NZ partie II

Le temps est couvert sur Christchurch le jour de mon départ. Nous sommes début mai et le temps s'est grandement rafraichi, l'hiver s'installe peu à peu. La petite troupe avec qui j'ai passé le confinement (celui de mars) s'est dissipée et la maison est vide lors de mon départ. Je traverse la ville pour atteindre l'arrière pays, composé de fermes et de cultures. Je reprends doucement mes marques avec Orion, grisé de reprendre enfin la route. J'avais prévu une petite journée pour ma reprise, mais j'ai exclu pouvoir camper dans ces champs clôturés à pertes de vue.

J'essuie quelques grains au travers de ses plaines agricoles et venteuses. J'arrive chez Steve, un ami de mon hôte à Christchurch chez qui je passe la nuit. Steve est agriculteur et passionné de vieilles voitures. Nous faisons un tour de son (grand) domaine dans son Aston Martin de 1954. Je pars dans la matinée le lendemain, un brouillard paresseux s'est installé alors je ne presse pas. Après une dizaine de kilomètres j'atteins les gorges de Rakaia, juste au moment où le brouillard commence à se lever. J'en profite pour me balader, pas trop loin pour ne pas laisser mon vélo tout seul trop longtemps. Une sorte de reconnexion avec la nature après cette période de confinement, et quelle nature! La nouvelle Zélande dans toute sa splendeur.


Je poursuis tranquillement la journée entre les plaines cultivées et le début des montagnes. J'arrive à Mount Somer où je passe la nuit dans un camping. Le proprio ne semble pas emballé à l'idée de me laisser camper dehors, le givre a fait son apparition la nuit précédente, il fini par m'installer dans un petit bungalows, le camping est désert de toute façon.

Au matin tôt je quitte la route et m'enfonce un peu plus dans les terres. La route est praticable alors que je remonte une vallée herbeuse. Au loin les prémices des montagnes apparaissent, chapotées d'un peu de neige, sous un beau ciel bleu. La reprise du vélo est particulièrement idyllique après ces semaines de confinement.



Je passe le lac Clearwater et poursuis sur une routes plus caillouteuses. J'atteins le mont Sunday, bien connu pour ses prises de vue d'Edoras, capitale de Rohan dans la trilogie du seigneur des anneaux.



J'y rencontre Emeline et Julien, deux français en voyage en Nouvelle Zélande avec qui je fais la petite randonnée qui mène au sommet. Puis nous reprenons la route pour le lac où nous passons la nuit. Un beau campement au bord de l'eau paisible et nous dinons ensemble dans leur van. La nuit est étoilée et je me sens bien ici, les mélèzes et boulots qui entourent notre campement me rappellent ma ville natale, le cadre est toujours aussi beau et calme, déserté en ce début d'hiver. Une sorte de sérénité s'en dégage dans cette période assez troublée. Au matin les premiers rayons du soleil émergent langoureusement sur les premières neiges des les pointes montagneuses qui nous entourent.


Je retourne sur la route principale et poursuis au travers des champs jusque trouver une petite niche près d'une rivière pour la nuit. Le lendemain j'atteins Geraldine où je fais un ravitaillement, non sans difficulté.

La Nouvelle Zélande a établi quatre niveaux d'alerte. Nous sommes désormais en niveau deux, ce qui me permet de reprendre le voyage mais quelques mesures s'imposent. La population doit être en mesure d'être tracée en cas de nouvelles apparitions de virus. Il faut donc avoir les coordonnées de toutes personnes avec qui l'on est en contact. Cela implique qu'il faille laisser ses contacts et son heure de passage pour tout commerce visité: café, bar, restaurant, supermarché... et bien sûr il est exigé de se laver les mains à chaque fois: un arrêt en ville pour un café, des informations touristiques et quelques courses se solde par un parcours du combattant. Mais j'ai les mains propres !

J'attaque une belle ascension, sur la route principale heureusement pas très fréquentée en cette période. J'évolue au milieu de forêts de pins destinées à l'industrie et offrent parfois un paysage dévasté. La Nouvelle Zélande se targue de préserver au maximum son environnement mais fait parfois face à beaucoup d'incohérences ou de contradictions.


Je quitte la route au moment où elle m'offre un magnifique point de vue sur un plateau évasé. Je rejoins un lac pour y passer la nuit. Camping interdit naturellement, mais en cette période personne pour venir me chercher ici. Encore une fois le calme règne. Au matin ma tente est solide, gelée, j'apprendrai qu'il a fait jusque moins six... il va peut être falloir commencer à réfléchir à adapter la suite du voyage.



Je termine mon ascension pour atteindre le lac Tekapo. Pas de camping ce soir, je me rabats sur une auberge de jeunesse au prix cassé pour relancer l'activité en cette sortie de confinement. Construite en bord de lac avec une grande baie vitrée, j'ai vite fait de prendre la décision de prolonger mon séjour. De plus, plusieurs francophone à l'auberge nous formons un petit groupe sympathique avec qui il est plaisant de passer ces deux jours. Je réalise l'ascension du mont John avec son observatoire à son sommet ainsi qu'une vue incroyable sur le lac ainsi que les "Alpes" Néo-Zélandaises.


J'attaque une piste cyclable célèbre en Nouvelle Zélande : Alps2Ocean, ou A2O pour les intimes, qui mène depuis les montagnes où je me trouve jusque la côte. Les premiers kilomètres sont de bon augures, une route asphaltée le long d'un canal. Encore une fois le calme règne et le vent me pousse. Je rejoins un second lac, Pukaki, dominé par le célèbre Mont Cook. J'avais envisagé de m'y rendre mais celui ci se cache dans les nuages pour les prochains jours, ce sera pour une prochaine fois. Je poursuis entre plaines herbeuses et le long de canaux pour rejoindre un autre lac, Ohau. Je passe la nuit dans un camping fermé, donc gratuit, mais surtout abrité du vent qui a forci et tourné, me malmenant toute l'après midi.

La piste cyclable prend de la hauteur à flanc de montagne, et ne devient qu'une sente rocailleuse. L'ascension est difficile avec ma monture chargée, mais je réussi à ne pas poser le pied à terre sur les 12kms de montée. Je passe quelques torrents qui change le décors du tout au tout, des plaines de montagne herbeuses à des forêts de boulots (Néo-zélandais, différents de ceux d'Europe) humide et mousseuse.



Après ce petit détour en hauteur pour profiter de la vue, A2O continue dans la vallée Waitaki pour rejoindre la côte. Plusieurs barrages ont été construit le long du même cours d'eau, offrant de beaux lacs et fournissant en énergie une bonne partie de l'ile du sud. Je rejoins Kurow où je suis accueilli par Peter, l'ami de Pier que j'avais rencontré fortuitement sur la route au tout début de mon périple. Il vit dans une maison reculée avec un grand jardin, encore une fois je ne suis pas dérangé par le bruit. Je termine cette piste cyclable au travers d'un relief qui s'adouci et qui laisse place à des collines herbeuses typique de la Nouvelle Zélande. La ville d'arrivée est Oamaru, où j'étais déjà passé.



L'auberge réservée est plus que décevante et une fois n'est pas coutume, je décide de ne rester qu'une nuit au lieu des deux prévus. Aussi, j'ai réussi à voir les pingouins bleus, seul endroit où l'on peut les apercevoir en NZ. Je reprends la route malgré la fatigue pour rejoindre Timaru où je suis accueilli par Steve. Apiculteur, il me raconte avec passion son travail, ses contraintes, ainsi que les difficultés liés à son métier. Nous partageons beaucoup de passions, notamment le ski de rando, il m'invite à revenir une fois que la neige sera plus abondante. Je reprends la route, avec le projet de camper, mais le camping est fermé, le brouillard givrant qui s'installe ne me dit rien, je rebrousse chemin. Je termine non loin de là où j'avais camper précédemment près de Géraldine. Je trouve cette fois un spot près de la rivière et plus isolé, je peux profiter d'un bon feu ce qui n'est pas courant en NZ.



Je me dirige vers Ashburton, ville au sud de Christchurch qui fut ma première étape au début de mon voyage. Cette fois je suis accueilli par Ashein, voyageur confirmé qui s'est posé et installé ici depuis 2 ans. Ash est passionné de randonnée et il me propose de partir en trek deux jours au alentours du lac Clearwater. Je ne me fais pas prier. Le décors a déjà pas mal changé et la neige s'impose un peu plus. Nous dormons dans une ce ces fameuses « hut », sortes de refuge propre à la NZ qui peuvent aller du refuge tout confort à la cabane en bois et en taule. Cette fois ce sera la cabane, dans laquelle il gèle pendant la nuit. Nous sommes 6 au total, plus d'autres personnes qui campent dehors.



C'est un dernier week end (prolongé qui plus est) ensoleillé avant l'hiver et les randonneurs en profite. Une bonne ambiance. Nous revenons le lendemain par un chemin différent. Le cadre est toujours idyllique, propre d'un carte postale.


Le dimanche nous faisons plus relax en allant voir une cascade. Mais le chemin est fermé pour cause d'éboulement alors nous remontons le cours de l'eau. Une petite promenade au frais qui vaut le détour.


Je reprends la route pour Christchurch, je pensais faire en deux jours mais finalement décide de mettre un coup de collier pour boucler l'étape dans la journée. Après 3 jours de randonnée je suis rincé. Je retrouve ma petite troupe du confinement. Martin qui nous héberge ainsi que Maria et Thomas qui sont aussi de retour pour rentrer au Danemark. Leur avion a été annulé, changé plusieurs fois, c'est le désert aérien. Les transits sont compliqués, les principaux pays où il est courant de faire étape pour rejoindre la NZ sont incertains. L'Australie ne délivre pas de visa de transit, les Etats Unis non plus. Revenir en Europe est devenu vraiment compliqué. Pour ma part les deux dernières semaines ont été exigeantes niveau climat et températures. J'avais envisagé poursuivre vers le nord pour des températures plus clémentes, mais la pluie est très régulière, aussi la plupart des campings ou aires de camping ferment pour l'hiver, les trails aussi. Même pour me rendre sur l'ile du Nord je dois emprunter uniquement des routes principales et faire l'impasse sur des lieux incontournables qui étaient dans mon programme. Mais le coût de la vie est chère. Je commence donc à regarder les opportunités qui s'offrent à moi. Le WWOOFFing naturellement, très populaire en NZ, concept de travailler à la ferme en échange du gite et du couvert, mais j'aimerais une rémunération si possible. L'activité professionnelle reprends doucement depuis la sortie du confinement et des offrent d'emplois commencent à être publiés. Je tombe sur l'une d'elle pour faire des massages. Je n'avais plus envisagé cette possibilité, l'activité n'est pas très encadrée, comme en France, sauf que je suis diplômé. Je n'ai dans un premier temps pas réponse suite à l'annonce mais décide d'envoyer plusieurs candidatures spontanée, plusieurs dizaines en fait, parce qu'autant faire les choses jusqu'au bout. Parmi les quelques réponses favorables, une clinique sur l'ile du Nord, à Taupo, est submergée par le travail. Ville de villégiature par excellence, les citadins viennent s'y détendre et prendre l'air. Suite au confinement la ville est prise d'assaut. Le contact est bon, la rémunération aussi, je décide de m'y rendre. Je prends un bus, jusque picton, et traverse en ferry le canal entre les deux iles. Je ne failli pas à ma réputation, j'oublie la tente dans le bus, mon livre électronique à l'auberge. Le tout me sera renvoyé à Taupo, merci la gentillesse et l'honnêteté des Néo-Zélandais. Je passe quelques jours à Wellington sur mon passage, mais encore une fois le temps est exécrable, je ne peux pas rouler les kilomètres de piste cyclables sur les montagnes qui surplombent la capitale. Je profite un peu de la ville cependant, visite le très impressionnant musée « te papa » et le parlement, j'y croise Jacinda, la première ministre qui a fait ses preuves lors de la crise et fraichement réélue à la tête du gouvernement à l'heure où j'écris ces lignes quelques mois plus tard. J'arrive à Taupo en bus. Paulette, ma boss (oui oui !) m'accueille à la gare. La clinique est moderne et confortable, je m'y sens tout de suite bien. Je reste dans une auberge pas loin toute la période à Taupo, soit près de quatre mois. Beaucoup de personnes restent au long terme à l'auberge et un groupe se forme. Nous mangeons presque tous les soirs ensemble, des tablées de 10 ou 12 personnes, permettant aussi de ne cuisiner que 2-3 fois par semaine. Je travaille presque tous les jours. Je suis là pour faire des sous et puis ce ne sont généralement pas de trop grosses journées sauf les week ends. Je prends quelques demi journées pour visiter les environs, quand le temps le permet. Taupo est bâtie près d'un grand lac, qui est une caldera. Autours des hauts volcans, sur lesquels on peut skier en hiver. La ville offre un terrain de jeu assez conséquent. Courant Aout c'est le drame. Après plus de 100 jours consécutifs sans contamination au coronavirus, (vous avez bien lu!), quatre cas sont détectés à Auckland. Mise en quarantaine de la ville, et le reste du pays en distanciation sociale. Les Néo zélandais n'ont pas un certain succès face au virus pour rien, mais les efforts payent. Sauf pour moi, car la fréquentation chute drastiquement à la clinique même si nous sommes autorisé à poursuivre l'activité. En même temps une formation de yoga que je prévoyait de faire plus tard se retrouve avec des désistement. Alors je profite de cette période creuse pour la mettre à profit et me former à l'enseignement du yoga. Trois semaines de formation intense et un certificat en poche, je peux désormais arrondir mes fins de mois. De retour à Taupo, le confinement et la quarantaine sont levées, même si la population reste précautionneuse. Je travaille encore un bon mois, jusqu'au 20 Octobre. Le printemps se rapproche, les jours s'allongent et les températures se radoucissent. Coté boulot c'est une période plutôt creuse, alors avec l'accord de Paulette je prends un mois et demi pour explorer l'ile du Nord, et je suis même assuré de retrouver mon job à Noël pour un mois et demi durant la période des vacances ... d'été ! Orion a des fourmis dans les pédales. Je projette donc de me rendre tout au nord de l'ile du Nord, à Cape Reinga. Je m'apprete donc à reprendre la route alors que la France et une bonne partie de l'Europe se préparent à se reconfiner. Je ne pourrai jamais oublier à quel point j'ai été chanceux d'être ici dans cette période si particulière. Il est temps pour moi de renouer avec l'aventure et le voyage. Je vous laisse quelques photos de mon hiver à Taupo. On se retrouve en fin d'année pour des nouvelles (fraiches cette fois) de mon aventure dans le grand Nord... Néo-Zélandais.

En route !


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