Mas Gondrong

Mi-Août, me voilà arrivé au sud de l'île de Sumatra, en un peu plus de temps que je n'avais prévu (comme l'ensemble de mon voyage cela dit...). J'embarque sur un ferry direction l'île de Java pour continuer mon épopée indonésienne.

Une fois sur le bateau, je me dirige directement vers les banquettes dans une salle climatisée pour y passer les quelques heures de traversée avec mon bouquin duquel j'ai un peu de mal à décrocher. Alors que beaucoup de voyageurs se seraient postés sur les pontons pour profiter d'observer les manœuvres du bateau et de contempler le littoral côtier. Je me rend compte que la magie du voyage se tarie peu à peu. Disons plutôt que je n'ai pas le même émerveillement qu'avant. Ce ne sont plus les nouveaux paysages et les découvertes qui font vibrer les cordes devenues certainement moins sensibles. Cependant je reste (encore plus?) connecté au moment présent. Si la découverte visuelle m'émerveille moins, il n'en reste pas moins que mes rencontres et les petits moments du quotidien continuent de me faire apprécier mon voyage à sa juste valeur. Je ne considère pas (ou moins) mon quotidien hors norme même s'il est pourvu d'expériences plus diversifiées et plus uniques qu'en moyenne. Mais je continue de défendre l'idée que, même s'il reste bien entendu relativement exceptionnel, mon voyage est surtout un mode de vie, certes un peu moins conventionnel. Une réalité à part entière et non pas un vécu en dehors de la réalité.

On aime bien me demander mon futur "retour à la réalité" en France. La vérité c'est qu'à chacun sa réalité. On pense surtout à travail-famille (patrie? pour les plus conservateur). Mais la réalité n'est pas la même pour le millionnaire qui vit dans l'opulence et le SDF qui dort sous les ponts. Et paradoxalement... si je me sens parfois aussi riche (d'expériences et de plénitude) que le premier, ma réalité ressemble parfois plus à celle du deuxième.

Après une nuit dans une petite ville du nord de l'île, j'embarque dans un bus pour m'épargner les abords de Jakarta à vélo. J'aurais pu faire l'impasse de la mégapole, peu recommandable pour les cyclistes, mais l'association nationale des kinésithérapeutes y est basée. Ils suivent mon avancée et me fournissent contacts dans quelques villes, je considère donc que la visite s'impose. J'en profite aussi pour prolonger mon visa qui arrive à expiration. Encore une fois cela n'est pas sans mal. Ayant eu un appui pour obtenir mon premier visa de deux mois, il me faut me procurer une lettre signée de ce même organisme qui m'avait sponsorisé. Ils doivent donc m'envoyer le pli en express et en recommandé... bref le tout prend une dizaine de jour, et encore j'arrive à négocier les délais.

Je profite de mes obligations administratives pour me rendre un weekend à Bandung, ville située en hauteur et m'épargne quelques jours de la touffeur accablante de Jakarta.

La capitale n'offre d'ailleurs pas grand chose en termes de visites et d'attractions touristiques. A part la place de l'indépendance et la vieille ville, j'y ai vite fait le tour. Mais je suis hébergé par Regina qui vit avec sa famille dans un quartier très traditionnel où il fait bon de déambuler en contemplant les scènes de vie locale. Les maisons détonnent avec les buildings de verre qui nous entourent. Mais le mélange est finalement harmonieux et mon séjour est plaisant. Sans compter que Regina est une cuisinière hors paire et toute la famille s'emploie à me remplumer copieusement.

Mon visa m'est finalement octroyé et je prend la route vers l'Est... en train cette fois ci! La perte de temps dans les tracas administratifs m'ayant cloué sur place plus de temps que je ne l'envisageais. La date de validité de mon nouveau visa ne me permet d'atteindre Bali dans les délais impartis ou tout du moins pas de la façon dont j'aime voyager, c'est à dire en prenant mon temps. Je sors la tête de mon (nouveau) livre après plus d'une heure de voyage et découvre des étendues de rizières verdoyantes. Ces paysages me sont désormais familiers mais difficile de résister au spectacle qu'ils offrent. Malheureusement le tableau est noircies par les rivières débordantes de plastiques en tout genre. Il est impossible de juger, mais l'éducation fait naturellement cruellement défaut face à ce problème d'ampleur. Pour avoir tenter d'en discuter avec des locaux je me suis rendu compte qu'ils n'avaient absolument pas conscience de l'impact engendré et donc que cela pouvait être problématique que de jeter ses plastiques à tout va.

Je débarque à Kebumen, au centre de l’île. Après une nuit sur place j'enfourche mon vélo... enfin !

Je commence sur le plat. Je remonte tranquillement une rivière sur une route secondaire sans trop de circulation. Les kilomètres sont agréables et retrouver le plaisir de pédaler m'est euphorique. Finalement il reste quand même de la magie dans mon voyage. J'attaque ensuite une belle montée sur une route qui s'apparente de plus en plus à une route forestière. Je suis (enfin) de retour dans la nature après mon séjour à la capitale.

J'atteins Wonosobo en fin de journée sous les averses de fin d'après midi, le climat est montagneux déjà et la température drôlement rafraîchie. Je passe la soirée chez Mohamed qui compte ouvrir son propre café sous peu et proposera de la restauration rapide. Au petit déjeuner je cuisine du pain perdu pour toute la famille qui est ravie. Je laisse la recette qu'il mettra à la carte.

Heureux d'avoir pris des forces, une grosse journée m'attend. Je me suis en tête de vouloir aller randonner dans les volcans. Mais pour atteindre la ville de Dieng qui signe le départ de la balade, j'ai 1250m de dénivelé pour quelques dizaine de kilomètres. Heureusement l'excitation de la reprise de mon voyage me fait déborder d’énergie. L'idée me semble réalisable.

Mon ascension débute en douceur. La circulation me fait rapidement m'équiper de mon petit bâton en travers pour tenir à distance les automobilistes trop près(sés). Le ciel se couvre et la température continue de diminuer. Les derniers kilomètres sont les plus pentus et je pose régulièrement le pied à terre. J'arrive finalement bien cassé au camp de base, qui n'en a que le nom. Ce n'est en fait qu'une simple pièce ouverte et légèrement malodorante. J'attends Yusella et sa femme Euis. Ils habitent non loin et devaient m'héberger pour une nuit. Cependant de la famille étant arrivée à l'improviste ils ne peuvent honorer leur proposition mais se sont proposés de m'accompagner dans ma balade. Indonésiens bien caractérisés, ils arrivent avec quatre heures de retard sur l'horaire prévu. Il est déjà vingt heures passés lorsqu'ils arrivent enfin avec quelques uns de leurs amis, frigorifiés car naturellement pas assez couverts.

Ils m’annoncent que le plan est de partir dès ce soir, pour camper au sommet. Après ma journée de vélo j’avoue que je ne suis pas vraiment emballé par l'idée de faire l'ascension à une heure où j'ai généralement rendez-vous avec Morphée. Je traîne un peu des pieds lorsque nous attaquons une ascension de plus de deux heures. Je reste cependant le plus rapide, mes compagnons n'étant pas de grands sportifs, inutile de préciser qu’il m’en aurait fallu moins d’une pour atteindre le sommet. J’entreprend donc de faire la conversation malgré le deuxième sac que je porte, Euis (prononcé euh-isse) ayant coulé une bielle au bout de quinze minutes. Je l'encourage donc à coup de Oh-hisse (la saucisse). L'équipe se prend rapidement au jeu des surnoms et je me vois étiqueté "Mas gondrong", le frère aux cheveux longs, qui va me rester pour le reste de mon séjour.

C’est sans aucun regret que nous atteignons un plateau qui domine la ville toujours noyé dans un brouillard dont nous sommes sortis et devenu luminescent par les lumières de la cité. Au dessus se dresse fièrement le complexe volcanique de Prau, surplombé par une myriade d’étoiles qui se dessinent dans un ciel sombre mais limpide. Le temps est comme suspendu, le silence presque anxiogène. Le coin est réputé et prisé des indonésiens qui viennent admirer le levé de soleil. Les tentes éclairées parsèment l'entendue herbeuse sous une voie lactée scintillante.

Il ne me faut pas longtemps pour sombrer. Je me réveille juste à temps pour contempler le levé de soleil au dessus d’une mer de nuage impassible. Le moment est magique, j'oublie mes courbatures.

Après un petit déjeuner copieux je ne traîne pas et prends le chemin de la descente seul. Yusella et Euis sont originaires de la ville de Magelang, située à soixante dix kilomètres, que je compte atteindre dans la soirée. J’entame donc une belle descente avant que la route ne reparte en ascension un moment le temps de traverser les plantations de thé. Puis les arbustes laissent place à de grandes étendues de tabac qui s’étalent à perte de vue le long des flancs du volcan, ou le long des routes pour sécher. Les indonésiens sont de gros consommateurs, la plupart des hommes fument et commencent parfois très tôt. Il ne m’est pas rare de croiser des gamins de 10-12 ans la clope au bec. Je sais maintenant d’où il provient. J’arrive à Magelang en fin de journée, exténué par les efforts cumulés (mais moins que mes compagnons rentrés en scooter). Je suis accueilli chez Monica, une ami à eux. Pas le temps de me poser, qu'il me faut faire un détour forcé par la cuisine sous l’œil bienveillant de la maîtresse de maison. Je manque rarement à manger...

Départ tardif le lendemain après un déjeuner d'adieu avec tout le monde. J’atteins rapidement Yogyakarta, la capitale de province malgré une circulation dense, faisant l'impasse des principaux temples à visiter à cause de leur prix exorbitant.

En revanche je m'imprègne de la ville à ma façon. J'ai l'occasion de donner une intervention à l'université de kinésithérapie, dans la joie et la bonne humeur comme d'habitude. Puis je découvre les abords de la ville loin à l'écart des touristes, guidé par mon hôte Alfad.



Départ pour Surakarta, plus communément surnommée Solo. Je roule cette fois sur une large route pas dérangé par la circulation. J’ai une voie entière que je partage avec des camions qui charrient de la terre. Leur lente vitesse me permet de m’accrocher à eux et de me laisser entraîner sur quelques kilomètres.

Je suis accueilli dans une collocation d’étudiant en kinésithérapie dont l'un d'eux avait entendu parler de mon projet. Je me rend de même à l’université pour une petite intervention simplifiée, les étudiants n’étant pas très à l’aise avec l’anglais. Ce serait ici que dans les années cinquante, un thérapeute français aurait introduit le concept de kinésithérapie dans le pays sous l'invitation d'un chirurgien local. La profession s'est depuis développée mais reste pratiquée principalement dans les hôpitaux public, la prise en charge dans le privé n'étant pas encore effective, sauf par des assurances privées.

Une longue et difficile journée me permet d'atteindre Ponorogo le lendemain. J’arrive exténué en fin de journée. Je suis accueilli chez un couple faisant parti d'un réseau de cyclistes local. Rudy est maire du village et met un point d'honneur à m'accueillir dignement. J’assiste donc aux danses et musiques traditionnelles ainsi que la spécialité locale : le Réoc. Le Réoc est une sorte de masque gigantesque qui tient en équilibre sur la tête et que l’on maintient avec les dents. Celui-ci pèse plus d’une quinzaine de kilos tout de même. Il est fascinant de voir des jeunes danser et se mouvoir avec tant d'agilité. Ma tentative sera beaucoup hésitante tentant désespérément de tenir l'équilibre.

Je contourne un volcan dont j’ai préféré m’épargner l’ascension, je longe quelques rizières mais globalement les paysages sont devenus très sec sur ce plateau karstique. Cela ressemble presque à la savane.

J’atteins Tallungagung ou c’est une autre surprise qui m’attend. Borong fait aussi parti de la communauté de cycliste même s’il n’est pas cycliste lui-même. Son activité à lui c'est le parapente. Il possède plusieurs voiles et m’en prête une pour l’occasion. Le plan de vol n’est pas de ce qui a de plus académique, vent de travers, risque d’effet venturi, une antenne à contourner... Je ne suis pas très haut sur l’échelle de confiance. Mais j’arrive cependant à profiter de deux vols avec le plaisir de reprendre de la hauteur.

Je suis accueilli dans une généreuse famille (Borong étant marié avec enfants, mais ne comprend pas pourquoi sa femme lui demande où il va et ce qu’il fait à longueur de journée...). Les parents sont d’une gentillesse incomparable et me font sentir comme chez moi. Les enfants, trois frères et une sœur ont hérité de ce goût d’accueillir et inviter du monde chez eux. La maison est presque toujours pleine de voyageurs de passage. Pendant l’après midi la petite clique m'emmène sur les hauteurs du plateau que je n'avais jusqu'alors contemplé que du bas. Les paysages sont magnifiques avec une végétations hétéroclite où culture, jungle, palmiers se mélangent en harmonie. J’insiste pour aller nous baigner mais je serai un des seuls à l’eau, les indonésien étant généralement assez pudiques.

Le soir je rencontre Charlie, cycliste français lui aussi. Charlie c’est mon contraire. Il est parti de Nouvelle Zélande pour rentrer en France, d’abord à la voile et maintenant à vélo. Nous partageons longuement nos expériences respectives. Il est temps de faire mes adieux à tout le monde malgré l'envie de prolonger un peu mon séjour.

La route est dans un premier temps très agréable, bordée d'arbres qui m'apporte de la fraîcheur. J'arrive à Malang en fin de journée bien fatigué. Le lendemain je pars un peu tardivement, comme toujours. Les locaux qui m'accueillent cherchent toujours à s'assurer que je ne parte pas le ventre vide, il faut attendre certains pour pouvoir dire au revoir à tout le monde, ce qui fait que mes départs sont souvent (longuement) retardés. Mais ils m'offrent en échange logis et couvert je ne peux donc jouer l'impoli. Je me lance dans l'ascension du mont Bromo. Volcan incontournable sur l'île de Java. J’ai décidé de passer par des routes secondaires pour m’éviter de payer le droit d’entrée qui n’est encore une fois pas donné pour les étranger. Mais je déchante vite en me retrouvant sur des petits chemins de montagnes. Fichu GPS. Les chemins que j'emprunte sont poussiéreux et super raide, je pousse mon vélo tant bien que mal devant le regard médusé de paysans locaux. Je fini par retrouver une route asphalté, mais dont la pente ne diminue pas pour autant, j'ai parfois même des difficultés à pousser mon lourd vélo. L’ascension est longue et difficile. Mon objectif d’atteindre les abords du sommet se voit vite abandonné. J'avais de toute façon quelques doutes sur la faisabilité de gravir les 2400m de dénivelé positifs dans la journée.

Je jette mon dévolu sur un petit village installé sur un éperon pour y passer la nuit. Impossible de trouver un endroit où planter la tente, tout n'est que cultures ou propriétés privées. Je dégote une cabane abandonnée et demande l'autorisation d'y passer la nuit. Les habitants sont récalcitrants et ne semblent pas comprendre ma requête. On va chercher l'Imam du village. Je sais d'office que l'issue sera favorable. Il a le visage de l'homme bon et bienveillant et me propose une petite salle accolé à la musholla (petite mosquée) où sont entreposés tapis de prière et matériel. Il y a même un matelas. L’avantage des mosquées est qu’il y a toujours un point d’eau. Durant le sermon du soir les enfants sont à la fenêtre à m’observe cuisiner et manger. Je suis ensuite convié pour passer la soirée dans la famille de l'Imam. Je repars tôt le lendemain, avant même la prière du matin. La montagne se réveille doucement, tout n'est que silence dans la lumière claire de l'aurore. Je roule aisément dans un premier temps à travers les cultures.

Je perçois le sommet du mont Semeru, que je ne peux identifier à ce moment. Un panache de fumée s'en échappe. Il faut savoir que les volcans aux alentours sont actifs et fréquemment fermés au public pour risque d'éruption. Je suis sans réseaux, et naturellement personne ne connait ma position ma position ayant changé d'itinéraire. Mais la fumée se dissipe déjà, c'était juste un petit prout matinal.

Je me retrouve rapidement dans des pistes forestières et perd l’asphalte qui est remplacé par une épaisse couche de cendre volcanique. Pédaler devient impossible et je me retrouve à pousser le vélo sur plusieurs kilomètres, mais toujours face à des paysages grandioses.

Je ne verrai pas le sommet qui est impossible d’accès à vélo. Mais c’est très bien comme ça. A l’embranchement avec la route principale c’est le balais de Jeep et de motos. Le site est énormément fréquenté et je perd la magie du moment, mais pas la fierté d'être monté à vélo.

Je déjeune à un point de vue, sous les regards de locaux. Je cuisine des nouilles, la base du voyageur en Asie. Et mes compères cherchent désespérément le riz qui devrait accompagné mon repas. Nous avons l’adage « repas sans pain, repas de rien ». En Indonésie c’est pareil avec le riz.

Je prend la route de la descente qui plonge rapidement dans les nuages que je surplombais jusqu'à maintenant. La température chute d'un coup, la luminosité diminue alors que j'entre dans une forêt d'arbres aux grands troncs. Ambiance garantie.

Je suis accueilli à Lumajang. Kun qui m’héberge fait parti d’une communauté de cycliste et m’inscrit pour une sortie du club le lendemain, malgré mon refus. Fatigué de la veille le départ est à 5h… dans la joie et la mauvaise humeur. Je subis les incontournables photos avec plusieurs des membres puis on charge les vélos dans des camions. Ah oui c’est une sortie vélo mais on fait juste un petit tour en descente. Pas question de faire trop d'effort non plus. Nous prenons la route à flan de volcan, et nous enfonçons dans la brume matinale. N'étant pas habillé, j'arrive complètement congelé. Nous prenons un rapide petit déjeuner pré emballé... et tous les emballages terminent dans la nature. Je commence à perdre mon sang froid d'autant qu'il est facile pour les camions qui rentrent en ville de ramener nos déchets. Mais cela ne semble pas avoir effleuré l'esprit de mes compagnons. Nous n'avons pas fait cinq kilomètres que nous nous arrêtons dans une rivière pour une première pause photos et selfie... qui dure plus de dix minutes. La journée s'annonce longue. Finalement je m'écarte un peu du groupe et le reste de la journée se passe relativement bien à travers les rivières et petits villages authentiques.

Fort de mon expérience la veille, j'attaque une nouvelle journée sur de petites routes secondaires et à travers les rizières. Si le revêtement de la route ne facilite pas ma progression les paysages restent magnifiques et je peux profiter du calme qui y règne. Je souffre toujours du bruit général en Indonésie qui laisse rarement du répit à mes tympans.

Les rizières laissent doucement place aux cultures de cannes à sucre. C'est la première fois que j'en traverse en Indonésie, à ma surprise puisque le pays est aussi gros consommateur de sucre, toute boisson devant avoir une dose généreuse de saccharose. Les plantations s'étalent sur des dizaines de kilomètres et un système ferroviaire a même été mis en place pour faciliter la récolte. Je reste sur de petits chemins éloignés des axes principaux avant de terminer à la raffinerie, guidé par l'odeur atypique du traitement de la canne à sucre.

Ma dernière journée sur l'île s'annonce un peu longue, je commence à fatiguer de l'accumulations de journées sans repos. Je poursuis cependant sur des petites routes secondaires, parfois à me perdre dans les plantations. C'est ce qui me manque le plus en Indonésie. Il n'est pas toujours évident de s'éloigner des axes principaux, soit à cause du manque d’infrastructures (routes ou ponts), soit à cause du relief. Mais dans cette région, la configuration des cultures le permet. Je retrouve aussi la surprise et la fascination dans le regard des gens, bien peu habitués à voir passer des voyageurs sur ces chemins. Ils me saluent chaleureusement... pour mon plus grand plaisir. Je réalise que les salutations ici me paraissent honnêtes, venant d’un intérêt profond. Bien souvent, les salutations en Indonésie m'étaient lancées à la volée, même si restant une marque de politesse. Le changement est flagrant, l'effet est immédiat.

Je passe la soirée en auberge, la première sur l'île de Java (exception faite de mon excursion à Bandung). J'ai passé la plupart de mes nuits chez l'habitant durant les trois derniers mois dans ce pays. L’accueil des gens est sans équivoque et me rappelle mon passage en Iran. De même que les selfies à longueur de temps...

Je traverse en ferry, rapidement. Une chaleur sèche m'accueille à Bali, les premiers abords sont assez désertiques. Je longe la côte nord pour prolonger mon chemin avant de me rendre à Denpasar. Le changement de culture est radical. Alors que Sumatra et Java sont principalement de confession musulmane, Bali a une dominante hindoue. Les temples bordent les routes et les habitations. L'ensemble de la population est généralement vêtue d'habits traditionnels, même pour les plus jeunes, ce qui est souvent rare. Je passe une soirée dans un hostel, dont le gérant me laisse camper sur le toit. Je décide de couper à travers l’île pour apercevoir les lacs et volcans du centre. Je me lance dans une ascension bien escarpées par une route secondaire. La route est peu fréquentée et il m’est impossible de trouver un restaurant. Je fini par cuisiner mes nouilles devant une petite échoppe. Naturellement, après mon forfait accompli je tombe sur un restaurant avec vue… ce n’est pas faute d’avoir demander!

Durant la montée je découvre une activité que je ne connaissait pas. Quelques bonshommes sont perchés en haut d'échelles rudimentaires faites d'une tige de bambous sur laquelle sont plantés quelques travers qui font office de barreaux. L'échelle est apposée à même les arbres et tient en équilibre précaire, dissimulée dans le feuillage. Mais cela semble pas intimider ces acrobates qui causent sur leur bambou haut perchés, ce qui a attiré en premier mon attention.

Ces arbres sont en fait des girofliers, dont on récoltes les boutons floraux que l'on fait sécher pour en faire l'épice.


Arrivé sur un plateau c'est mon hôte qui me fait défaut. La géolocalisation qu’il m’a envoyé est erronée. Je suis perdu dans la pampa et les gens se demandent bien ce que je fais là, après m'avoir confirmé que mon hôte n’habite pas ici lorsque je leur montre la photo de celui-ci. Mais je suis invité à l’attendre autours d’un café et des explications des traditions hindoues que je ne connais que trop peu. Je fini par camper près du golf, dans une aire aménagée. Le propriétaire me fait faire le tour de ses plantations, ses jardins, et son camping dans les dernières lumières du crépuscule.

J’enchaîne sur une longue descente pour retrouver Denpasar. La capitale de l'île est à l’image que j’avais de la région: beaucoup de touriste, de magasins et de bars qui vont avec. Dans l’ensemble le reste de Bali est certes touristique mais cela reste possible de ne pas être envahi par la masse qui reste dans le sud de l'île. Tout est fait cependant pour offrir de beaux points de vue afin de rapporter de belles photos plutôt que des souvenirs, ce qui s'est imposé comme une dominante dans le marché du tourisme.

Mon visa indonésien arrive à expiration. Déjà trois mois que j’ai passé dans ce pays. Il me faut le renouveler et pour cela il n’y a qu’une seule issue : sortir du pays et y entrer de nouveau.

Pour l’occasion j’ai décider de retourner à Singapour puis en Malaisie, pays dont j’étais resté un peu sur ma faim lors de mon précédent passage. Céline, une cousine éloignée dont je suis proche me rejoint pour ce petit périple des destinations que je n’ai pas fait à vélo : Ile de Langkawi, Penang, Melaka…

Un break bienvenu dans mon périple dont je vous met quelques extraits légendés.

Me voilà désormais de retour à Bali. J’ai récupéré mon vélo que j’avais laissé chez des cyclistes locaux. Je suis prêt à reprendre l’aventure. Je passe quelques jours à Ubud dont l’atmosphère est plus paisible et tranquille que Denpasar pour terminer ces quelques lignes.

Je me dirige toujours vers l’Est. Le programme est de continuer le long des îles indonésiennes pour atteindre le Timor Oriental qui signera la fin de mon périple asiatique et mon entrée en Océanie…


Et de me rapprocher très sérieusement de ma destination finale!



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