui profitent d'une accalmie pour me dévorer.

Le lendemain j'atteins rapidement Hua Hin, ville côtière et touristique où j'ai trouvé une chambre chez l'habitant malgré ce week-end chargé. En effet nous célébrons Songkran, le nouvel an Bouddhiste. Et il est coutume de se jeter de l'eau pour l'occasion d’où son surnom : le festival de l'eau. Je suis rapidement aspergé de droite et de gauche! Je passe là deux jours à visiter et me reposer. Matt un malaisien rencontré sur place a loué un scooter ce qui nous permet d'arpenter les environs et de découvrir la vie locale notamment aux premières lueurs du jour. Ici la journée commence tôt et ralenti sur les coups de midi lorsque la chaleur atteint les 40°C. Il faut se lever de bonne heure!

Puis départ pour le sud, je suis une route côtière. Les plages sont idylliques et le littoral préservé. Il faut dire qu'il semblerait qu'on n'ait pas non plus affaire à la même clientèle. Mais l'avantage est qu'il n'y a pas de building. Ma pause à Hua Hin m'a été bénéfique, je reprends rapidement vite goût à être sur la route et cette journée restera une des plus belles de mon passage en Thaïlande. Le soir venu je campe sur une plage. La chaleur est cependant toujours étouffante et ma tente fait sauna, impossible de fermer l’œil. Je préfère la compagnie des insectes dehors, pour trouver un peu de sommeil que tard dans la nuit.

La journée suivante je roule plus en retrait de la côte. Je traverse un parc national et ses concrétions karstiques qui me rappellent un peu le Vietnam. Sur la route, de nombreux singes me regardent passer et je me dis que même eux semblent surpris de me voir ici avec mon vélo chargé. Je ne fais pas parti des énergumènes qu'ils ont l'habitude de voir.

J'arrive ensuite à Kiri Khan. Je suis hébergé par Cédric, un suisse qui est d'ailleurs actuellement en Suisse avec sa compagne thaïlandaise. Mais il a prévenu sa belle famille qui gère leur auberge en leur absence de mon passage. Il met à disposition des cyclistes de passage un endroit pour planter la tente et profiter des facilités, notamment la piscine! C'est donc son beau frère qui m'ouvre les portes de ce havre de paix. Je profite de l'eau douce après une nouvelle journée à pédaler sous la chaleur à laquelle je n'arrive pour l'instant pas à m'habituer.

Le lendemain, la disposition éloigné de l'établissement me permet une belle traversée des plantations de cocotiers, dans une végétation luxuriante et les oiseaux qui chantent.

Je jongle par après entre la route principale et la route côtière. Jusque arriver à un petit village touristique, Bang Kaput. Ici c'est une maison vide qui est mise à disposition par d'autres anciens voyageurs à vélo désormais eux aussi installés en Thaïlande. J'y retrouve Kit, un anglais sur la route pour la Nouvelle Zélande. Enfin disons que c'est plutôt lui qui m'y retrouve, il a parcouru la distance depuis Bangkok en moitié moins de temps qu'il m'en a fallu. Il roule pas moins de 120 kms par jour. Et moi qui peine à aligner plus de 70 avec cette chaleur qui m'accable.

Nous passons une journée de repos ensemble à échanger sur notre vision du voyage qui semble assez proche. Malgré ses vingt trois ans Kit fait preuve d'une certaine maturité et il est appréciable de discuter avec lui. Les sujets de conversations s'enchaînent et même si nous partageons des points de vue similaire, cela nous ne empêche pas de palabrer des heures durant sur divers arguments. Nous visitons aussi les environs qui se résument à une plage... encore... et un temple, pour changer!

Nous prenons donc la route ensemble le lendemain. Nous partons de bonne heure, toujours le long des plages. La route côtière ayant peu de circulation, nous pouvons rouler de front et continuer ainsi à palabrer. Il est bon de retrouver un compagnon de route. Les kilomètres s’enchaînent avec une facilité déconcertante. Nous profitons d'une aire un peu plus touristique pour notre pause déjeuner, qui se prolonge dans les hamacs à l'ombre des cocotiers. Il est juste impensable de rouler entre 14 et 16 heures. Puis nous trouvons une autre plage paradisiaque une trentaine de kilomètres plus loin pour établir notre camp pour la nuit. Nous dînons dans une gargote de bord de plage. Le personnel est au petit soin avec nous. Les plats sont gargantuesques (il faut dire qu'on leur a précisé qu'on avait TRES faim!). Ils nous proposent de rester dormir sur la plage devant leur petit établissement pour pouvoir profiter des sanitaires, après s'être assuré que nous avions de l'anti-moustiques.

Autre journée sur la route avec un peu plus de route interne. Nous continuons à accumuler les kilomètres. Nouvelle soirée sur la plage après avoir dévalisé les stands d'un marché (très) local.

La journée suivante est plus difficile pour moi. Il faut dire que Kit me fait un peu sortir de ma zone de confort. Dans un sens cela tombe plutôt bien pour moi car cela me donne un peu de boost pour me remettre dans le rythme. Nous sommes encore loin de la moyenne de croisière de Kit, mais quelque part je pense que ça lui convient aussi de profiter différemment de son périple.

Le soleil tape encore plus fort et nous atteignons rapidement 40°C alors qu'il n'est pas midi. Nous décidons cependant de poursuivre la route pour arriver au plus tôt chez Patty qui nous accueille ce soir. Ainsi nous pouvons nous reposer sur place. Patty fait parti de ces mamans de substitutions qui prennent soin de leurs invités comme si c'était leur progéniture. Nous sommes chaleureusement accueillis pour la nuit. Nous avons droit à une belle portion de crêpes au petit déjeuner. En effet Patty a appris les secrets de la recette en accueillant les cyclistes de passage, pour notre plus grand plaisir! Mais Patty nous réserve une autre surprise. Passionnée de vélo elle a décidé de nous accompagner pour notre prochaine étape, direction Surat Thani. Nous passons une belle journée tous les trois, la conversation allant bon train tant que la circulation nous le permet.

La première partie de la journée nous évoluons loin de la civilisation. Ici réside principalement les plantations d'hévéa et de palmiers. Je fini à peine le livre de Peter Wohlleben: « la vie secrète des arbres ». Curieusement, ces plantations m’apparaissent comme les derricks au Kazakhstan, une élaboration d'origine humaine déterminée de façon à épuiser la portion de terre sur laquelle elle est implantée. Mais ces arbres ont l'avantage de nous procurer de l'ombre sur les routes que nous arpentons et Patty connaît bien.

Après un déjeuner copieux, nous arrivons en bordure de la ville. Ici c'est Krit qui nous accueille, un autre hôte amoureux de cyclisme. Il gère avec ses parents une petite auberge dont il espère faire prospérer l’activité en touchant les nombreux touristes de passage pour les célèbres îles thaïlandaises non loin.

Krit nous propose même les chambres vides, ne pouvant se résigner à laisser Patty camper dans son jardin. Une nuit avec la climatisation... sonne comme un doux rêve dans lequel nous nous enfonçons rapidement.

Il est temps de faire nos adieux à Patty qui s'en retourne retrouver sa maman. Avec Kit nous décidons de couper à travers les montagnes, afin retrouver un peu de relief et de la fraîcheur. C'est curieux, mais nous nous lassons du paysage côtier un peu monotone, malgré les plages paradisiaques qui s’enchaînent. Très vite nous sommes absorbés dans un paysage verdoyant ponctué des couleurs vives des flamboyants en pleine période de floraison.

Mais le climat est toujours aussi chaud et la journée s'annonce pas aussi facile que prévue. Nous manquons une intersection qui nous rajoute une quinzaine de kilomètres au programme initial. Puis les vingt cinq derniers kilomètres ne sont pas goudronnés, nous évoluons bien gré mal gré dans la poussière et la fournaise. Arrivés enfin à la supposée destination, il s'avère que la cascade que nous visions n'est pas au même endroit que sur notre carte... et nous devons faire dix kilomètres supplémentaires. Nous avons atteint les montagnes et la route est escarpée. En Thaïlande, on ne s’embête pas trop avec les détours et les virages, l'inclinaison est facilement de 8-10%. Cette portion nous achève définitivement.

Nous campons au point de départ de la balade sur un site aménagé. Heureusement notre arrivée tardive nous permet d'esquiver l'entrée du parc et le coût de la tente, ce qui représente 6€... plus cher d'une pension avec petit déjeuner... Le lendemain nous faisons le trek pour nous rendre à la cascade. Plus de trois kilomètres de marche, on ne s'y attendais pas vraiment puisque les sites touristiques sont généralement à proximité. Mais un beau sentier sillonne la jungle jusque nous mener à la cascade pour une baignade rafraîchissante.

Nous repartons après notre petite excursion pédestre. Le retour sur la route principale avec les montées et descentes finissent de m'achever. Je commence à traîner la patte. Au déjeuner nous tergiversons sur la suite de notre journée et je fini par proposer à Kit de nous rendre dans une auberge non loin de la prochaine ville. Un poil récalcitrant et préférant minimiser ses dépenses, Kit hésite. Mais finalement accepte, lui aussi fatigué de nos deux dernières journées. Nous arrivons dans une éco-farm, gérée par un couple d'ancien... qui ne parle pas un mot anglais. Leurs enfants ont aménagé ce petit coin tranquille pour leur fournir un petit revenu et de quoi s'occuper. Le lieu est plein de charme, 2 bungalows en bordure d'eau, soigneusement aménagés. Et l'accueil des plus chaleureux : noix de coco à notre arrivée, repas délicieux, le couple est aux petits soins avec nous... Et nous prolongeons donc notre séjour d'une nuit!

Nous repartons et rejoignons la côte bordée d'éoliennes, ce qui n'est jamais très bon signe pour un cycliste. Mais le vent est supportable et nous avançons bien suite à notre journée de repos. La pause a été bénéfique à nos organismes et nous enchaînons les kilomètres. A tel point qu'à notre pause déjeuner nous décidons de faire en deux jours ce que nous avions prévu de faire en trois. Il faut dire aussi que la côte est beaucoup moins intéressante que précédemment, ni sauvage ni aménagée. Lors de notre deuxième journée je casse ma chaîne. J'ai fait des modifications sur mon système qui commence à accumuler les kilomètres et ils ne semblent pas avoir été très bénéfiques. Nous mettons un maillon de secours en attendant de faire mieux.

Nous arrivons en fin d'après midi chez Joy, qui gère une plantation de goyaves et un petit restaurant les week-ends. Je sais d'office que notre nuit prévue se transformera en deux. Joy vit près d'un canal et met à disposition des canoës, nous en profitons pour une excursion le lendemain jusqu'à la mer.

Il est désormais temps de faire mes adieux (temporaires?) à Kit. Je compte rester sur la côte est thaïlandaise pour atteindre la Malaisie. Lui se dirige vers la côte ouest pour se rendre à George Town, une ville pittoresque du pays. Aussi, la région que je m'apprête à traverser est relativement déconseillée aux voyageurs (formellement déconseillé sauf impératif pour être exact!). En effet cette partie de la Thaïlande possède une communauté principalement musulmane, avec leur propre culture et dialecte. Elle subit donc parfois des mouvements de protestations d'activistes séparatistes. Loin de moi l'idée de m'aventurer dans des parties dangereuses ou hostiles, mais je commence à savoir par expérience que ce genre de protestations ne touchent que très rarement les touristes. Je décide donc de poursuivre ma route sans tenir compte des recommandations officielles. Le temps est lourd en ce jour et je ne tarde pas à essuyer une averse digne de ce nom. Je n'ai pas vu la pluie depuis un certain moment et je l'accueille plutôt positivement. Mais les trombes d'eau qui déferlent peinent à me rafraîchir pour autant.

J'arrive à la plage Sakrom, une des plus touristiques de la région. Je trouve un endroit un peu reculé pour y passer la nuit. Non loin, toute une famille s'est réunie pour un barbecue sur la plage. Je suis convié à partager les poissons grillés, crevettes, brochettes... accompagnées d'une salade de mangue maison. Pour une première nuit en "no go zone" ça ne se passe pas si mal!

Je campe sur la plage et me réveille aux premières lueurs du jour alors que le soleil illumine le voile nuageux qui persiste de la veille dans une ribambelle de couleurs improbables.

Une nouvelle journée de vélo me permet d'atteindre la ville de Pattani. Ici je suis accueilli par Hi (prononcé Hay). Je tente désespérément de changer de l'argent en attendant mon hôte, mais réalise vite que la Thaïlande fête aussi le premier mai... Toutes les banques sont fermées et je suis à sec! Heureusement Hi me propose de changer quelques dollars, qu'il passera dans un de ses futurs voyages. Il m'amène faire un tour de la ville, visiter les principaux lieux d’intérêt et manger de délicieux rotis, spécialité indienne largement répandu dans la région. Je retrouve les femmes voilés, les hommes en robes longues et la gentillesse des gens de cultures musulmanes.

Lorsque je reprends la route sur les routes secondaires, les gens me sourient, me saluent. Je poursuis le long de la côte qui reprend un peu de charme, conservée globalement à l'état sauvage. Je me perd sur une route où la nature commence à reprendre ses droits, jusqu'à réaliser que cette portion est fermée car la route disparaît dans la mer qui en a avalé l'asphalte. Je coupe à travers champs sur de petits sentiers sablonneux pour retrouver un axe plus principal.

La région me fait penser au Kurdistan turc. Une sorte de région reculée du pays où la population peine à trouver son identité part l'appartenance forcée à un pays avec qui elle ne partage rien culturellement. Les contrôles militaire sont fréquents, mais superficiels. Je suis juste salué par les soldats, parfois ignoré s'ils ont mieux à faire sur leur smartphone. A un moment une moto se met à ma hauteur. Qu'importe le pays et le contexte, ce n'est jamais très rassurant. L'homme me demande où je vais (-en Malasie) et d'où je viens (France!). Il lance des "ami! ami!" tout en continuant à rouler à ma hauteur. Je poursuis ma route tout en gardant un œil sur mon compagnon. Et puis il me fait des signes alors que nous arrivons à un nouveau contrôle militaire. Je comprends finalement qu'il est de l'armée (army! les asiatiques ont quelques difficultés avec la prononciation du R!) ce qui se confirme puisque qu'il s'arrête pour discuter avec les soldats. Je poursuis mon chemin pensant être tranquille, mais le bougre revient à la charge, et cette fois ci flanquée d'un soldat derrière lui, lourdement armé celui-ci. Je suis sur son district et il s'est mis en tête de m'escorter jusqu'au prochain check-point... rien de tel pour me sentir des plus mal à l'aise. Les regards changent, je ne suis plus l'attraction, le gentil voyageur de passage qu'on salut, j'attire plutôt l'attention d'une façon dont je me passerais bien. La mascarade dure une dizaine de kilomètres jusque le check-point suivant où ils m'abandonnent. Les autres soldats ne semblent pas vraiment enthousiaste à prendre la relève.

Mise à part cette petite expérience, je garde un souvenir très positif de mon passage dans cette région, avec un accueil chaleureux et souriant de l'ensemble de ses habitants. Il est maintenant temps pour moi de me diriger vers la frontière pour entamer un nouveau pays sur mon périple. Malaisie me voilà!

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