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Mas Gondrong

October 10, 2019

Mi-Août, me voilà arrivé au sud de l'île de Sumatra, en un peu plus de temps que je n'avais prévu (comme l'ensemble de mon voyage cela dit...). J'embarque sur un ferry direction l'île de Java pour continuer mon épopée indonésienne.

Une fois sur le bateau, je me dirige directement vers les banquettes dans une salle climatisée pour y passer les quelques heures de traversée avec mon bouquin duquel j'ai un peu de mal à décrocher. Alors que beaucoup de voyageurs se seraient postés sur les pontons pour profiter d'observer les manœuvres du bateau et de contempler le littoral côtier. Je me rend compte que la magie du voyage se tarie peu à peu. Disons plutôt que je n'ai pas le même émerveillement qu'avant. Ce ne sont plus les nouveaux paysages et les découvertes qui font vibrer les cordes devenues certainement moins sensibles. Cependant je reste (encore plus?) connecté au moment présent. Si la découverte visuelle m'émerveille moins, il n'en reste pas moins que mes rencontres et les petits moments du quotidien continuent de me faire apprécier mon voyage à sa juste valeur. Je ne considère pas (ou moins) mon quotidien hors norme même s'il est pourvu d'expériences plus diversifiées et plus uniques qu'en moyenne. Mais je continue de défendre l'idée que, même s'il reste bien entendu relativement exceptionnel, mon voyage est surtout un mode de vie, certes un peu moins conventionnel. Une réalité à part entière et non pas un vécu en dehors de la réalité.

On aime bien me demander mon futur "retour à la réalité" en France. La vérité c'est qu'à chacun sa réalité. On pense surtout à travail-famille (patrie? pour les plus conservateur). Mais la réalité n'est pas la même pour le millionnaire qui vit dans l'opulence et le SDF qui dort sous les ponts. Et paradoxalement... si je me sens parfois aussi riche (d'expériences et de plénitude) que le premier, ma réalité ressemble parfois plus à celle du deuxième.

Après une nuit dans une petite ville du nord de l'île, j'embarque dans un bus pour m'épargner les abords de Jakarta à vélo. J'aurais pu faire l'impasse de la mégapole, peu recommandable pour les cyclistes, mais l'association nationale des kinésithérapeutes y est basée. Ils suivent mon avancée et me fournissent contacts dans quelques villes, je considère donc que la visite s'impose. J'en profite aussi pour prolonger mon visa qui arrive à expiration. Encore une fois cela n'est pas sans mal. Ayant eu un appui pour obtenir mon premier visa de deux mois, il me faut me procurer une lettre signée de ce même organisme qui m'avait sponsorisé. Ils doivent donc m'envoyer le pli en express et en recommandé... bref le tout prend une dizaine de jour, et encore j'arrive à négocier les délais.

Je profite de mes obligations administratives pour me rendre un weekend à Bandung, ville située en hauteur et m'épargne quelques jours de la touffeur accablante de Jakarta.

La capitale n'offre d'ailleurs pas grand chose en termes de visites et d'attractions touristiques. A part la place de l'indépendance et la vieille ville, j'y ai vite fait le tour. Mais je suis hébergé par Regina qui vit avec sa famille dans un quartier très traditionnel où il fait bon de déambuler en contemplant les scènes de vie locale. Les maisons détonnent avec les buildings de verre qui nous entourent. Mais le mélange est finalement harmonieux et mon séjour est plaisant. Sans compter que Regina est une cuisinière hors paire et toute la famille s'emploie à me remplumer copieusement. 

Mon visa m'est finalement octroyé et je prend la route vers l'Est... en train cette fois ci! La perte de temps dans les tracas administratifs m'ayant cloué sur place plus de temps que je ne l'envisageais. La date de validité de mon nouveau visa ne me permet d'atteindre Bali dans les délais impartis ou tout du moins pas de la façon dont j'aime voyager, c'est à dire en prenant mon temps. Je sors la tête de mon (nouveau) livre après plus d'une heure de voyage et découvre des étendues de rizières verdoyantes. Ces paysages me sont désormais familiers mais difficile de résister au spectacle qu'ils offrent. Malheureusement le tableau est noircies par les rivières débordantes de plastiques en tout genre. Il est impossible de juger, mais l'éducation fait naturellement cruellement défaut face à ce problème d'ampleur. Pour avoir tenter d'en discuter avec des locaux je me suis rendu compte qu'ils n'avaient absolument pas conscience de l'impact engendré et donc que cela pouvait être problématique que de jeter ses plastiques à tout va. 

 

Je débarque à Kebumen, au centre de l’île. Après une nuit sur place j'enfourche mon vélo... enfin !

Je commence sur le plat. Je remonte tranquillement une rivière sur une route secondaire sans trop de circulation. Les kilomètres sont agréables et retrouver le plaisir de pédaler m'est euphorique. Finalement il reste quand même de la magie dans mon voyage. J'attaque ensuite une belle montée sur une route qui s'apparente de plus en plus à une route forestière. Je suis (enfin) de retour dans la nature après mon séjour à la capitale.

J'atteins Wonosobo en fin de journée sous les averses de fin d'après midi, le climat est montagneux déjà et la température drôlement rafraîchie. Je passe la soirée chez Mohamed qui compte ouvrir son propre café sous peu et proposera de la restauration rapide. Au petit déjeuner je cuisine du pain perdu pour toute la famille qui est ravie. Je laisse la recette qu'il mettra à la carte.

Heureux d'avoir pris des forces, une grosse journée m'attend. Je me suis en tête de vouloir aller randonner dans les volcans. Mais pour atteindre la ville de Dieng qui signe le départ de la balade, j'ai 1250m de dénivelé pour quelques dizaine de kilomètres. Heureusement l'excitation de la reprise de mon voyage me fait déborder d’énergie. L'idée me semble réalisable. 

Mon ascension débute en douceur. La circulation me fait rapidement m'équiper de mon petit bâton en travers pour tenir à distance les automobilistes trop près(sés). Le ciel se couvre et la température continue de diminuer. Les derniers kilomètres sont les plus pentus et je pose régulièrement le pied à terre. J'arrive finalement bien cassé au camp de base, qui n'en a que le nom. Ce n'est en fait qu'une simple pièce ouverte et légèrement malodorante. J'attends Yusella et sa femme Euis. Ils habitent non loin et devaient m'héberger pour une nuit. Cependant de la famille étant arrivée à l'improviste ils ne peuvent honorer leur proposition mais se sont proposés de m'accompagner dans ma balade. Indonésiens bien caractérisés, ils arrivent avec quatre heures de retard sur l'horaire prévu. Il est déjà vingt heures passés lorsqu'ils arrivent enfin avec quelques uns de leurs amis, frigorifiés car naturellement pas assez couverts.

Ils m’annoncent que le plan est de partir dès ce soir, pour camper au sommet. Après ma journée de vélo j’avoue que je ne suis pas vraiment emballé par l'idée de faire l'ascension à une heure où j'ai généralement rendez-vous avec Morphée. Je traîne un peu des pieds lorsque nous attaquons une ascension de plus de deux heures. Je reste cependant le plus rapide, mes compagnons n'étant pas de grands sportifs, inutile de préciser qu’il m’en aurait fallu moins d’une pour atteindre le sommet. J’entreprend donc de faire la conversation malgré le deuxième sac que je porte, Euis (prononcé euh-isse) ayant coulé une bielle au bout de quinze minutes. Je l'encourage donc à coup de Oh-hisse (la saucisse). L'équipe se prend rapidement au jeu des surnoms et je me vois étiqueté "Mas gondrong", le frère aux cheveux longs, qui va me rester pour le reste de mon séjour. 

C’est sans aucun regret que nous atteignons un plateau qui domine la ville toujours noyé dans un brouillard dont nous sommes sortis et devenu luminescent par les lumières de la cité. Au dessus se dresse fièrement le complexe volcanique de Prau, surplombé par une myriade d’étoiles qui se dessinent dans un ciel sombre mais limpide. Le temps est comme suspendu, le silence presque anxiogène. Le coin est réputé et prisé des indonésiens qui viennent admirer le levé de soleil. Les tentes éclairées parsèment l'entendue herbeuse sous une voie lactée scintillante. 

 

Il ne me faut pas longtemps pour sombrer. Je me réveille juste à temps pour contempler le levé de soleil au dessus d’une mer de nuage impassible. Le moment est magique, j'oublie mes courbatures.

 

Après un petit déjeuner copieux je ne traîne pas et prends le chemin de la descente seul. Yusella et Euis sont originaires de la ville de Magelang, située à soixante dix kilomètres, que je compte atteindre dans la soirée. J’entame donc une belle descente avant que la route ne reparte en ascension un moment le temps de traverser les plantations de thé. Puis les arbustes laissent place à de grandes étendues de tabac qui s’étalent à perte de vue le long des flancs du volcan, ou le long des routes pour sécher. Les indonésiens sont de gros consommateurs, la plupart des hommes fument et commencent parfois très tôt. Il ne m’est pas rare de croiser des gamins de 10-12 ans la clope au bec. Je sais maintenant d’où il provient. J’arrive à Magelang en fin de journée, exténué par les efforts cumulés (mais moins que mes compagnons rentrés en scooter). Je suis accueilli chez Monica, une ami à eux. Pas le temps de me poser, qu'il me faut faire un détour forcé par la cuisine sous l’œil bienveillant de la maîtresse de maison. Je manque rarement à manger...

Départ tardif le lendemain après un déjeuner d'adieu avec tout le monde. J’atteins rapidement Yogyakarta, la capitale de province malgré une circulation dense, faisant l'impasse des principaux temples à visiter à cause de leur prix exorbitant.

En revanche je m'imprègne de la ville à ma façon. J'ai l'occasion de donner une intervention à l'université de kinésithérapie, dans la joie et la bonne humeur comme d'habitude. Puis je découvre les abords de la ville loin à l'écart des touristes, guidé par mon hôte Alfad.

 

 

Départ pour Surakarta, plus communément surnommée Solo. Je roule cette fois sur une large route pas dérangé par la circulation. J’ai une voie entière que je partage avec des camions qui charrient de la terre. Leur lente vitesse me permet de m’accrocher à eux et de me laisser entraîner sur quelques kilomètres.

Je suis accueilli dans une collocation d’étudiant en kinésithérapie dont l'un d'eux avait entendu parler de mon projet. Je me rend de même à l’université pour une petite intervention simplifiée, les étudiants n’étant pas très à l’aise avec l’anglais. Ce serait ici que dans les années cinquante, un thérapeute français aurait introduit le concept de kinésithérapie dans le pays sous l'invitation d'un chirurgien local. La profession s'est depuis développée mais reste pratiquée principalement dans les hôpitaux public, la prise en charge dans le privé n'étant pas encore effective, sauf par des assurances privées.

Une longue et difficile journée me permet d'atteindre Ponorogo le lendemain. J’arrive exténué en fin de journée. Je suis accueilli chez un couple faisant parti d'un réseau de cyclistes local. Rudy est maire du village et met un point d'honneur à m'accueillir dignement. J’assiste donc aux danses et musiques traditionnelles ainsi que la spécialité locale : le Réoc. Le Réoc est une sorte de masque gigantesque qui tient en équilibre sur la tête et que l’on maintient avec les dents. Celui-ci pèse plus d’une quinzaine de kilos tout de même. Il est fascinant de voir des jeunes danser et se mouvoir avec tant d'agilité. Ma tentative sera beaucoup hésitante tentant désespérément de tenir l'équilibre. 

1/4

Je contourne un volcan dont j’ai préféré m’épargner l’ascension, je longe quelques rizières mais globalement les paysages sont devenus très sec sur ce plateau karstique. Cela ressemble presque à la savane. 

J’atteins Tallungagung ou c’est une autre surprise qui m’attend. Borong fait aussi parti de la communauté de cycliste même s’il n’est pas cycliste lui-même. Son activité à lui c'est le parapente. Il possède plusieurs voiles et m’en prête une pour l’occasion. Le plan de vol n’est pas de ce qui a de plus académique, vent de travers, risque d’effet venturi, une antenne à contourner... Je ne suis pas très haut sur l’échelle de confiance. Mais j’arrive cependant à profiter de deux vols avec le plaisir de reprendre de la hauteur.