Petites îles de la Sonde

Je termine mon séjour sur l’île de Bali à Ubud. La ville n'est pas moins qu'un lieu très touristique où croiser un local y est assez difficile. L'avantage est dans les structures qu'elle apporte : auberges à bas coût, restaurants occidentaux, studio de yoga... Naturellement les prix vont de paire avec la fréquentation. Bien que touristique Ubud a gardé un certain charme avec ses rizières et ses temples Hindous. L'atmosphère y est plutôt calme et agréable. Je quitte mon auberge après quelques jours avec la bonne compagnie de Gwen et Morgane, françaises en vacances.

La route pour rejoindre la côte est appréciable, la circulation supportable. La dense végétation me fourni de l'ombre pour me protéger des rayons du soleil. Dès lors que je quitte l'hyper centre, les masques tombent, celui des locaux avides et celui du voyageur frustré de l'unique échange pécuniaire. Rapidement ce sont plutôt les sourires honnêtes et les salutations des enfants. J'atteins le port pour traverser en direction de l’île suivante.

Les abords de Lombok me séduisent immédiatement, j'arrive en fin de journée avec la lumière chaude du soir. Je prends la direction du sud pour me rendre à Kota. L'accueil des habitants fait fondre les restes de ma carapace instantanément. Des gens heureux et chaleureux, des sourires à la pelle, je tombe instantanément amoureux de l’île. Je prends une petite route qui traverse par les terres intérieures. J'assiste à une succession de petits villages authentiques. Après une rude montée j'atteins un plateau aménagé de rizières. Les rayons sont désormais rasant et les ombres s'étiolent. L'appel à la prière du soir rajoute un charme indéfinissable au moment. Les derniers rayons du soleil me sortent de ma rêverie, la nuit tombe vite et aux vues de la distance qui me sépare j'ai peu de chance d'atteindre ma destination ce soir. Je tente ma chance près de jeunes pour trouver un endroit où planter la tente, sans succès. Je suis au milieu de nul part, sans eau et sans nourriture, préparé comme jamais à mon retour sur la selle. C'est Jumadil, qui au détours d'une petite montée m'interpelle et m'invite à passer la nuit avec sa petite famille. La carapace a totalement cédée et je retrouve mon voyage et mes valeurs. Une bonne partie de la famille défile durant la soirée. Au petit matin, je suis invité à passer à la madrassah du village, école islamique où enseigne l'oncle de mon hôte.

Je poursuis ma route sur ce plateau, les rizières s’enchaînent, jaunies par la fin de la saison sèche. La saison des pluies ne devrait pas tarder et commence même à se faire attendre par les locaux, mais pas pour moi égoïstement. Quelques mosquées pointent ici et là à travers le paysage. J'ai quitté l’Hindouisme balinais pour un retour à l'islam.

J'arrive à une première plage, magnifique... mais très touristique. Elle est bordée de parasols à louer et impossible de faire un pas sans être abordé pour me vendre quelques chose, je me pare de ma carapace de nouveau. Les voyageurs tentent tant bien que mal de surfer quelques rarissimes vagues.

Je continue jusque Kota, qui est à l'instar de son homologue balinaise. Des restaurants, des hôtels, des touristes... Mais l'atmosphère y est moins surchargé. Je rencontre un groupe de français expatriés et gérants de divers commerces en ville. Je prolonge du coup mon séjour d'une nuit pour profiter des infrastructures et des plages à proximité. Il faut de tout pour faire un monde et pour satisfaire tout le monde. Quoi qu'on en dise ces lieux de tourisme de masse permettent de protéger quelque peu le reste du monde. Merci donc à eux d'exister. Si ces voyageurs ne se retrouvaient pas tous dans ces même lieux, il y aurait beaucoup moins pas d'endroits préservés et reculés, ceux-la même que recherchent un autre type de voyageurs dont je fais parti.

Direction Mataram. Belle route peu circulé, toujours le long de rizières en friche ou asséchées. Ici Yosua m'accueille dans sa famille. Le hasard a fait que nous nous retrouvons à trois voyageurs en même temps chez lui : Devin un américain un peu fou et David, l'espagnol qui ne remonte pas beaucoup le niveau. Nous passons une soirée tous ensemble. Comme à mon habitude je prolonge mon séjour pour profiter le lendemain de l'exploration locale. Des rizières encore mais dans un cadre très différent. En effet des résurgences venues du volcan non loin font de cette partie de l'île un lieu continuellement très humide, malgré l'absence de pluie depuis des mois. Ainsi nous parcourons ce havre de verdures, sillonné de rivières et de cascade. Nous terminons au traditionnel couché de soleil sur la plage.

Je longe la côte en direction des îles Gili. De belles plages paradisiaques s’enchaînent, épargnées par le tourisme pour l'instant, ce qui ne devrait pas durer très longtemps. Les Gili font déjà les frais. Petites îles paradisiaques prises d'assaut. Je porte mon choix sur Gili Air, la moins mouvementée en terme de vie nocturne. La journée est ventée et la mer agitée. Je dois tenir mon vélo en équilibre sur notre petite embarcation sommaire.

La saison est sur la fin globalement en Indonésie et les établissements de plus en plus désert. Paradoxalement il n'y a rien de pire pour accentuer mon sentiment de solitude. Comme je ne cesse de le répéter : il y a une grande différence entre être seul et se sentir seul. Et bien souvent ce sont dans les lieux touristiques que je fais fasse à ma solitude et rarement lorsque je campe seul dans la nature. Alors un lieu touristique déserté... semble assez sordide. Mais un petit groupe d'écossais se retrouve à la même auberge que moi et nous décidons de passer la journée du lendemain ensemble pour une journée de snorkeling (palme, masque, tuba). Les tortues sont au rendez-vous.

Direct vers l'est, le retour se fait sur une mer plus calme. Je longe la côte entre plages et rizières. Je m’arrête manger en bord de mer, poisson frais au barbecue. J'arrive aux abords du village de Senaru après une petite côte. Senaru signe le départ de randonnée pour le volcan Rinjani qui domine l’île du haut de ses 3726m de dénivelé. De nombreux établissement sont fermés ou en cours de démolition. C'est la première fois que je vois les vestiges du tremblement de terre qui a secoué l’île il y a plus d'un an.

J'arrive dans un petit village où je trouve une chambre typique chez l'habitant. Le temps de traverser le village que la file d'enfant s'étire comme une longue traîne derrière moi. Arrivée en grande pompe !

Après avoir déposé mes affaires j’enfourche mon vélo de nouveau pour me diriger vers les cascades à flanc de montagne. Un petit 400 m de dénivelé au cas j'en ai pas encore eu assez de ma journée.

Retour à l'auberge et dîner sur place avec la deuxième moitié du poisson acheté pour le déjeuner, copieusement arrosé de brem, alcool local à base de riz gluant, et d'anecdotes de mon hôte sur les traditions de son village où les rituels sont nombreux. Je repars le lendemain sans oublier de m’arrêter à la mosquée du village. Un des joyeux du patrimoine de l'île étant construite en bambou au XVIIème siècle...

Le paysage devient de plus en plus sec et la chaleur se fait vite ressentir. Je suis une camionnette dont la benne est remplie de jeunes enfants avec leurs mères. Cheveux au vent, sourire aux lèvres dans ce mode de transport bien local en Asie. Les enfants me saluent, les parents aussi. Je les suis un moment, leur sourire et leur salutations me font oublié le mercure qui grimpe et la route aussi.

J’enchaîne des montées et descente dans un paysage aride ce qui ne facilite pas mon avancée. Les plages sont de sable noir, très sauvages dans l'ensemble bien que toujours autant polluées. Une fois retrouvé le proche littoral je m’arrête pour déjeuner et laisser passer les heures chaudes. Je reprends mon rythme thaïlandais, vélo le matin, repos en début d'après midi et derniers kilomètres en fin de journée. Je termine ma journée chez Ilham. Je suis vite intégré comme un membre de la fratrie par la famille. Il faut dire que je ne manque pas d'apporter une portion de martabak !

Ilham est en congé en ce dimanche. Il me propose de me faire visiter quelques attractions notables de l'est de l'île à scooter. Il n'hésite pas à m'emmener en diverses endroit éloignés. J'aurais ainsi parcouru la plupart de l'île.

Je prends le ferry tôt le matin. Enfin aussi tôt que je le peux, le temps de déjeuner et de dire au revoir à la famille. Sumbawa est la prochaine île. Très aride aussi et encore plus chaude que Lombok. Les températures avoisinent les 42°C dans l'après-midi ! Je n'atteindrai pas la ville de Sumbawa Besar à temps. Je campe près de la mer, après un nasi goreng (riz frit). Une soirée relativement loin de la civilisation et de la pollution sonore de l'Indonésie. La journée de la veille m'ayant particulièrement fourbu, je traîne le matin. Pas très motivé je reste sur Sumbawa Besar après deux heures de vélo. Jia m'ouvre la porte de chez elle. Il est peu commun de voir une femme habiter seule en Indonésie.

Une longue journée de vélo, commencée tôt pour limiter l'impact des grosses chaleurs diurnes. Je reste une nouvelle fois dans une petite hutte d'un restaurant en bord de mer pour déjeuner et me reposer. Poisson au barbecue comme généralement. Mon repas est malheureusement gâché par le déversement de plastiques en tout genre de la part des clients et du personnel. Je me sens de plus en plus impuissant face à ce problème de taille majeure. Finalement au moment de partir je traduis à la tenancière un petit texte informatif, stipulant surtout que son commerce est basé sur le respect de la faune marine, d'autant que l'établissement possède des jerrycans d'eau potable, il est plutôt facile d'éviter toutes ces bouteilles en plastique.

Le soir je trouve un même genre de restaurant et squatte la hutte pour y passer la nuit. Un russe passe la nuit à la hutte voisine, il semblerait que je ne sois pas le seul a avoir eu l'idée.

Nouvelle journée au bord de la côte cisaillée du nord de l’île. Je commence très tôt le matin et roule une vingtaine de kilomètres dans les premières lueurs du jour. J'atteins un petit village et trouve une gargote pour prendre mon petit déjeuner. L’Indonésie s'éveille doucement. Au loin la ligne d'horizon ne se distingue que difficilement entre la brume matinale et la mer argentée. Seuls quelques navire permettent la démarcation. Au centre un ponton semble s'étirer vers l'infini.

J'enchaîne avec une belle côte qui mène à l'intérieur des terres. Un bruit sourd me sort de mes pensées. Un camion approche, lentement. Sa vitesse n'est guère plus élevée que la mienne. J'en profite pour m'accrocher et profiter d'un peu d'aide. Mon papa m'avait bien dissuadé de ce genre de choses, mais il n'est pas là pour m'engueuler... Mon chauffeur n'hésite pas à rester au milieu de la route pour me laisser de l'espace, obligeant les autres automobilistes à se ranger. Les rôles s'inversent le temps de la montée. Quelle montée d'ailleurs? Je ne l'ai pas vu passer, juste vu la tête hilare de mes compères.

Après une sieste énergisante je trouve une cascade située à une vingtaine de kilomètres. Je termine une longue journée de vélo. Une ombre silencieuse se joint à la mienne. Un cycliste local m'accompagne pour les cinq derniers kilomètres, apportant l'énergie qui commençait à me manquer.

J'achète des provisions à la supérette du village. Mais la bonne femme trop désireuse de bien faire a finalement décidé de me cuisiner mes nouilles alors que je sirote un jus. Sauf que j'avais inclus mon repas du lendemain dans ma commande... Je me retrouve avec un saladier entier de nouilles mélangées aux œuf formant une plâtrée limite digeste... que je fini bien entendu !!

Une cascade se situe en contre bas du village. Je trouve un endroit plat pour planter la tente. Après un bain dans la rivière je suis prêt pour une bonne nuit réparatrice... mais c'est sans compter sur les visites régulières.

La proximité de mon campement avec le village a éveillé la curiosité de certains qui n'hésitent pas à venir à une heure relativement tardive. Heureusement avec des gâteaux pour attendrir mon caractère peu avenant dans ces moments-là.

Je retrouve ma commerçante au matin pour un café. Pas de repas gargantuesque cette fois, j'ai des gâteaux à finir ! Je profite aussi de l'atelier attenant pour faire quelques réparations. Autant que cela serve de manger dans les vapeurs d'essence... Je retrouve la côte et un magnifique golf semé de marais salants.

Je passe Bima au moment de la prière du vendredi. Si j'ai l'habitude de la vie au ralenti à ce moment là de la semaine... je suis surpris de découvrir une ville cloisonnée et une circulation interdite. Les rues sont absolument désertes et tout commerce naturellement fermé... ce n'est pas maintenant que je vais trouver quelque chose pour remplir mon estomac ! Je poursuis donc et arrive à une belle côte. Cette fois ci pas de camion, tout à la force des muscles et sous un soleil de plomb. J'atteins un plateau et mange dans un village avant de descendre en direction de la côte est de l’île. Sape marque la fin de mon rapide périple sur l'île. Il faut dire que je suis tenu par un visa qui arrive à échéance.

Je passe la nuit chez Puang Min qui habite dans un petit village un peu plus au nord. A mon arrivée un attroupement d'enfants est sur la plage. Ils jouent par binôme avec des cerfs volants de fortune qu'ils manipulent directement avec le fil de nylon tranchant. Le tableau me renvoie immédiatement aux scènes magnifiquement relatées dans le livre « les cerfs-volants de Kaboul ».

Le matin je me dirige vers le port. Je fais le plein de nourriture pour une traversée qui s'annonce durer sept heures. L'horaire du bateau quotidien censé partir à neuf heures a changé la vieille... il part désormais vers 16h. Je passe donc la journée à attendre au port en compagnie de quelques voyageurs eux aussi pris de court. Il nous faudra attendre encore sur le navire que tout le monde embarque et s’apprête. Au loin s'échappe quelques panaches de fumée issus de petites éruptions sporadiques du volcan Sangeang.



Finalement notre bateau prêt, nous larguons les amarres vers près de 19h, juste après avoir pu contempler les dernières lueurs du jours baigner le port de ses teintes rougeoyantes. Le temps semble passer au ralenti sur les petites îles de la Sonde.




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