October 10, 2019

August 24, 2019

June 26, 2019

January 3, 2019

December 25, 2018

December 1, 2018

September 19, 2018

Please reload

Posts Récents

I'm busy working on my blog posts. Watch this space!

Please reload

Posts à l'affiche

Horas!

August 24, 2019

Je quitte mes amis de Singapour et me replonge dans le trafic de la cité-état. J'atteins la côte pour trouver l’embarcadère, non sans mal. On me fait passer d'un bureau à l'autre pour savoir quoi faire de mon vélo. Je suis finalement autorisé à l'embarquer après un contrôle digne d'un aéroport. Je découvrirai plus tard que l'officier a même réduit la pression de mes pneus... pour prendre le bateau! Je passe les contrôles migratoires avec aisance, étant exempt de tampons de sortie. Nous partons avec près de dix minutes d'avance, du jamais vu en Asie de sud est! La traversée dure une heure et demi pour me rendre à Batam, première île de l'archipel indonésienne (qui en compte plus de dix sept mille) où je pose le pied.

Je replonge tout de suite dans la frénésie de l'Asie dont Singapour fait relativement exception. La cohue des scooters qui passent, repassent et dépassent dans tous les sens. Mais je retrouve aussi un autre aspect, le sourire jovial et diverses salutations que m'offrent les locaux à mon passage.

Je rejoins Riky dans un co-working space. On est dimanche mais il s'est réuni avec une communauté de sourds avec qui il donne des cours de langages des signes à ceux qui le souhaitent. J'assiste un moment au cours très ludique, avant que mon hôte ne doivent se rendre à un autre rendez vous. Ainsi, il me laisse seul avec le groupe de sourds... qui ne comprennent pas l'anglais. Immersion totale donc et cours particulier (chaque pays a sa propre langue de signes) avec l'aide d'une application de traduction écrite tout de même. Nous partons ensuite au marché local pour dîner. L'intégration est encore très compliquée pour cette communauté et le regard des autres est particulièrement pesant (pour moi encore plus que d'habitude). Riky est aussi très actif au sein de leur communauté, pour militer contre la discrimination et pour leur intégration. Je le surprendrai même à reprendre un des sourds à ne pas appeler « les gens normaux » mais « les entendants »... l'éducation se fait dans les deux sens.

Je retrouve ensuite Harun. Je l'ai rencontré en Mongolie au détour d'une station service où je refaisais le plein... de vivres. Lui en déplacement professionnel, profitait de quelques jours de villégiature. En échangeant deux mots il m'avait convié en Indonésie si mon chemin m'y menait... et m'y voilà. Harun met un point d'honneur à me fournir ce dont j'ai besoin et sans que j'ai besoin de sortir mon portefeuille. Carte sim locale, billet pour le ferry qui doit me mener au nord de l’île de Sumatra... Malheureusement le bateau que je visais et déjà complet. Je dois attendre le prochain deux jours plus tard et passe donc quelques jours supplémentaires à Batam... qui n'a absolument rien à offrir.
Quatre jours plus tard me voilà prêt à embarquer et me dirige vers le quai à l'autre bout de la ville. On m'annonce que le ferry prévu de partir à 16h n'arrivera à quai qu'aux alentours de dix-sept heure. Retour à la réalité asiatique. Je patiente donc au milieu des cartons, paquets et familles sous un soleil de plomb.

A 17h30 le navire est prêt, l'embarquement peut commencer. Je me laisse entraîner par un porteur qui m'aide à passer les contrôles moyennant un petit billet. Je dois ensuite longer le quai le long des nombreux conteneurs, Batam étant une ville de commerce tout comme Singapour.  J'avais été particulièrement surpris en découvrant dans une station de métro de la cité-état un mur illustré de dessins de bateaux d'enfants d'une école locale. La plupart des dessins représentaient des porte conteneurs... symbole du paysage local. 

1/4

Je trouve un recoin dans un couloir où glisser mon vélo pour la traversée d'environ vingt quatre heures, en classe économique cela va de soit. La classe économique... comment dire? Pas de cabine, c'est un open space comportant une succession de lits superposés et juxtaposés. Quelques toilettes malodorantes (déjà !) se profilent ça et là. J'erre un moment pour trouver mon lit, j'ai heureusement un numéro attribué. J'avance en me demandant sur quel type de voisins je vais tomber... Et me voilà coincé entre plusieurs familles avec enfants en bas âges... jackpot! Mon lit est (déjà) recouvert de jeux, de bagages en tout genre et je tente de me faire une petite place parmi les enfants qui braillent (déjà !).
Mais la traversée se passe globalement sans encombre et je me fait naturellement rapidement des connaissances, qui m'interpellent dans leur anglais hésitant. Le « Bule » ne passe pas inaperçu (prononcer boulet). Bule est un terme attribué aux touristes étrangers, blanc uniquement et sonnera avec une certaine ironie tout au long de mon séjour.

Nous débarquons le lendemain en fin d'après midi. Naturellement tout le monde pousse ce qui a pour résultat d'encore plus bloquer la circulation. Un ancien se sert de mon porte bagages arrière pour transporter un carton lourd, mais m'aide à retenir mon vélo dans les descentes d'escaliers. Échanges de bons procédés.

Je sors du débarcadère dans une cohue infernale de klaxons et de bruits de pots d'échappements. Je me fraie un chemin jusque la route qui me mène à Medan, capitale de la province du Nord de l’île de Sumatra, située à une vingtaine de kilomètres du port. Je retrouve la vie énergisante des bords de route d'Asie dans la lumière chaude de fin de journée. Les marchands ici ou là, les enfants qui tirent des cerf volants...

J'arrive en ville où j'avais repéré une auberge, certes coquette mais qui s'avère située juste à coté de la mosquée... Réveil matinal assuré par le muezzin en personne, je pars dès l'aube. Ce sera mon sort durant la plupart de mon séjour en Indonésie. Au contraire de mon souvenir de la Turquie où presque seule la mosquée principale appelle à la prière dans une mélopée mélodieuse, en Indonésie ce sont toutes les mosquées à l'exception de celle du vendredi qui scandent les azans dans une cacophonie criarde parfois difficilement supportable.

La traversée de la ville se fait aisément et me voilà en route en direction du lac Toba. Mais aujourd'hui est dimanche... et la plupart des citadins en profite pour se rendre dans les montagnes profiter de la fraîcheur. La circulation est... indescriptible. Les voitures sont à la chaîne jouant de l’accélérateur pour gratter une place chère à leurs yeux. On n'hésite pas à doubler dans les virages, on klaxonne, on se rabat, sur moi bien souvent. Je vis un véritable cauchemar dans une circulation que j'ai rarement expérimenté, c'est dire ! Je ne donne pas cher d'un bâton que j'ai positionné en travers pour essayer de garder à distance les véhicules. Il survivra finalement à mon ascension, moi aussi. Outre la circulation j'ai dans les 1600 m de dénivelé à faire dans la journée, pas non plus l'idéal pour une reprise. J’asphyxie dans le doux fumet des moteurs qui vrombissent alors que mes oreilles commencent à siffler des camions qui barrissent. Quelques chauffeurs me saluent et m'encouragent sur le passage, mais difficile de les remercier dans ces conditions. J'avais ce même problème en Malaisie, où il est difficile de se montrer poli et souriant aux personnes amicales au milieu de toutes celles irrespectueuses voire dangereuses qui me notifient à leur manière que ma présence sur la route les importune.

J'arrive à Berastagi exténué et étourdi pour les bruits emmagasinés dans la journée. Fahri est mon hôte. Il a la bonne idée de m'offrir un tour dans les sources d'eau chaude qui jaillissent du volcan qui surplombe le village. Habitué du coin, nous évitons l'entrée principale, nous affranchissant de payer les 0,30€ d'entrée. Après s'être prélassés un moment nous dînons avec sa famille avant que je ne sombre dans un sommeil de plomb.

Au réveil je ne suis bon à rien, fourbu de ma journée de la veille, courbaturé, je reporte au lendemain l'ascension du volcan. Fahri habite dans un petit village plein de charme qui vit principalement de l'agriculture. L'endroit est paisible et agréable, entouré de champs et de canaux. La famille a une plantation de tomates que Fahri et sa mère gèrent. Le père travaillant à l'usine... Danone! Non sans une certaine fierté.

 

Je suis réveillé dans la nuit et décide de me lancer dans l'ascension du volcan pour le lever de soleil. A pas feutré je quitte le domaine familial. Une voiture passe et je tente ma chance pour de l'auto stop (pas très courant en Indonésie). Le véhicule me dépasse et je réalise que c'est un bus local qui n'a juste pas daigné s’arrêter pour moi : certainement qu'un « bule » au milieu de nul part à 4h du matin n'est pas vraiment de bonne augure. Je poursuis donc à pied comme envisagé sur une petite route sans circulation. On n'oublie pas de me faire acquitter le droit d'entée. En fait je réalise qu'en se rendant en voiture, la route se termine très proche du cratère et fait du volcan Sibayak, une randonnée très prisée. Des restaurants bordent la route, des guides attendent et des déchets jonchent le sol un peu partout. Mais je retrouve rapidement la noirceur de la nuit sans lune et m'enfonce dans la forêt via un sentier aménagé. Aux abords du cratère je retrouve des « randonneurs », principalement des jeunes en classe verte qui ont passé la nuit sous tente non loin. Pas habillés, pas chaussés, la clope au bec, téléphone à la main pour se mitrailler de photos, les ados de douze à quatorze ans donnent la parfaite image de ceux que je croise régulièrement. Près du sommet des jets de vapeurs font un bruit assourdissant.

 

Le Sybayak est un volcan sulfureux au sens propre et au figuré. Une odeur d’œuf pourri s'échappe un peu partout dans des jets sous pression et il n'oublie pas de rappeler de temps en temps qu'il n'est pas tout à fait endormi.

Pas de levé de soleil pour moi car trop de nuages. Je prends rapidement le chemin de la descente, un ancien chemin qui n'est plus utilisé et me conduit dans la jungle m'obligeant à me battre avec la végétation un moment.

1/5

 


Je suis de retour alors que Fahri est encore endormi. Nous prenons un petit déjeuner tardif avant que je ne plie bagage. La circulation est encore dense mais je me fais au trafic toujours assez dangereux. Parallèlement les locaux me saluent ou plutôt m'apostrophe ce qui a malheureusement pour effet de rapidement me lasser. Je déjeune sur la route. Après mon repas on m'interpelle encore :« I love you mister! ». Décidément le monde est plus agréable le ventre plein. J'arrive à la cascade Sipisopiso qui borde une grande étendue d'eau. Le lac Toba est le résultat d'une très importante éruption volcanique, il y a quelques soixante quatorze mille ans, si bien qu'elle aurait provoqué un changement climatique mondial et des cendres auraient été retrouvées jusqu'en Afrique. En a résulté un gigantesque cratère qui forme désormais le plus grand lac volcanique au monde.

Je m'offre une deuxième petite randonnée de la journée pour atteindre le pied de la cascade. Je passe la nuit sur une aire de pique nique que le soir vide de ses touristes, locaux pour la plupart.

1/4

 

 

Je longe le lac sur une cinquantaine de kilomètres. Les courbatures sont toujours présentes (si pas plus importantes avec mes efforts de la veille) et rendent la progression difficile. La circulation se raréfie ce qui est agréable. La région est très cultivée et les diverses cultures se succèdent mais ce sont principalement des cultures d'oranges qui dominent sur les collines, conférant un caractère presque sicilien. 

Mais malheureusement je continue de faire fasse aux locaux qui m'interpellent à longueur de journée. Cela peut paraître normal, appréciable... ça l'est! Pour le début de journée... Mais c'est plus de cent, voire deux cent fois dans la journée. Cela n'a rien à voir avec les « hello » souriants de Thaïlande ou les « Sabaïdee » chantonnant des enfants au Laos. C'est certes de bonne intention, mais souvent scandé sèchement à mon oreille accompagné d'un klaxon ce qui commence à légèrement user mon mental.

Je m'offre une joli descente pour atteindre les rives du lac. Les abords sont très abrupts sur plusieurs centaines de mètres de dénivelé tout autour du lac. Je ne suis pas dupe, il va falloir les remonter à un moment ou un autre. J'arrive pile à temps pour le ferry qui fait la traversée pour l'île de Samosir, résultat de l'ancien volcan effondré. L'île centrale a un périmètre de plus de cent vingt kilomètres pour donner un ordre de grandeur.

L’île de Samosir m'accueille tout en douceur. Alors que je cherche mon chemin sur mon GPS, une vieille femme penche la tête par dessus mon épaule sur mon smartphone. Amusé, je lui demande si le chemin que j'envisage est le bon, et elle de me renvoyer un sourire édenté. Je me mets en route dans les effluves des clous de girofles qui sèchent sur le bord de la route. La route est assez directe et facile. L'ethnie locale est les Bataks. Présents sur l'île et dans la région bien avant la colonisation Européenne, ils gardent leur culture propre qui a évolué cependant, notamment avec la conversion religieuse. La majorité est chrétienne protestante et partout ont fleuri des églises modestes et colorées, parmi les habitations traditionnelles avec leur toit pointus.

J'arrive à Tuktuk en fin de journée. Le village est un point touristique et construit d'hôtels et de restaurants pour les touristes principalement occidentaux. Mais l'auberge où je réside est très sympathique et nous propose un show de danse et de musique traditionnelle le soir même. Les protagonistes nous invitent à prendre part aux danses à coup de "Horas!": salutations en langage batak. Rien de tel que pour lier d'amitié avec des voyageurs solitaires comme moi. Je n’insisterais jamais assez sur la facilité de créer des liens avec d'autres (voyageurs ou locaux) lorsque l'on voyage solo. Préférant partager ces moments entre eux, les couples ou groupes de voyageurs ne cherchent pas forcément le contact d'autrui (ce qui est tout à fait louable). Ils créent ainsi des expériences, des souvenirs qui renforcent leur intimité et leur complicité. Le partage de l'expérience étant un facteur démultipliant son intensité, le voyageur solitaire n'hésite pas à se tourner vers d'autres pour cela, le temps d'une soirée ou de quelques jours, mais qui n'en resteront pas moins inoubliables et intenses bien que scellés dans une amitié éphémère. Nous formons rapidement un groupe de compères complices sous l’œil maternelle (pas vraiment maternant, à moins que payer des tournées peut être considéré comme tel) de Sarah, notre maman à tous pour ces quelques jours.

 

 

Après quelques jours de repos et de baignades dans le lac, je repars pour retrouver « le continent » par l'ouest ou un pont de terre permet le jonction.

Mais une fois atteint, je réalise que la route me mène immédiatement loin du lac (non je n'ai pas beaucoup préparé mon itinéraire durant ma pause) et je décide de rester le long des bords du lac pour profiter une journée de plus de ses vues. Les bords sont toujours abrupts, ma journée se transformera en deux jours et demi intenses. J’enchaîne des montées et descentes escarpées et parfois sur une route qui se transforme en chemin (j'ai quitté l'asphalte depuis ma bifurcation).

Chaque ascension m'offre des points de vue imprenable sur le lac, et entre chacune d'elle je traverse un village, reculé, qui vit de sa culture de riz et de pêche principalement. Je fais beaucoup effet sur cette route fort peu empruntée, encore moins par des touristes, encore moins par les étrangers, encore moins à vélo.

Les paysages que me dévoile ce parcours compensent allègrement la difficulté qu'il m'impose. Les rizières en terrasses offrent une atmosphère reposante ainsi qu'une sérénité imposante.