Aotearoa

Les derniers temps ont été assez mouvementés et j'ai délaissé les écrits. Je vous ramène donc quelques mois en arrière, c'est à dire... début décembre !


Je suis à Auckland, de retour du Northland et de cette étape magique au Cape Reinga et ses plages alentours. Pour éviter de faire la même route j'opte pour un ferry qui me mène sur la péninsule de Coromandel, très sauvage et touristique à la fois. J'arrive avec la nuit. Le bus qui relie le port à la ville ne compte qu'un passager. Et pourtant, je me vois l'accès refusé car interdit au vélo par le règlement. Parfois l'Asie et ses manques de légiférations me manque... Le bus part donc presque vide et moi je parcours la dizaine de kilomètres sur la nationale étroite dans la nuit. Je passe la nuit dans une auberge et prends la route tôt le matin. La route grimpe jusque me mener à un col qui m'offre une vue sur la ville et ses alentours. Des ilots arborés dans la baie donnent au paysage un charme paisible.



Une belle descente me conduit à Matarangi où Lucy possède un terrain. C'est le weekend et elle invité une bonne partie de ses amis. Nous passons la journée sur l'une des plus belles plages de Nouvelle Zélande.



Le lendemain je continu sur la côte est de la péninsule. La route est sinueuse et nivelée. J'enchaine montées et descentes et rapidement une pluie fine s'invite à la partie. Après avoir traversé sur le petit ferry de Whitianga je me dirige vers Hot water beach où je retrouve Julien et Thomas, deux français rencontrés à Taupo quelques mois auparavant. On y trouve ici une source d'eau chaude à même la plage. Il est donc coutume de creuser dans le sable une petite piscine chaude. Mais la marée haute ne rend pas la chose facile et on patauge dans une eau tantôt trop chaude tantôt trop froide, balayée par une vague. Nous nous lassons rapidement et prenons la route vers le sud pour passer la nuit dans une auberge. Je prolonge d'une nuit tant l'auberge est accueillante. Je continue ensuite vers Waihi où je passe la nuit chez l'habitant. Une dernière journée sur la route principale et j'arrive à Tauranga où je passe deux nuits. Tauranga est une des villes principales de l'île du nord. Un large port en fait un point stratégique commercial. Ici s'exporte des quantités incommensurables de bois provenant des plantations alentours, richesse première de la région. Je profite du beau temps pour une petite marche sur le "mont" qui domine la ville, et situé en bord de mer.



Je reprends la route par les terres jusque arriver un peu avant Whakatane. Ici c'est Markus qui m'accueille. Markus est un cyclo finnois avec qui j'ai été en contact pendant la traversée de l'Asie centrale, nous étions à quelques centaines de kilomètres l'un de l'autre. Il est établi ici depuis plus d'un an et travaille dans une ferme laitière. Il me reçoit avec tous les honneurs et la compréhension d'un voyageur à vélo. Très vite ses voisins nous invitent à passer chez eux. Je ne sais plus pour quelle occasion exactement mais ça picole. Ils sont voisins depuis près d'un an mais ne se connaissent pas. Nous en venons très vite à parler de nos voyages respectifs. Deux mondes complètement différents. Ces jeunes devant nous, d'à peine une vingtaine d'année ne connaissent que leur ferme. Après avoir lâché les études au plus tôt ils travaillent tous dans la ferme familiale et ne connaissent que très peu au delà de leur champs, pas même les points d'intérêts locaux. Lorsque je leur annonce mon projet de grimper la montagne la plus proche et visiter les attractions ils décident de m'accompagner, alcool aidant. C'est ainsi que je fini par jouer les guides touristiques. Après l'ascension nous allons à une cascade, assez connue dans le pays. En effet l'eau provient d'un lac en amont, mais elle disparait sur quelques centaines de mètres pour resurgir au milieu de cette falaise. C'est la première fois qu'ils viennent ici, à 20 minutes de chez eux.



Sur le retour nous traversons une de ces forêts de pins. Une abatteuse est à l'œuvre: une immense machine avec une pince géante qui saisi le tronc de l'arbre, le coupe et le propulse au loin en taillant toutes les branches dans la foulée. En 2 minutes de notre arrêt c'est pas moins d'une vingtaine d'arbres abattus. Une telle machine peut aller jusque plusieurs milliers dans la journée. Nous terminons la journée aux sources d'eau chaude de la ville voisine.

Je poursuis le long de la côte, passe Whakatane. Peu avant Opotiki je casse ma chaine. Il me manque un maillon pour réparer, il semblerait qu'il soit passé à la trappe au moment du check up. Un local me propose de charger mon vélo sur son pick up et m'amène à Opotiki pour changer ma chaîne. Un kiwi de terroir encore une fois, pendant tout le trajet il m'explique que les vélos n'ont rien à faire sur la route... Allez comprendre!

Près d'Opikiti c'est Fraser qui m'accueille. Il vit sur les hauteurs dans sa plantation d'avocat qui domine la mer. La météo s'annonce gâtée les prochains jours alors je négocie de rester quelques nuits en échange d'un coup de main. Me voilà à déverser des granules de fertilisants sur les arbres à longueur de journée, tout ce que j'aime! Il est impressionnant de voir tous les produits chimiques utilisés en agriculture en NZ. J'en profite quand même pour faire le plein d'avocat et de profiter du cadre idyllique de sa plantation.



La pluie passée je quitte la côte pour me diriger vers Gisborne. J'avais prévu de faire le tour par le cap Est mais la route sinueuse bondées de camions de troncs d'arbres m'a été hautement déconseillée. Je passe donc par les terres, empruntant une petite route forestière. Je commence par remonter une gorge sauvage, le long d'un cours d'eau, avant de doucement prendre de la hauteur pour atteindre des plaines herbeuses où des montons paissent paisiblement. Le paysage me renvoie directement deux ans en arrière lorsque je sillonnais les plaines de l'Asie centrale. Le dépaysement est total, pas de circulation, personne aux alentours. J'ai la nette impression d'évoluer dans les plaines kirghizes. Un sentiment de nostalgie mêlé à de l'apaisement m'envahi, je me sens en terrain connu qui me fait apprécier encore plus ces longues journées à rouler aux portes de l'Himalaya. Une belle journée dans le temps et hors du temps.


Je passe la nuit dans un camping avant de redescendre pour rejoindre la côte opposée. Gisborne est une petite bourgade isolée située en bord de mer sur la côte Nord-Est de l'île du nord. Le centre ville est charmant et diffère des centres villes de tôle et de verre partout ailleurs en NZ. Le pays étant assez nouveau il n'y a que très peu de bâtiments historiques dans le pays et la vielle pierre me manque. Je passe deux jours sur place et retrouve des amis rencontrés à Taupo. Tout le monde travaille à droite et à gauche alors il n'est pas rare de se recroiser dans le pays.



Je reprends la route par les terres pour éviter le trafic côtier. Après une rude journée et des montées régulières j'arrive en fin de journée à Frasertown. Ici c'est Graeme qui m'accueille. Enfin si on peut dire, car Graeme est absent. Il a cependant accepté ma demande et me laisse camper dans le jardin en son absence. Il a des poules, un grand jardin potager, des arbres fruitiers, un jacuzzi extérieur. Je ne suis pas trop à plaindre!



Je reprends la route cette fois sur la route principale. La zone regorge de plantations de pins ici aussi. Les camions sont nombreux, chargés de troncs, conduisant à toute vitesse sur la route étroite. Après plusieurs frayeurs et moments dangereux je m'arme d'une branche en travers sur laquelle je place une canette éventrée. Je ne me fais pas beaucoup d'amis dans ce pays où la voiture est reine et les camions rois, mais cela me permet de les tenir à distance et de protéger ma vie. La journée est d'autant éprouvante que le soleil tape fort. Je passe la nuit sur un aire de camping près d'un lac non loin de la route. Le calme règne et c'est agréable après cette folle journée. J'en profite aussi pour me baigner, l'été commence à être bien installé en cette mi-décembre.



Je termine le lendemain à Napier, une autre petite ville de la côte Est, coquette et ensoleillée.



Après quelques jours sur place il est temps de me rediriger vers ma base stratégique: Taupo! Je grimpe dans un bus puisque la seule route qui y mène est très circulée, avec aussi beaucoup de camions. Aussi le trafic s'est intensifié avec les vacances qui approchent. Une aubaine pour avoir plus de travail pour ma part.

Je retrouve la clinique où j'ai pris mes marques, l'auberge de jeunesse, le studio de yoga où je pratique et désormais enseigne, mes collègues, mes amis. Je reprends vite mon petit rythme. Je passe les fêtes de fins d'années accompagné de joyeux voyageurs loin de leur famille aussi. Je retrouve notamment d'autres cyclistes français. Guillaume que j'ai rencontré sur l'île du sud ainsi que Valentine et Gaël, des néophytes croisés à Auckland.

Je passe le mois de janvier et mi février à profiter du lac et des montagnes aux alentours en dehors du travail. Je réalise notamment le Tongariro crossing, une majestueuse randonnée à travers les volcans qui dominent le lac et que j'admire généralement depuis ma fenêtre. Un véritable voyage sur une autre planète, pas besoin d'aller sur Mars.


Mi Février approche. Le compte en banque un peu renfloué il est temps de reprendre la route avant que l'automne arrive. J'ai pris mes aises à Taupo et il n'est pas facile de quitter le confort et la facilité. Bercé par la mentalité globalement anti cyclo (sur route j'entends) de la Nouvelle Zélande, je passe ma première journée à me demander ce que je fais ici et surtout pourquoi, alors que la plupart des voyageurs sont en van dans ces contrées. Je me dirige vers un sentier particulièrement couru à vélo, le "Timber trail". Pour m'éviter le détour pour retrouver le départ je décide de couper à travers le bush. La grande différence entre la Nouvelle Zélande et l'Europe est la privatisation des terres. Pratiquement aucunes terres n'est public en NZ. Tout est cultivé, restreignant les possibilités de voyager librement. Car si camper est exclu, traverser certaines parties peut s'avérer interdit aussi, même si la route ou le chemin est sur la carte. C'est ainsi que j'atterri sur une plantation de pins, et la route a été laissé à l'abandon sur plusieurs centaines de mètres.

Après quelques kilomètres sur une belle piste pour le coup (business is business) j'atteins un sentier. J'ai demandé confirmation par mail au garde forestier s'il était praticable à vélo. Réponse nuancée, ce n'est pas destiné pour le vélo mais pas interdit non plus. C'est un euphémisne! Le sentier est étroit, dans une végétation dense, des racines et des troncs barrent le sentier ainsi que des herbes coupantes. Le panneau indique quarante minutes pour 1 km, la couleur est annoncée. Je dois pousser, porter mon vélo et mes sacoches, faire des allers retours. Mais je dois admettre que l'expérience est grisante est authentique en plein bush néo-zélandais.



J'arrive en fin de journée exténué à Bog-in hut. Ces fameuses cabanes qui servent de refuge aux randonneurs. Je rejoins le trail au petit matin après une bonne heure de galère. Timber trail est un "must do" sur l'île du nord. Le sentier emprunte en partie une ancienne voie ferrée qui servait à l'exploitation de la forêt primaire au début du siècle dernier (timber=arbres/bois). Il est très couru, pour le coup beaucoup d'argent a été investi, parfaitement aménagé avec de longs ponts suspendu qui traversent des gorges. Les paysages s'enchainent époustouflants, dans une forêt qui jadis abritait de grands arbres centenaires mais qui ont été presque tous rasés. La nature reprends doucement ces droits cependant. Le long du chemin, beaucoup de panneau explicatifs, de vestige des campements, anciennes locomotives ou wagon. Le travail fut colossal, même pour l'aménagement de la voie ferrée qui réalise une spirale à un endroit. Je termine en fin de journée à l'aire de camping à la fin du trail. Une journée riche en paysage et en découverte culturelle. Mes questionnements sur mes raisons de voyager à vélo se sont dissipés, c'est bien pour ça que j'utilise ce moyen de locomotion.







Cette journée marque aussi un nouveau cap symbolique de mon voyage puisque je passe la barre des trente mille kilomètres.






Le lendemain je récupère une route national pour me diriger vers National Parc, c'est le nom du village au pied des volcans. Je suis désormais au sud du lac Taupo que j'ai contourné par l'ouest. La journée n'est pas facile. Barbouillé, certainement par l'eau consommée la veille, en plus des dénivelés qui s'enchainent. Je devais en profiter pour faire une randonnée mais la météo n'est vraiment pas engageante, je préfère poursuivre vers le sud le lendemain. Je quitte la route principale pour m'orienter vers des gorges, je campe près de la rivière à Pipiriki. Je poursuis sur une belle route étroite et pittoresque le long du cours d'eau. C'est une région de Nouvelle Zélande encore relativement sauvage et qui représente bien ce que le bush était avant la (sur) exploitation de l'homme dans le pays.


J'atteins Whanganui alors que la pluie commence à tomber. Je suis accueilli par Georges et Rob, qui sont hôtes "TA angels". Comprenez le Te arora, un sentier qui parcours les deux îles du nord au sud sur plus de 3000 kms. Beaucoup de pèlerins se lancent chaque années dans cette aventure de trois mois environs. Comme les chemins de Compostelle, il y a des privés qui ouvrent leur porte aux marcheurs comme mes hôtes de ce soir. Ils accueillent plus d'une centaine de randonneurs chaque année. Ils mettent un point d'honneur à accueillir les hôtes sous le drapeau de leur pays d'origine et selon la coutume locale. Rob étant Maori j'ai le droit à une cérémonie de bienvenue ainsi que le fameux Hongi, la façon de saluer maori en faisant toucher le nez et le front.


Je laisse passer une journée car c'est la tempête. Je poursuis le lendemain vers Palmerston North. La pluie a cessée mais le vent n'a pas faibli et me tient tête toute la journée. Je passe deux nuits à Palmy, qui n'a absolument rien à offrir, mais j'y retrouve des connaissances ici aussi. Puis je continue vers l'est pour éviter la route principale. Après un petit col qui m'offre une belle vue sur les alentours je retrouve les plaines de l'autre côté. D'abord très verdoyant et arborisé, le paysage change petit à petit et devient plus aride. C'est un micro climat ici et les cultures dominantes sont des vignes et des oliviers, un petit voyage dans le sud de la France.


Je m'engage dans Remuteka trail, une autre voie verte installée sur une ancienne voie ferrée et qui me permet d'éviter la route.



Une belle journée sur une piste roulante avant d'arriver à Upper Hut, banlieue lointaine de Wellington. Je rencontre ici Greg Lynch, un kinésithérapeute Néo Zélandais et spécialisé dans la méthode Mckenzie. Il m'explique le fonctionnement de la profession ici avec la différence principale que les soins ne sont que très peu remboursés, sauf en cas d'accident ou de prise en charge d'assurance.

Il me reste quelques kilomètres pour rejoindre Wellington, la capitale du pays. J'y passe une petite semaine. Ma dernière visite ayant été en hiver le temps n'était pas très ensoleillé. Cette fois je peux profiter des alentours et de revoir aussi des connaissances.

J'embarque sur le ferry pour Picton, retour sur l'île du sud. Alors que j'approche de Blenheim, les montagnes se profilent à l'horizon. Je me sens bien instantanément. On apprécie souvent ce que l'on a pas chez soi, mais il n'y a pas à dire, il n'y que dans les montagnes que je me sens le plus à l'aise, en phase avec l'environnement. Je m'avance un peu plus au sud avant de trouver une aire de camping plus dans les terres. Je me dirige vers Hamner Springs via le Saint James trail, un autre grand classique à faire à vélo. Ma première journée me met tout de suite dans le bain. Plus de 90 kms sur une route qui grimpe, j'enchaine près de 1700m positifs de dénivelé dans la journée. Les premiers kilomètres sont fort agréable, j'évolue de long de vignes près de la rivière. Un cadre assez idyllique cependant perturbé par de violentes détonations régulières. Personne aux alentours, j'en ai déduit que ces ersatz de coup de fusil sont pour éloigner la faune qui vient grapiller les grains de raisin. Je poursuis sur cette route escarpée et m'élève doucement sur les hauteurs. Le paysage me devient de plus en plus familier.




Je campe à Moleworth station, où quelques touristes néo zélandais sont en camping-car principalement. Après cette longue journée je ne dirais pas non à une petite bière fraîche. Mais à peine cette pensée me traverse que le couple de la caravane d'à côté m'en apporte une. Lui est cycliste, et me glisse un "Je sais ce que c'est" complice. Je me promets qu'à l'avenir j'aurai des bières dans mon camion pour pouvoir les offrir aux cyclos que je croise.

Le lendemain la journée est similaire, longue, du dénivelé à n'en plus finir. Je m'engage dans une chemin, privé encore, fermé pour l'hiver, je dois passer mon vélo et les sacoches par dessus. Je peste contre ces contraintes à la liberté de circuler, sur des routes qui sont sur la carte. J'arrive au commencement du Saint James trail. Je roule les 20 premiers kilomètres pour me rendre à une hut pas loin du trail, idéal pour m'éviter de monter la tente, les averses sont fréquentes ce jour. Cette portion est donnée facile et pourtant, je dois descendre de vélo régulièrement. Je réalise que ce sentier est plus destiné aux VTT, mais trop tard pour faire demi tour.

La hut est située au bord d'un lac. L'endroit est paisible, silencieux, comme figé. Mais soudain je me fait interpellé, et ne manque pas de sauter au plafond. Un garde forestier est sur place pour une semaine, il relève les pièges pour les possums et autres pestes que la Nouvelle Zélande tente de se débarrasser. Il campe non loin de la hut et a cru bon de me héler dans ce silence de plomb, le con.



Je reprends le trail, et c'est de moins en moins la sinécure, je suis loin du Timber trail roulant et confortable. Tantôt sur l'herbe, tantôt dans les pierres, le Saint James trail est éprouvant. Peu aménagé, très sauvage, il me faut pousser le vélo régulièrement dans des pentes abruptes. Je me conforte en croisant deux autres voyageurs tout aussi chargés que moi, mais qui le font dans le sens inverse, principalement en montée!



Je termine laborieusement la journée en arrivant à Hamner Springs. J'y retrouve Vera et Charlotte que je connais de Taupo et qui sont en road trip dans l'île du sud. Nous passons la fin d'après midi au parc aquatique alimenté par de l'eau des sources d'eau chaude. C'est quelque chose que je n'aurais jamais fait seul, ou disons plutôt de ma propre initiative, et probablement que cela manque à mon aventure. Car Charlotte ne voit pas son voyage du même œil, pour elle c'est le fun avant tout. Saut à l'élastique, jeux, défis... tout est bon pour passer un bon moment et c'est ainsi que je me retrouve aux toboggans et autres jeux pour enfants.

Je récupère une journée dans une petite auberge en bois au charme d'un chalet de montagne, avant de reprendre la route par le Lewis pass. Le vent me fait face, je prévois une journée facile, avec l'envie de prendre le temps. Le paysage change, je quitte les plaines cultivées. J'atteins les hauteurs et entre dans les forêts de hêtres argentés, endémiques en Nouvelle Zélande.

L'aire de camping que je visais est proche de la route sans peu de protection, pas le lieu idéal pour buller le reste de l'après midi comme je l'avais prévu. Je décide donc de poursuivre et passe le col pour entamer une belle descente vers la côte ouest de l'île. Celle ci est réputée pour son humidité, très contrastée avec la côte est. C'est aussi le paradis des sandflies. Je ne suis plus sûr d'avoir évoquer le sujet des sandflies, qui relèguent les moustiques au rang de doux compagnons. Les piqures sont hautement plus irritantes et durent bien plus longtemps. Elles ont même tendance à me réveiller la nuit pour me gratter.

Je passe la nuit de l'autre coté du col, sur une jolie aire de camping. Le lendemain je poursuis le long du cours d'eau, entre forêt de grands feuillus et culture. J'arrête de rouler juste au moment où des averses diluviennes s'abattent sur la région.

Je termine sur la côte près de Greymouth. Je prends une route à l'intérieur des terres qui me mène à une piste cyclable, un autre trail officiel. Un détour significatif mais qui m'évite la circulation. La piste traverse des forêts, longe des lacs, c'est un réel plaisir.


J'arrive à Hokitika en fin de journée. Ici c'est Kevin qui m'accueille, un retraité qui a hébergé un nombre incalculable de voyageurs à vélo. Dans ses, et non pas son, livres d'or je retrouve même plusieurs voyageurs que je connais, de près ou de loin.

Je profite de la pluie battante du lendemain pour me reposer. Je fait un workshop sur la taille de la jade de Nouvelle Zélande, car la célèbre pierre se trouve principalement dans la région. C'est traditionnellement LE cadeau à ramener de Nouvelle Zélande, mais le concept de pouvoir tailler sa pierre soi même est plutôt séduisant. Cependant, le bijou ne peut être taillé pour soi même et doit être offert. Je visite aussi les gorges non loin, ainsi qu'une grotte où apparaissent des vers luisants à la nuit tombée.



Je reprends la route sous un soleil radieux. Au loin, depuis la rue où habite Kevin j'aperçois le mont Cook, ou Aoraki. La plus haute montagne du pays est visible depuis la côte dans cette région. La mer, les plaines verdoyantes et ce sommet enneigé offre une spectacle original. Je sens Kevin émotif au moment des aurevoirs. Cet homme maintenant âgé a longtemps beaucoup marché et fait du vélo. Il est maintenant contraint de rester à la maison et la solitude le pèse.



Je longe la côte sur la dernière portion de la piste cyclable, puis doit me résigner à retourner sur la route. Mais celle ci est agréable, sinueuse et offre de beaux paysage entre mer et montagne.



Franz Joseph est un petit village touristique qui a basé son économie et son attrait sur les survols du glacier et des montagnes en hélicoptère. Avec Covid et le manque de tourisme, l'économie est à l'arrêt, ou en tout cas au ralenti. Pour ma part je profite d'un jolie ballade jusqu'au glacier, le sentier est escarpé, traverse des ruisseaux et la forêt, mais est aussi bien aménagé, avec pont suspendu, escalier suspendu. J'aurais pu aller jusqu'au pic mais les nombreux nuages bas le matin m'ont dissuadé d'un effort inutile. Cependant le ciel se découvre complètement à mon arrivé et m'offre un joli spectacle.


Je reprends la route juste après ma balade, pour aller à Fox Glacier, un autre village touristique. 23 kilomètres seulement, mais trois belles montées consécutives suffisent à en faire une étape après ma randonnée matinale. Le lac Matheson offre généralement une belle vue sur Aoraki qui s'y reflète, mais encore une fois les nuages sont au rendez vous.


Je poursuis sur la côte, toujours une jolie route agréable à rouler, tantôt dans la forêt tantôt le long de la mer. Je campe près du lac Paringa.



Le lendemain c'est de nouveau le déluge et je termine dans une auberge à Haast, complètement trempé. J'y retrouve pas mal de cyclo, en bikepacking, version plus légère du voyage à vélo, qui s'accompagne souvent d'une utilisation plus fréquente de la carte de crédit. Ils font une alternative cycliste au Te Araroa pédestre, le Tour Aotearoa,. Ce mot est le nom du pays en Maori. Il tire son origine probablement des premiers navigateurs polynésiens qui sont arrivés sur le pays. Kupe, ainsi que sa femme Kuramarotini qui ce serait exclamée: "He ao, he ao tea , he ao tea roa". Un nuage, un nuage blanc, un long nuage blanc.

Revenons à nos cyclos. Chaque années, ils sont des dizaines à relever ce défi que de parcourir la longueur du pays. Ils sont lâchés par vague chaque jours, et si ce n'est pas une course en soit, les kiwis sont généralement un peu compétitif, au moins avec eux même.

Alors quand ça discute le soir, la question fatidique est de savoir quel jours sont partis ses interlocuteurs. Car on peut facilement se retrouver au même endroit mais avec un jour d'avance. Bref ça se compare gentiment un peu la nouille de manière dissimulée. Alors quand vient mon tour, je prends un malin plaisir d'énoncer que mon jour de départ était le 30 juillet 2017, en France... Sans arrogance cela étant, on ne joue pas dans la même cour. Ils parcourent généralement près du double de distance à la journée.

Je pars tard le lendemain, près de 10h du matin. Je longe la rivière un moment jusqu'arriver à une passe puis un plateau et enfin... le lac Wanaka!


C'est ici que j'ai terminé mon périple l'année dernière à cause du confinement, dans ce qui est pour moi la plus belle région du pays. Ça a été aussi la motivation première pour revenir ici, boucler la boucle et profiter un peu mieux de la région. Il est encore tôt pour m'arrêter camper malgré que j'ai déjà fait une bonne étape. Un des cyclos TA qui me doublent régulièrement se dirige vers Wanaka. Je décide de le joindre, mettre les bouchées double pour terminer dans la journée. Je perds mon compagnon de route à mi parcours. Il est lent dans les montées et comme la route devient très nivelée je le distance rapidement.

J'arrive à Wanaka satisfait de ma journée (140 kms au final, il faut croire que la conversation de la veille m'a dopé) Mais surtout de finaliser le projet de rouler l'entièreté de la Nouvelle Zélande.

Je passe quelques jours sur place où je retrouve des amis voyageurs rencontrés précédemment dans le pays mais particulièrement à Taupo. Wanaka est une petite ville agréable qui commence à tirer son épingle du jeu dans le tourisme national. Moins convoitée que Queenstown mais offrant cependant un vaste terrain de jeu.



Je fais aussi l'ascension du Roys peak, un incontournable de la région.


Après quelques jours il me faut décider quoi faire. Avec les dernières journées pluvieuses, j'ai roulé plus que prévu quotidiennement car pouvant moins profiter du paysage. Je suis en avance sur mon programme, si tenté que j'en ai un. Je décide de retourner à Queenstown. Très touristique en temps normal, la ville a retrouvé son attrait avec un peu moins d'agitation. Je profite de la vie locale avec d'autres amis qui sont venus faire la saison d'été dans la région. Je profite d'une voiture pour aller au bout du lac, à Glenorchy, où je fais une rando sur deux jour avec Lise. Nous dormons en hut et nous réveillons au dessus d'une mer de nuage.



D'autres amis travaillent pour une compagnie qui organise des tours sur l'îles du Sud. Ils ont donc des réductions dont je peux profiter et nous partons pour une croisière à Doubtful Sound. Des fjords assez isolés que nous visitons à bord d'un bateau de croisière. Si je m'attendais à quelques chose de très touristique et superficiel, les explications sont nombreuses et fascinantes sur la géologie et la construction du relief Néo-Zélandais. Nous commençons à la ville de Manapouri pour traverser le lac éponyme. Ce lac fut lorgné pour la création d'une centrale hydroélectrique il y a quelques dizaines d'année. Mais cela impliqué de surélevé le niveau du lac de trente mètres ce qui allait menacer fortement la faune et la flore locale. La solution fut donc de creuser un tunnel de 10kms sous la montagne pour rejoindre Doubtful sound. Je vous laisse trouver plus d'explications sur la page si cela vous intéresse:

Un bus nous fait passer cette dite montagne via un col escarpé. Pour conduire sur cette route il est nécessaire d'avoir un permis spécial délivré par les autorités. Nous embarquons ensuite sur un bateau pour deux jours et une nuit en pleine nature. Le fjord est dominé par de hautes montagnes granitiques. La végétation qui s'y trouve déploie donc ses racines uniquement en surface, dans les petites anfractuosités. Même des arbres y trouvent leur place. Mais il arrive que l'un d'eux perde pied sous son propre poids et dans sa chute met à nu tout un pan de montagne dans une gigantesque avalanche.

Je n'avais pu accéder à cette partie de l'île l'année dernière à cause d'inondations et je suis vraiment reconnaissant d'avoir pu profiter de cette excursion confortable et exceptionnelle à un tarif complètement dérisoire.

De retour à Queenstown, j'opte pour repartir en bus, car la météo est menaçante. Après 2-3 heures je débarque à Twitzel. Je prends la route direction le Mont Cook. C'est LA dernière case qu'il me reste à cocher dans la région. C'est mon anniversaire, le soleil m'accompagne sur cette belle route qui mène au pied de la montagne. Une journée idyllique où je sens que je clôt doucement le chapitre de la Nouvelle Zélande.


Je repars le lendemain pour Tekapo où j'étais passé précédemment puis termine en bus pour Christchurch. Je retrouve Martin qui m'avait hébergé durant le confinement une année auparavant.

Je dois remonter sur Taupo avec les vacances approchant, qui signent pour moi une période de travail. Je m'arrête à Kaïkoura, où je retrouve Tanya avec qui j'ai fait ma formation de Yoga. Son copain Jayden m'amène relever ses casiers à langouste en kayak. C'est un gars du cru, fou de pêche, et je passe quelques jours à manger ses prises.



Ils me montrent aussi des coins cachés comme notamment une cascade où viennent se prélasser et s'amuser des bébés phoque pendant que leur mères partent pêcher. Ils s'habituent vite à notre présence et de nature curieux, viennent rapidement dans l'eau avec nous. Un moment suspendu.




Retour sur Wellington puis Taupo. Je passe un mois et demi sur place où je retrouve à nouveau mes repères. Le temps passe vite et il me faut décider quoi faire. Le gouvernement tarde à décider quoi faire de nos visas. Les voyageurs qui bénéficient d'un visa vacances travail sont pourtant utiles car représentent une main d'œuvre bon marché et disponible. Je ne peux donc pour l'instant m'engager pour une saison d'hiver. Aussi, ayant accompli le voyage que je souhaitais réaliser, mes yeux se portent doucement sur un retour en France. Une de mes options est un voilier, un vieux trois mâts de 35m tout de bois et des voiles à l'ancienne, qui se prépare à lever l'ancre. Mais l'équipage est au complet et cela fait déjà 2 mois qu'ils sont en attente du feu vert de l'Australie qui leur demande une quarantaine obligatoire malgré le retour à la normalisation des voyages entre ces deux pays où il n'y a plus de Covid, ou presque. Il semblerait que la voie maritime soit plus complexe. L'idée serait donc de grimper dessus en Australie où quelques membres de l'équipage devrait descendre. Même si je ne m'engage pas sur une traversée de l'océan Indien, l'idée de faire la côte australienne et la grande barrière de corail à bord de ce navire est assez séduisante.

C'est donc avec un sentiment mitigé que je décide de réserver un billet d'avion pour l'Australie. Direction Brisbane dans un premier temps, qui pour une raison que j'ignore m'attire particulièrement.

Je quitte Taupo le cœur lourd. Cette ville a été mon port d'attache pendant près d'un an. J'y ai créé bon nombres de connexions et de relations. De plus je ne suis plus habitué à ces départs qui pourtant ont ponctués mon voyage ces dernières années.

Si je ne peux exercer en tant que kinésithérapeute en Nouvelle Zélande, il m'est aussi difficile de me projeter en France alors que nous vivons sans coronavirus sous ces latitudes. Le choix d'un travail plus rémunérateur et satisfaisant semble devoir se faire au détriment d'une vie sans contraintes. Aussi la décision sera décisive. Il n'y a pas de chemin retour, tout départ sera définitif puisque les frontières me seront fermées une fois parti. Un dilemme quelque peu difficile.

Mon vélo est empaqueté, il est temps d'embarquer... pour de nouvelles aventures je l'espère.

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